Vivre la vie d'un Senior

vendredi 3 juillet 2020

Rapport sur la situation en CHSLD: «Un désastre tragique et évitable»

Article de PHILIPPE MERCURE, La Presse, 3 juillet 2020

Mort dans un CHSLD: plusieurs enquêtes lancées | TVA Nouvelles

MORT DANS UN CHSLD 

Selon un rapport, le Canada est le pays où la proportion des décès liés à la COVID-19 survenus dans des établissements de soins de longue durée est la plus élevée au monde.

Augmenter la proportion d’infirmières et de spécialistes au sein des CHSLD. Accorder des emplois permanents aux préposés aux bénéficiaires, uniformiser leur formation et leur fournir du soutien psychologique. Voilà quelques-unes des recommandations tirées d’un rapport qui passe au peigne fin l’échec des établissements de soins de longue durée canadiens face à la COVID-19.

 C’est en effet un véritable constat d’échec que dresse ce document commandé par la Société royale du Canada, société savante qui vise à jeter un éclairage scientifique sur des enjeux de société. Les chercheurs montrent que le Canada est le pays où la proportion des décès liés à la COVID-19 survenus dans des établissements de soins de longue durée est la plus élevée au monde.



« On a fait piètre figure au Canada, et particulièrement au Québec. Ce qui s’est passé est épouvantable et on ne peut laisser ça comme ça », dit à La Presse Francine Ducharme, doyenne de la faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal et coauteure du rapport.
Dans des mots parfois durs, les auteurs décrivent la COVID-19 comme une « [onde] de choc qui a fait craquer toutes les fractures préexistantes de nos établissements de soins ».
« Nous avons échoué envers eux, écrivent-ils en parlant des aînés. Nous avons brisé notre engagement. Nous avons la tâche, la responsabilité et la capacité de réparer cela – pas seulement la crise actuelle causée par la maladie infectieuse, mais tout le secteur qui a contribué à ce désastre tragique et évitable. »

 Le groupe déplore tant la vétusté de certaines infrastructures que le manque de données qui permettraient de bien guider les actions (les auteurs comparent la planification des soins sans données probantes au fait de « gérer avec une planche de Ouija »). Mais il estime que c’est vraiment du côté de la gestion du personnel qu’il faut effectuer les réformes les plus urgentes.
« La main-d’œuvre, c’est vraiment ce qu’on veut mettre de l’avant. Il faut s’attaquer à la crise de la main-d’œuvre et changer la composition des effectifs », dit Francine Ducharme. Elle précise que l’objectif est évidemment de se préparer pour une éventuelle vague de COVID-19, mais surtout de régler des problèmes qui minent le réseau depuis longtemps.
Les chercheurs sont bien conscients de ne pas être les premiers à tirer la sonnette d’alarme sur le manque de personnel dans les CHSLD. Mais ils espèrent que la COVID-19 fera finalement bouger les décideurs. 

« C’est vrai qu’il y a eu des tonnes de rapports sur ce qui se passe dans les soins de longue durée. Ça fait 20 ans qu’on dit qu’il n’y a pas suffisamment de personnel, que c’est disqualifié, que ce n’est pas gratifiant. Mais peut-être que la pandémie va être le déclencheur qui va permettre de changer des choses. En tout cas, moi, j’ai espoir », dit Mme Ducharme.

Plus de professionnels en CHSLD

Le rapport précise que 90 % des employés qui donnent des soins directs aux résidants dans les établissements de soins de longue durée sont des préposés aux bénéficiaires qui n’appartiennent à aucun ordre professionnel. Loin de leur jeter la pierre, les auteurs écrivent que ces employés « sans voix » sont en nombre insuffisant, mal payés et mal épaulés.

« Les travailleurs dans les établissements de soins de longue durée doivent avoir des emplois à temps plein avec un salaire équitable et des avantages sociaux, incluant un support psychologique pour le syndrome de stress post-traumatique que plusieurs vivent à cause de la COVID-19 », peut-on lire.

Les auteurs estiment toutefois que la proportion d’employés qui appartiennent à des ordres professionnels (infirmières, inhalothérapeutes, psychologues, physiothérapeutes, travailleurs sociaux) doit impérativement être augmentée. 

« La composition des effectifs a beaucoup changé avec le temps et devrait revenir à un ratio plus raisonnable, dit la professeure. Les préposés sont extrêmement importants et font un travail extraordinaire, mais il faut aussi des connaissances scientifiques pour donner des soins. »
La spécialiste estime qu’il faut cesser de faire appel aux agences de placement pour gérer le personnel, éviter les mouvements d’employés entre les établissements ainsi qu’entre les zones infectées et non infectées d’un même établissement. 

« Il y a des pratiques qui n’ont vraiment aucun bon sens qui ont eu lieu pendant la première vague. J’ai été vraiment déprimée de voir ça », lance-t-elle.

Un investissement du fédéral

Le rapport plaide pour qu’on établisse des « standards nationaux » à travers tout le pays pour les établissements de soins de longue durée, et que des inspections soient faites pour s’assurer qu’ils sont respectés. Il interpelle aussi directement le gouvernement fédéral pour du financement. 

« La réalité canadienne est que sans support fédéral, il est peu probable que les gouvernements des provinces et des territoires aient les ressources pour financer les hauts standards que méritent nos aînés fragiles », écrivent les auteurs. 

« On sait que la santé, c’est provincial, dit Francine Ducharme. Mais on pense que si on avait des balises générales au Canada, et qu’ensuite les provinces allaient dans le fin détail, ça aiderait. Le message n’est pas tant politique que scientifique. »

Bilan du jour

Québec a annoncé jeudi 14 nouveaux décès liés à la COVID-19, soit 8 dans les 24 dernières heures et 6 autres remontant avant le 24 juin. Cela porte le bilan total des décès à 5541. Un total de 69 nouveaux cas ont été confirmés. Les hospitalisations poursuivent leur tendance à la baisse, leur nombre ayant diminué de 11 pour atteindre 411. Il ne reste plus que 32 Québécois aux soins intensifs à cause de la maladie, un de moins que la veille. 

RD

vendredi 15 mai 2020

Coronavirus : Une femme de 113 ans survit au virus en Espagne

Source : 20 Minutes avec AFP, 12 mai 2020 et Journal de Québec, 12 mai 2020

BONNE NOUVELLE La dame a contracté le Covid-19 le mois dernier dans une maison de retraite près de Barcelone, où elle vit depuis plus de vingt ans.

 À 113 ans, la doyenne d'Espagne survit au coronavirus - ladepeche.fr
La doyenne d'Espagne, MARIA BRANYAS

 Résidente d'une maison de retraite où plusieurs résidents infectés par le coronavirus sont décédés, une femme de 113 ans, présentée comme la doyenne d'Espagne, a guéri de la maladie, a annoncé l’établissement, ce mardi.

« Elle a 113 ans. Elle a surmonté la maladie et va très bien », a affirmé une responsable de communication de l’établissement. Maria Branyas a contracté la maladie en avril dans une maison de retraite d'Olot située à une centaine de kilomètres au nord de Barcelone (Catalogne).

Un confinement de plusieurs semaines

Les symptômes auront été discrets : « En réalité la seule chose qui a été détectée, c’est une infection urinaire et un peu de fièvre associée, mais ensuite elle a passé un test de dépistage (du coronavirus) qui s’est révélé positif », a assuré la responsable de communication. « Maintenant, elle se sent bien, et elle a passé la semaine dernière un test dont le résultat a été négatif », a-t-elle dit.

La centenaire est restée confinée plusieurs semaines dans sa chambre de la Résidence Santa Maria del Tura. Une seule employée y entrait, vêtue d’une tenue de protection, selon la télévision régionale TV3, qui a diffusé des images de la vieille dame. On entend Maria Branyas y expliquer que « les personnes sont très aimables, très attentives » avec elle dans l’établissement. Quand l’employée lui demande le secret de sa longévité, elle répond simplement qu’elle a la chance de jouir d'« une bonne santé ».

Grippe espagnole et coronavirus

Sa fille, Rosa Moret, n’a pu lui rendre visite pendant le confinement, mais a conclu au sujet de sa mère, sur TV3 : « Maintenant elle va bien, elle est en forme, avec l’envie de parler, d’expliquer, de faire ses réflexions, elle redevient elle-même ». Les journalistes ne sont pas autorisés à pénétrer dans la maison de retraite et la famille ne souhaite plus communiquer avec la presse, selon la responsable de communication.

Différents articles avaient été publiés ces dernières années sur cette « super centenaire », mère de trois enfants, grand-mère et arrière-grand-mère, née le 4 mars 1907 aux Etats-Unis, où son père travaillait comme journaliste à San Francisco. Selon la presse, elle conserve notamment le souvenir du voyage retour de sa famille, de l’Amérique vers l’Europe, à bord d’un paquebot transatlantique pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918). Elle aura également connu l’époque de la pandémie grippale de 1918, surnommée « grippe espagnole », ainsi que la guerre civile dans son pays, entre 1936 et 1939.

RD

mardi 12 mai 2020

Surprise pour la couturière qui a envoyé un masque à François Legault

Article de VINCENT LAROUCHE, La Presse, 12 mai 2020

Surprise pour la couturière qui a envoyé un masque à François Legault

BRAVO MARILOU!

Marilou Bergeron, cofondatrice du groupe de couturières bénévoles Les Couzeuzes, a vu sa boîte de messages exploser mardi lorsque François Legault s’est présenté au point de presse de 13 h en portant le masque qu’elle lui avait offert, il y a quelques semaines.
 
Le premier ministre voulait encourager les Québécois à porter un couvre-visage. « Moi, c’est Mme Bergeron qui m’a donné ça, une dame qui m’a envoyé ça comme cadeau. C’est fait à la main. Pas besoin d’avoir un masque comme les gens qui sont dans les hôpitaux », a déclaré M. Legault en manipulant le petit morceau de tissu devant les caméras. 

« Mme Bergeron », c’est Marilou Bergeron, une maquilleuse-coiffeuse professionnelle de Laval, qui était surprise d’être ainsi propulsée sous le feu des projecteurs. 

« J’ai plein d’amis qui m’envoyaient des textos : ‟Le premier ministre a dit ton nom à la télé !" », a raconté la Lavalloise lorsque La Presse l’a jointe mardi. Elle n’a su que cinq minutes avant la conférence que François Legault porterait son masque. 

« Ça fait un petit bout de temps que je lui ai envoyé. Au moment où je l’ai fait, ce n’était pas encore dans les recommandations, ils ne parlaient pas de ça. C’était comme une blague, j’ai mis six masques dans une enveloppe et je les ai envoyés. Je suis contente de voir qu’aujourd’hui, il le porte », dit-elle.

Travailler fort

En arrêt de travail à cause de la pandémie, Marilou Bergeron se sentait impuissante et souhaitait contribuer à l’effort collectif contre la COVID-19. Les appels à l’aide des travailleurs essentiels qui craignaient de manquer de masques ont attiré son attention. 

« On sentait qu’il y avait une pénurie qui s’en venait et on ne pouvait rien faire. J’ai invité les gens à donner du tissu et à coudre avec nous », raconte-t-elle. Avec la photographe Vivian Doan et la costumière Silvana Fernandez, elle a créé Les Couzeuzes. 

Le groupe rassemble désormais une vingtaine de couturières amateurs et bénévoles qui fabriquent des masques chez elles pour les travailleurs de première ligne. Elles en ont déjà distribué plus de 1200, gratuitement, notamment grâce à des dons de tissus. Elles ont une page Facebook et une collecte de fonds sur le site GoFundMe. 

« On en a fourni 250 à l’Association montréalaise pour les aveugles, on a une commande pour la Maison du Père, on en donne à Montréal-Nord pour un groupe qui font de l’éducation et qui visitent les appartements. C’est long, faire des commandes comme ça, mais les filles ont travaillé fort », dit-elle.

Pas pour l’argent

Il a fallu quelques essais et erreurs pour produire des masques de bonne qualité. « On n’est pas des couturières de métier », souligne Mme Bergeron. 

Les membres du groupe ne veulent d’ailleurs pas transformer l’initiative en projet commercial.
« Personne n’a manifesté l’envie d’en vendre. On ne fait pas ça pour s’en mettre dans les poches. On prend des commandes d’organismes, mais pas les commandes individuelles. Quand je reçois des commandes personnelles, je redirige les gens vers des personnes qui cousent pour gagner leur croûte », ajoute la Lavalloise. 

Marilou Bergeron n’est pas la seule à l’avoir remarqué : au début de la pandémie, le fait de promouvoir le port du masque était mal reçu par une partie de la population. Les commentaires négatifs fusaient sur les réseaux sociaux, parce que le couvre-visage était associé par certains à une vision négative, pessimiste, alarmiste. 

« Des gens nous disaient : ‟Ne faites pas ça !" » se souvient-elle.

Pour qu’ils puissent le manipuler

Mais petit à petit, la demande est allée en augmentant. À un certain point, voyant que le gouvernement ne recommandait pas encore le port du masque individuel, Marilou Bergeron a décidé d’envoyer des exemplaires au premier ministre. 

« Je me disais, peut-être qu’il faudrait qu’ils en voient, qu’ils voient comment c’est fait, qu’ils puissent le manipuler, voir comment c’est confortable », dit-elle. Elle est passée par son amie Émilie Nadeau, qui travaille comme photographe au cabinet du premier ministre. Après son envoi, elle n’a pas eu de nouvelles, jusqu’à ce que la photographe la rappelle, cinq minutes avant le point de presse de mardi. 

« Émilie m’a dit : ‟Le premier ministre a ton masque dans le visage et il s’en va en point de presse » », raconte Mme Bergeron. Elle a ouvert la télévision et constaté que son cadeau avait été bien reçu. 

RD

Ottawa offre une aide de 300 $ à 500 $ aux retraités du pays

Article de FRANÇOIS MESSIER, Radio-Canada.ca, 10 mai 2020

Aide financière pour les aînés au Québec - Accès Résidences
ACCÈS RÉSIDENCE

Tous les prestataires de la Sécurité de la vieillesse recevront un paiement unique de 300 $. Ceux qui reçoivent aussi le Supplément de revenu garanti auront 200 $ de plus.

Selon Ottawa, 6,7 millions d'aînés reçoivent la Sécurité de la vieillesse, et 2,2 millions d'entre eux reçoivent aussi le Supplément de revenu garanti.

Le gouvernement Trudeau offre 300 $ aux Canadiens qui reçoivent la prestation de la Sécurité de la vieillesse pour les aider à affronter les coûts supplémentaires attribuables à la crise de la COVID-19.
C'est ce qu'ont annoncé la ministre des Aînés, Deb Schulte, et le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos, en conférence de presse, mardi, à Ottawa.

Les retraités qui reçoivent le Supplément de revenu garanti (SRG), offert aux plus pauvres d'entre eux, recevront une somme additionnelle de 200 $, pour un total de 500 $, ont précisé les deux ministres.

Il s'agira de paiements uniques, non imposables, qui seront effectués dans les prochaines semaines, a précisé le ministre Duclos, sans fournir plus de détails.

Selon Ottawa, 6,7 millions d'aînés reçoivent actuellement la Sécurité de la vieillesse, et 2,2 millions d'entre eux reçoivent le Supplément de revenu garanti. L'aide fédérale est conséquemment évaluée à 2,5 milliards de dollars.

Le gouvernement fédéral a aussi fait savoir qu'il prolonge temporairement les versements du SRG et du programme d’Allocation pour les aînés à tous ceux et celles dont les renseignements sur le revenu en 2019 n’ont pas été évalués.

Un investissement supplémentaire de 20 millions de dollars dans des projets communautaires menés en vertu du programme Nouveaux Horizons a aussi été annoncé.

L'objectif de ces projets sera de réduire l’isolement des personnes âgées, d'améliorer leur qualité de vie et de les aider à maintenir un réseau de soutien social.

Une somme qui fera une grosse différence, dit Trudeau

Lors de sa conférence de presse quotidienne, le premier ministre Justin Trudeau a souligné que le confinement pèse lourd sur les aînés du pays, qui passent beaucoup de temps seuls, séparés de leur famille.

Comme ils ne peuvent prendre les transports en commun, a-t-il poursuivi, ils comptent sur des services de livraison pour faire leurs courses et, souvent, ça veut dire qu’ils ne peuvent pas profiter des soldes en magasin.

C’est dur autant sur le moral que sur les finances, a-t-il fait valoir.

Le premier ministre a repoussé les questions suggérant que l'aide pour les aînés a trop tardé et que les bonifications annoncées étaient faibles.

Il a répété que son gouvernement a d'abord voulu aider les Canadiens qui ont perdu subitement des revenus, dont les travailleurs et les étudiants, à payer leur épicerie et leur loyer.
« Les aînés [ne] sont, en général, pas dans une situation où ils perdent leur revenu, mais ils font face à certains coûts additionnels, en plus d’un niveau de stress et de préoccupation à cause de leur santé et de leur vulnérabilité face à la COVID-19. Leur donner de l'aide supplémentaire va faire une grosse différence. », selon Justin Trudeau, premier ministre du Canada.
Il ne s'est pas démonté lorsqu'on lui a fait remarquer que, si la pandémie devait durer un an, la somme de 500 $ que recevront certains aînés équivaudrait à moins de 10 $ par semaine. 

L'aide qu’on amène maintenant, c’est pour le court terme, c’est pour la situation d’urgence dans laquelle on se trouve, a-t-il rétorqué.

Évidemment, si cette situation se poursuit pendant encore six mois ou un an, il va falloir qu’on prenne d’autres mesures, il va falloir qu’on ait d'autres réflexions sur comment on va appuyer les aînés, les jeunes, les entreprises, les travailleurs.

Ce n'est pas une fortune, admet Duclos

Un peu plus tôt, le ministre Duclos avait soutenu qu'il était plus judicieux d'offrir une aide ponctuelle importante que des hausses mensuelles aux prestataires de la Sécurité de la vieillesse.
Les plus petits montants, ce n'est pas approprié dans le contexte actuel, c'est maintenant que la crise a lieu. C'est maintenant que les gens ont besoin de recevoir de l'aide du gouvernement canadien, a-t-il dit.

Il a aussi souligné que deux aînés qui vivent en couple et qui reçoivent le SRG empocheront 1000 $.
« Ce n'est évidemment pas une fortune. On sait que 1000 $, c'est quand même un montant modeste quand on parle de joindre les deux bouts pour les aînés qui sont souvent pris à la maison. », selon Jean-Yves Duclos, président du Conseil du Trésor
Il a cependant plaidé, à l'instar de son chef, que la somme va aider beaucoup de personnes âgées à traverser la crise, non seulement pour joindre les deux bouts, mais pour réduire leur sentiment d'insécurité par rapport au futur.

La ministre Schulte a aussi fait valoir que 4 millions d'aînés ont reçu des sommes moyennes de 375 $ (ou 510 $ par couple) grâce au crédit pour la taxe sur les produits et services (TPS) annoncé en avril.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet, qui pressait Ottawa d'agir dans ce dossier, a félicité avec sincérité le gouvernement pour avoir accepté la demande légitime des aînés [...] et avoir ainsi fait du bien à beaucoup de Québécois et beaucoup de Canadiens, dans un message publié sur Twitter.
L'annonce d'Ottawa est toutefois loin de ce qu'exigeait son parti. Le Bloc québécois demandait notamment que les pensions de la Sécurité de la vieillesse soient majorées de 110 $ par mois pour les retraités qui ont plus de 65 ans.

Je ne refuse pas le progrès sous prétexte que ce n’est pas la totalité de ce qu’on a demandé, a expliqué M. Blanchet, un peu plus tard en conférence de presse.

Il y a un gain énorme dans le fait qu’un gouvernement, qui jusqu’à tout récemment refusait tout net une telle bonification du pouvoir d’achat des aînés, accepte maintenant de le faire pour trois mois, a-t-il aussi souligné, ajoutant qu'il avait convenu de discuter avec le premier ministre, après la crise, de mesures qui pourraient être durables.

Un rendez-vous manqué, déplore le Réseau FADOQ

En entrevue à l'émission Le 15-18, la présidente du Réseau FADOQ n'a pas caché sa déception face à l'aide annoncée par Ottawa. Gisèle Tassé-Goodman assimile le tout à un rendez-vous manqué.
Les besoins sont antérieurs à la crise de la COVID-19, et le Réseau FADOQ réclame depuis longtemps l'augmentation des prestations de la Sécurité de la vieillesse. Justin Trudeau s'était d'ailleurs engagé à bonifier de 10 % ces prestations, le 18 septembre dernier, juste avant d'être élu, a noté Mme Tassé-Goodman.

Cette promesse-là n'a pas été tenue. [...] On demande à ce que le gouvernement tienne ses promesses, a ajouté la présidente de l'organisation, qui représente 535 000 membres de plus de 50 ans.

RD


samedi 2 mai 2020

Marguerite Blais défend sa gestion de crise

Article de FANNY LÉVESQUE, La Presse, 2 mai 2020

Les 70 ans et plus devraient demeurer à la maison, demande Legault ...


(Québec) « Ce n’est pas parce qu’on ne me voit pas physiquement que je ne suis pas là ! » Pratiquement absente de la sphère publique depuis l’horreur du CHSLD Herron, la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, défend sa gestion de crise et assure ne pas avoir été écartée du centre des décisions.

 « Mes énergies, j’essaie de les mettre à essayer de sauver des vies pas mal plus qu’à écouter ceux qui disent que je ne suis pas là. » Au bout du fil, la ministre Blais répond à la critique avec aplomb. « Mon but, c’est d’être dans l’action, je n’ai pas besoin d’être tous les jours à l’Assemblée nationale » au point de presse du gouvernement, poursuit-elle en entrevue avec La Presse.

D’abord en isolement pour donner l’exemple, Marguerite Blais, qui aura 70 ans en septembre, s’est effacée de l’œil médiatique après avoir participé à une conférence de presse aux côtés du premier ministre, le 13 avril dernier, dans les jours suivant le drame du CHSLD Herron, où au moins 30 personnes sont mortes.

Elle avait été talonnée durement alors que le Québec découvrait les conditions déplorables dans lesquelles les résidants du CHSLD avaient été laissés.

Après Herron, j’ai pris une décision. Il y avait [déjà] un trio à l’Assemblée nationale, et puis, il fallait que je sois dans l’action, que je sois capable de répondre aux différents groupes.

Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés

« On est trois ministres à la Santé et aux Services sociaux [Lionel Carmant, Marguerite Blais et Danielle McCann]. Mme McCann, elle porte le dossier. C’est la ministre de la Santé et des Services sociaux, c’est tout à fait logique [qu’elle soit là]. C’est le contraire qui aurait été un peu illogique », affirme-t-elle.

C’est donc dans l’ombre qu’elle a choisi d’agir, explique-t-elle. Il s’agit par ailleurs de sa décision, dit-elle. Dès 7 h, elle participe à un appel téléphonique en compagnie de Mme McCann, du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, et du directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, notamment.

« On ne me voit pas, mais on m’entend. L’important, c’est d’être capable de travailler et de faire passer des consignes », ajoute-t-elle, en soutenant que « les décisions se prennent ensemble ». Elle fait aussi le point avec le Dr Quoc Dinh Nguyen, médecin gériatre nommé « conseiller spécial », et le bureau du premier ministre.

« C’est un feu roulant, c’est presque 24 heures sur 24 », assure-t-elle.

« Ça me fâche tellement »

Au moins 4400 patients « vulnérables » sont atteints de la COVID-19 dans 280 résidences pour personnes âgées. Les morts s’y comptent par centaines. Le 30 avril, on dénombrait 1290 morts de résidants en CHSLD et 308 en résidences. « Ça me fâche, ça me fâche tellement que ça me donne le courage de continuer. »

Elle tient à offrir ses sympathies aux familles endeuillées et soutient que son gouvernement fera « tout ce qu’il peut pour sauver le plus de vies » possible.

Mais n’auriez-vous pas pu faire mieux en amont alors que le problème des CHSLD était connu depuis des années ? Marguerite Blais, qui a été ministre responsable des Aînés dans le gouvernement libéral de Jean Charest de 2007-2012, refuse de porter le blâme pour la situation vécue actuellement dans les CHSLD et souligne le caractère exceptionnel de la pandémie de COVID-19, sans pitié pour les aînés de par le monde.

Mme Blais admet néanmoins qu’il y a eu un manque sur le plan de la disponibilité du matériel de protection dans les résidences au début de la crise. « On a manqué de matériel, ça, on le sait », dit-elle.

Elle croit aussi que le déplacement du personnel entre établissements – qui est encore difficile de contrôler à Montréal – a forcément eu un effet important. « Il a fallu passer des consignes pour dire que ça prenait du personnel dédié. […] Le personnel n’avait pas l’habitude de faire ça. Ce n’est pas simple de changer la culture organisationnelle, je peux vous le dire », a-t-elle expliqué.

Maisons des aînés

La ministre estime néanmoins que la pandémie « va changer l’ordre des choses » pour l’avenir. Le gouvernement Legault a déjà fait valoir qu’il allait accélérer la mise en œuvre de son projet de « maisons des aînés ». À ce sujet, Mme Blais promet que l’objectif demeure le même et que les premières maisons seront ouvertes d’ici 2022.

En novembre dernier, Québec a annoncé la création de 2600 places dans ses nouvelles « maisons des aînés », projet estimé à 2,6 milliards. « Avec la COVID-19, on a arrêté de faire des annonces […], mais le travail continue. On a l’argent, ce n’est pas comme si on était obligé d’aller se faire dédouaner au Conseil du trésor », ajoute-t-elle.

Elle croit que des projets de rénovation de CHSLD aboutiront plus vite, au terme de la pandémie. Ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement promet d’améliorer la qualité de vie en CHSLD, convient Mme Blais. « On a un soutien indéniable. Ce n’est pas juste la ministre des Aînés qui veut faire avancer les choses, c’est l’ensemble des collègues du Conseil du trésor », assure-t-elle.

« Le gouvernement était déjà extrêmement sensible » à la cause. « Il faut que, collectivement, on se mette à aimer nos aînés et nos personnes vulnérables, conclut Mme Blais. Ça fait des années qu’on aurait dû reconstruire des CHSLD, qu’on aurait dû faire [les choses] différemment. On ne peut pas rebâtir Rome en un jour. »

RD

mardi 28 avril 2020

La gestion du risque : pour les aînés aussi

Article de ISABELLE MATHIEU, Le Soleil, 25 avril 2020

Sécurité des aînés - Ministère de la Sécurité publique


Pendant la crise de la COVID-19 et également après, il faudra apprendre à laisser les aînés gérer leurs risques eux aussi, plaide le gériatre social Dr Stéphane Lemire, qui pointe les impacts d’un confinement prolongé des personnes âgées.

«On ne veut pas se ramasser dans un mois avec la moitié des aînés qui ne marche plus!», fait remarquer l’interniste-gériatre en entrevue au Soleil.

Le Dr Lemire juge lui aussi que le confinement était nécessaire. Mais il est heureux d’entendre le premier ministre et le directeur national de la santé publique parler maintenant de gestion de risque, avec une réouverture graduelle des écoles et des entreprises.

Cette gestion de risque devra valoir aussi pour les aînés, dit-il. «Ce ne sont pas tous du monde impotent! s’emporte le Dr Lemire. Il faut se rappeler que ce sont des adultes, qui ont pris des décisions toute leur vie. Il faudra qu’à eux aussi, on puisse leur dire de recommencer à vivre, en prenant des mesures comme porter un masque, garder les distances, se laver les mains.»

Le cauchemar vécu en CHSLD par les personnes âgées et leurs familles ne fait que ressortir l’importance de donner des ressources aux organismes communautaires qui font du soutien à domicile, insiste le Dr Lemire. «Ce qu’on vit n’est qu’une petite répétition générale de ce qui nous attend en 2031, avec le vieillissement de la population, estime-t-il. Il faut des investissements importants pour que la personne âgée puisse avoir le vrai choix de rester à la maison, avec des services.»

Des vidéos pour prévenir la dégradation de la santé des aînés

Le médecin spécialiste en gériatrie est fondateur et président du conseil d’administration de la Fondation AGES, un organisme qui fournit des services de proximité et de l’information à des milliers d’aînés.

Au bout de 40 jours de confinement, les préposés qui agissent comme sentinelles pour la Fondation AGES constatent plusieurs problèmes chez les aînés : anxiété, isolement, mais aussi des lacunes dans les services de base liés à l’alimentation, à l’entretien.

Une situation aussi stressante que le confinement peut accélérer le vieillissement d’un aîné, ajoute le Dr Lemire.

Pour donner des outils aux aînés et à leurs proches, la Fondation AGES a développé plusieurs vidéos. Ils sont tous disponibles au https://fondationages.org/ressources/

RD

La peur de finir au CHSLD

Article de BRIGITTE BRETON, Le Soleil, 25 avril 2020

Brigitte Breton (@b_breton) | Twitter


CHRONIQUE / Nous vieillissons tous et ce n’est sûrement pas seul, sale, déshydraté, affamé et infecté par un virus que nous voulons finir nos jours. Nous avons donc tous intérêt à ce que le traitement réservé aux personnes âgées en perte d’autonomie soit revu et amélioré. Un jour, ce sera notre tour.  

Je reprends une vieille formule publicitaire de Loto-Québec, mais personne ne rêve de gagner à cette loterie de la vie et de passer ses dernières années dans un CHSLD ou une résidence pour personnes âgées en perte d’autonomie.

C’était vrai avant que la ­COVID-19 frappe. Encore plus depuis que les décès s’additionnent et que le premier ministre multiplie les appels à l’aide pour ces supposés milieux de vie.

Ce n’est pas «un peu gênant», comme le disait cette semaine François Legault, mais bien «très gênant» et inacceptable ce qui se passe dans les centres d’hébergement et les résidences de personnes âgées durant cette crise sanitaire.

Est-ce que la démonstration est assez claire pour que nous cessions de fermer les yeux et de «patcher», alors que de gros travaux s’imposent depuis longtemps?

«La démographie, c’est comme la marée : très prévisible», indiquait cette semaine dans une lettre Michel Clair, ancien ministre péquiste, ex-président de la Commission sur l’avenir du réseau de la santé et des services sociaux et présidant du conseil d’administration de l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec.

Il y aura l’an prochain plus de 200 000 personnes de 85 ans et plus au Québec, 400 000 en 2035 et 700 000 en 2050. «Où est le plan?» demande celui dont la commission a recommandé en 2000 la création d’une assurance contre la perte d’autonomie. Le gouvernement Marois et son ministre Réjean Hébert avaient poussé un projet similaire en 2013.

En entrevue téléphonique, M. Clair déplore que Québec achète des places d’hébergement comme s’il achetait de la «garnotte».

La crise passée, il sera tentant de faire preuve d’amnésie collective et d’attribuer uniquement à la COVID-19 la désorganisation et le manque de soins exposés durant cette période. De se dire aussi que d’autres provinces et d’autres pays n’ont pas fait mieux, et que des établissements ont réussi à contrôler la pandémie.

Le risque est grand que le sort des personnes âgées vulnérables passe une fois de plus en second. Comme s’il était impossible qu’un jour, ce vieil homme atteint d’Alzheimer ou cette vieille femme dépendante des autres pour tout, ce soit nous.

Et pourtant, 60 % des individus devront composer avec une perte d’autonomie.

Le premier ministre a affirmé mercredi qu’une fois la crise réglée, il va falloir «qu’on s’assure qu’on traite beaucoup mieux nos aînés. […] je veux qu’on soit fier de toute la société québécoise, incluant la façon dont on traite nos aînés dans les CHSLD».

Est-ce enfin l’expression d’une volonté politique qui fait cruellement défaut depuis des décennies au Québec?

La création de maisons des aînés était la principale proposition de la Coalition avenir Québec aux dernières élections. M. Legault est-il prêt à investir davantage, à se relever les manches, comme il le dit, pour s’occuper des personnes qui ont bâti le Québec? Souhaitons-le.

L’an dernier, 48 heures après la mort d’une fillette à Granby, M. Legault a annoncé la création d’une commission d’enquête en protection de la jeunesse. Il souhaite un avant et un après-Granby.

Un exercice similaire s’impose-t-il après la mort de centaines de personnes âgées dans les CHSLD et les résidences? Un avant et un après COVID-19?

Interrogé jeudi sur la possibilité d’une enquête publique sur la gestion des CHSLD, le premier ministre a répondu qu’il n’excluait rien. Il a également signalé que lorsqu’il manque 9500 personnes dans le réseau, la situation est très tendue.

Le désir est bien sûr grand d’identifier des coupables. Une commission d’enquête n’est cependant pas un procès. Personne ne se retrouvera derrière les barreaux.

Des poursuites devant les tribunaux alors? En 2013, Québec a dû verser 7 millions $ en dédommagements à des résidents maltraités du CHSLD Saint-Charles-­Borromée. Le problème persiste.

Les lacunes dans les services et les soins, tant à domicile, en centre d’hébergement, qu’en résidence privée pour aînés, sont très bien documentées. Les rapports de commissions, de consultations publiques, de vérificateur général, de protecteur du citoyen, de coroner s’empilent.
Faut-il vraiment un autre rapport d’enquête pour se doter d’un véritable plan pour faire face au vieillissement de la population et prévoir enfin un financement adéquat?

Malgré ses vertus, une commission d’enquête peut s’avérer un moyen pour un gouvernement de gagner du temps et de ne rien faire.

Pour Michel Clair, se mobiliser rapidement, établir un consensus social et se doter d’une stratégie à long terme pour prendre soin des aînés en perte d’autonomie est prioritaire.

RD