Vivre la vie d'un Senior

mercredi 9 mars 2011

Pour les Seniors, vivre à deux, c’est mieux?


Selon le psychologue, Yvon Dallaire[1], le couple n'est pas fait pour rendre heureux. Il est plutôt un creuset pour générer des crises. Mais malgré toutes les difficultés, le couple demeure encore aujourd'hui le meilleur style de vie et la meilleure garantie de bonheur à long terme.

« Dimanche dernier, j'ai assisté aux noces de diamant de ma tante Thérèse et de mon oncle Paul. Imaginez : ils se sont mariés le 1er juillet 1950! Entourés de leurs enfants, de leurs petits-enfants et de nombreux parents et amis, ils ont célébré un événement de plus en plus rare dans une société où le taux de divorce avoisine les 50 %.

L'ESPÉRANCE DE VIE

Ils sont l'exemple vivant d'un important avantage de vivre en couple : ils sont respectivement âgés de 78 ans et 83 ans. Les gens heureux en couple profitent en effet d'une espérance de vie prolongée d'au moins quatre à huit ans. Ceci est surtout dû au fait qu'ils sont moins souvent malades que les divorcés ou les célibataires. Et ils sont moins souvent malades parce que chacun prend soin de la santé de l'autre : « Es-tu allé voir le médecin? » ou « as-tu pris tes pilules ? Dans une petite confidence, ma tante me révéla que ça n'avait pas toujours été rose, mais qu'elle était contente de pouvoir monter à ses petits-enfants qu'il était possible de vivre ensemble longtemps et heureux. Au cours de son discours de circonstance, appuyé par mon oncle, elle nous fit une liste de petits moments heureux qui avaient parsemé leur vie conjugale et qui rendaient précieux les sacrifices et les renoncements que tous deux avaient dû faire tout au long de ces 60 années.

Non seulement paraissent-ils heureux, mais ils semblent, malgré leur âge, être en très bonne santé ; ils ont même dansé au son de la musique « rock et twist » que les jeunes avaient préparée pour eux. Je suis sûr qu'eux aussi, comme tout couple normal, ont remis à l'occasion la poursuite de leur union en question, mais je parierais qu'ils reprendraient les mêmes décisions.

D'après les chercheurs Verbrugge et House, de l'Université du Michigan, le bonheur stimulerait le système immunitaire, rendant ainsi les partenaires plus résistants pour affronter les inévitables moments de stress. De plus, les membres des couples heureux se préoccupent davantage de leur alimentation et de leur condition physique.

AUTRES AVANTAGES

Il y a d'autres avantages à vivre à deux. En voici une liste non exhaustive.

  • Vivre à deux comporte de nombreux avantages économiques : un couple n'a besoin que de 1,5 fois les revenus d'un célibataire pour obtenir le même niveau de vie.
  • Les couples profitent de plusieurs autres avantages matériels : taux d'assurance moins élevé, accès plus facile au crédit, partage des tâches ménagères libérant ainsi des heures de liberté, avantages fiscaux, coût du panier d'épicerie moins élevé.
  • Le couple procure une sécurité affective et morale dont peuvent plus difficilement jouir les célibataires.
  • L'engagement conjugal stabilise la personnalité et augmente l'estime de soi, la confiance en soi et le sens des responsabilités.
  • Quoi qu'on imagine, la vie sexuelle conjugale est plus satisfaisante que celle des célibataires.
  • Le taux de suicide est trois fois plus élevé chez les célibataires et ces derniers sont plus souvent atteints de troubles psychiques.
  • Les enfants profitent grandement d'un couple de parents fonctionnels, stables et heureux : ils ont de meilleurs résultats scolaires et souffrent moins de problèmes socio-affectifs.
Selon Janet Wilmoth et Gregor Koso (Journal of Marriage and Family), les hommes semblent davantage profiter du couple que les femmes au début, mais les avantages pour les femmes augmentent avec le temps, surtout lors de la retraite. »

Comment vivre à deux à la retraite[2] ?

La perspective de se retrouver face à face à la retraite peut faire peur, que ce soit lié à une baisse de reconnaissance professionnelle, une inquiétude devant les signes de vieillesse du conjoint, ou d'autres raisons propres à chacun.

Il n’y a donc pas de réponse unique à cette question ! Parce que, contrairement à ce que chacun pourrait penser, c’est là une étape de la vie conjugale en permanente évolution : un couple donné à la retraite depuis quelques années ne la vit pas aujourd’hui comme il l’avait vécue à son début, dix ou quinze ans auparavant.

Il faut, par exemple, peu à peu :

  • Accepter chez soi et chez l’autre les limites physiques de tous ordres (leur énumération permanente n’est pas indispensable) et psychologiques (comme la perte de mémoire).
  • Accepter d’abandonner l’une après l’autre les activités auxquelles nous étions attachés, selon un calendrier différent pour l’un et l’autre, ce qui n’est pas le plus facile. Accepter de ne plus faire ensemble ce que nous partagions volontiers ;
  • Apprendre à construire une vie nouvelle : trouver de nouveaux sujets d’intérêt communs et en parler ensemble : les petits-enfants, qui ont grandi ! Un livre, une émission de T.V. et, pourquoi pas, notre vie spirituelle.
Et , constater, tout compte fait, que plus qu’avant , «l’autre» est là, que nous sommes heureux de sa présence (savoir le lui dire), que nous avons (nous l’espérons) encore un bout de chemin à faire ensemble, à notre pas, en sachant nous attendre sur le bord de la route.

La place de la sexualité

La retraite est le temps de la satisfaction conjugale pouvant aller jusqu'à la « glorification maritale » ; temps d'idéalisation de la relation qui selon O'Rouke, est un facteur de maintien en bonne santé. « On constate une sorte de lune de miel entre 60 et 75 ans. On redécouvre l'autre grâce à la dimension « temps ». Le couple se trouve alors libéré d'un certain nombre de contingences. C'est la saison du couple et de la famille » constate le professeur Ribes.

Toutefois, attention à ne pas trop glorifier cette période. Le cap de la retraite est une période particulièrement difficile à gérer. Pour les couples, cela peut aussi se transformer en « détresse conjugale ». « "Il est toujours dans mes pattes", se plaignent certaines retraitées (...) Ce sont d'ailleurs souvent les femmes qui font le premier pas lorsqu'il y a séparation » souligne Gérard Ribes.

Ainsi, selon les données de l'Ined, l'arrivée à la soixantaine des « baby boomers » s'accompagne d'une augmentation des divorces (28% de plus chez les femmes et 39% de plus chez les hommes) et de recompositions de couples puisque la presque totalité des seniors divorcés se remettent en couple. « Et ce, malgré la pression des enfants, qui dans ce domaine, sont les pires castrateurs » rappelle M. Ribes.

RD

[2] François et Michèle GUY, Conseillers conjugaux et familiaux.

[1] Article paru dans le Journal de Québec, 11 juillet 2010.

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