Vivre la vie d'un Senior

samedi 24 septembre 2016

10 mythes et réalités sur le vieillissement


SOURCE : RADIO-CANADA.CA, 23 septembre 2016


Un couple de personnes âgées se promènent dans un parc.


On entend souvent dire que la société québécoise sera bientôt parmi les plus vieilles en Occident, que les personnes âgées vivent aux crochets de la société et que peu d'entre elles sont autonomes. Vrai ou faux? Démêlons le tout avec des experts.

Un texte de Danielle Beaudoin
<

1. LES PERSONNES ÂGÉES NUISENT À L'AVANCEMENT PROFESSIONNEL DES PLUS JEUNES
- FAUX
« C'est faux, surtout au Québec », affirme Diane-Gabrielle Tremblay, professeure à l'École des sciences de l'administration de la TÉLUQ. Les personnes âgées sont nombreuses, elles alimentent l'économie, et de ce fait, elles créent des emplois pour les jeunes, explique-t-elle.

« On sait qu'il y a une pénurie de main-d'œuvre dans plusieurs milieux. Donc, l'idée que les personnes âgées bloqueraient l'accès au marché du travail, ça ne tient pas trop la route », ajoute l'experte.
« Ça n'a jamais été démontré qu'il y avait un lien direct entre la retraite des plus vieux et l'embauche des plus jeunes », explique Yves Carrière, professeur au Département de démographie de l'Université de Montréal. Ce ne sont pas des vases communicants, ajoute-t-il. Le démographe rappelle que dans les années 80, les taux de chômage étaient très élevés dans la plupart des pays de l'OCDE. Le Québec et le Canada avaient alors fait passer l'âge de la retraite de 65 à 60 ans. Cela n'a pas réglé le problème du chômage chez les jeunes, observe Yves Carrière.
C'est un mythe. Dans les pays où ça va bien économiquement, le taux de chômage est bas dans tous les groupes d'âge. Quand ça ne va pas bien, il est plus élevé pour tous les groupes d'âge.

Yves Carrière, professeur de démographie au l'Université de Montréal

2. UNE GRANDE PROPORTION D'AÎNÉS N'EST PAS AUTONOME
- FAUX
« La très grande majorité des personnes âgées vivent à domicile, malgré parfois un état de santé moins bon ou certaines incapacités », observe Anne-Marie Séguin, professeure titulaire au Centre Urbanisation culture société de l'INRS et chercheuse de l'équipe VIES (Vieillissements, exclusions sociales, solidarités).

Le démographe Yves Carrière est du même avis. Il explique qu'être autonome, cela veut dire être capable de faire soi-même les activités quotidiennes, comme préparer les repas et faire l'épicerie. Cela n'empêche pas les personnes autonomes d'avoir mal au dos ou d'avoir d'autres incapacités. En fait, selon Yves Carrière, le tiers des personnes âgées ont des incapacités.

Entre 5 et 7 % des personnes âgées vivent en institution (CHSLD, hôpitaux ou logements sans cuisine dans un foyer où on fournit des soins), selon les chiffres d'Yves Carrière.

Autour de 2,6 % des 65 ans et plus vit en CHSLD, contre 7 % il y a une vingtaine d'années, explique pour sa part Yves Couturier, professeur titulaire à l'École de travail social de l'Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les pratiques professionnelles d'intégration des services en gérontologie.
L'État contraint l'accès aux CHSLD. Il dit que dorénavant, la priorité, c'est de donner des services à domicile pour trois raisons : ça coûte moins cher, c'est bon pour la santé et le bien-être et c'est ce que les gens veulent.

Le Pr Yves Couturier

3. LES PERSONNES ÂGÉES NE PEUVENT PAS AMÉLIORER LEUR AUTONOMIE
- FAUX

Il s'agit là d'un « gros mythe » même chez les professionnels du vieillissement, selon le professeur Yves Couturier.

« Imaginez votre père de 90 ans, qui n'a jamais fait de sport de toute sa vie. Si à 90 ans, il fait un programme d'activités physiques adapté à sa condition, il va augmenter son espérance de vie et sa qualité de vie. [...]. Il y a toute une philosophie qui s'appelle en anglais le restorative care. Plutôt que de gérer la décroissance ou le déclin, c'est comment on peut soutenir le développement des personnes, même au grand âge. »
Une des sources d'âgisme, c'est de penser que les vieux sont incapables de s'améliorer parce qu'ils sont vieux. L'âge n'est pas forcément vecteur de déclin.

Le Pr Yves Couturier

4. LES AÎNÉS VIVENT AUX CROCHETS DE LA SOCIÉTÉ ET COÛTENT CHER
- FAUX
Les personnes de 65-69 ans n'ont jamais été aussi actives sur le marché du travail, note le démographe Yves Carrière.
Elles participent beaucoup plus à l'économie qu'elles le faisaient dans le passé.

Le Pr Yves Carrière
Yves Carrière ajoute que bien des personnes âgées qui ne sont pas sur le marché du travail sont actives et utiles à la société. Certains gardent leurs petits-enfants pour permettre à leurs enfants de gagner leur vie. « Il y a du bénévolat et toutes sortes d'activités qui ne sont pas rémunérées et pas comptabilisées dans le PIB », précise le démographe.
Et ce n'est pas vrai que les personnes âgées coûtent si cher en soins de santé, affirme Yves Carrière.
La hausse des coûts du système de soins de santé a très peu à voir avec le vieillissement de la population.

Yves Carrière, démographe
« Ce qui fait que les coûts du système augmentent de façon très rapide, c'est la technologie, les salaires, l'inflation, les médicaments. Et c'est ça qu'on ne contrôle pas très bien. Le vieillissement de la population, entre 1998 et 2008, expliquait 10 % de la hausse des coûts. Mais c'est sûr que dans le futur, comme le vieillissement va être plus marqué, il aura plus d'impact », explique le démographe.

Mexique
13,4
Italie
12,5
France
10,4
Japon
9,4
Suède
8,9
Espagne
8,6
Allemagne
7,4
OCDE
6,10
États-Unis
6,10
Royaume-Uni
6,2
Pays-Bas
5,2
Australie
4,9
Nouvelle-Zélande
4,7
Irlande
4,10
Canada
2,40
Corée
1,6
Mexique
  

5. L'AIDE À DOMICILE EST SURTOUT ASSURÉE PAR LES PROCHES
- VRAI

Entre 7 et 15 % de l'aide à domicile est fournie par l'État, soutient Yves Couturier. Ce sont donc surtout les proches, majoritairement les femmes, qui prennent soin des personnes âgées à la maison : les laver, les habiller, les nourrir, etc. Selon l'expert, il faut donc soutenir davantage les proches aidants.
Dans la vraie vie, c'est surtout le conjoint ou la conjointe qui donne les services. Si le conjoint s'épuise, il y a deux personnes qui rentrent en CHSLD ou à l'hôpital. Ça coûte 100 000 $ par année, ça. Il faut aider le conjoint et ne pas attendre qu'il s'effondre. Malheureusement, le Québec n'est pas actif là-dessus.

Yves Couturier
Selon ses recherches sur le sujet, Diane-Gabrielle Tremblay, professeure à la TÉLUQ, constate que bien des proches aidants perdent au change.
Beaucoup de ces personnes, surtout les femmes, vont réduire leurs heures de travail, et finalement un certain nombre vont quitter leur emploi parce qu'elles soutiennent une personne âgée.

Diane-Gabrielle Tremblay
« Du point de vue économique, ce n'est pas bon du tout », explique l'experte. À son avis, il faut garder les proches aidants sur le marché du travail, en leur offrant notamment des horaires plus flexibles.

Écoutez l'émission spéciale de Désautels le dimanche sur le vieillissement diffusée le 25 septembre sur ICI Radio-Canada Première.

6. TOUT LE MONDE VEUT PRENDRE SA RETRAITE À 60 ANS
- FAUX

Pas nécessairement, dit Diane-Gabrielle Tremblay. « Il y a de plus en plus de [retraités] qui reviennent en emploi. Selon les enquêtes, 30 à 40 % reviennent pour des raisons financières. Mais pour beaucoup, on va revenir pour l'intérêt du travail ou parce qu'on s'ennuie un peu à la maison. »
Le démographe Yves Carrière note aussi que de plus en plus de gens réalisent que l'espérance de vie augmente. « Prendre sa retraite à 55 ou 60 ans, ça peut être long longtemps. Et si vous êtes en bonne santé, pourquoi ne pas continuer à travailler? Donc, il y en a beaucoup qui voient l'intérêt de continuer à travailler. »

Yves Carrière ajoute que si on veut garder les personnes âgées sur le marché du travail, les employeurs devront faire montre d'un peu de flexibilité. Diane-Gabrielle Tremblay, de la TÉLUQ, est du même avis.
Quatre jours/semaine, des horaires flexibles, le télétravail; beaucoup de gens resteraient jusqu'à 65 ans, et même 67 ans. Beaucoup de gens sont disposés à rester plus longtemps, et sont capables de le faire.

Diane-Gabrielle Tremblay

7. LE VIEILLISSEMENT DE LA POPULATION A COMMENCÉ AVEC LES BABY-BOOMERS
- FAUX

Totalement faux, selon le démographe Yves Carrière. « Le vieillissement de la population au Canada et partout dans les pays développés a commencé avant le baby-boom. » Il donne l'exemple de la France, qui, déjà au début du 20e siècle, s'inquiétait de la baisse de fécondité et du nombre de plus en plus grand de vieillards.

Il explique que le baby-boom a plutôt ralenti le vieillissement démographique. « La proportion de personnes âgées a cessé de croître avec le baby-boom. Elle n'a pas diminué; elle a juste cessé de croître. C'est pour vous dire à quel point il y avait déjà une tendance à avoir de plus en plus de personnes âgées. »

Par la suite, les baby-boomers n'ont pas fait beaucoup d'enfants, et en parallèle, le nombre de personnes âgées a continué à augmenter. « Dans les années 80-90 et début 2000, on est passé de 7 à 14 % de personnes âgées. Ce n'était pas à cause des baby-boomers; ils n'avaient pas 65 ans encore. »

Toutefois, une fois que les baby-boomers arrivent à 65 ans, « c'est comme si on pesait sur l'accélérateur, parce qu'ils sont très nombreux ».
On va rattraper à peu près tous les pays de l'OCDE dans les 10-15 prochaines années.



Yves Carrière
Yves Carrière explique qu'on assiste à une transition démographique partout dans le monde. « La fécondité diminue, et la mortalité aux grands âges diminue. Ça donne un vieillissement de la population, avec une proportion de personnes âgées qui va probablement arriver entre 25 et 30 %. C'est la maturation démographique d'une société. C'est une tendance qu'on observe dans tous les pays développés, et les pays en développement y arrivent aussi. »

8. TOUS LES BABY-BOOMERS VONT AVOIR UNE RETRAITE DORÉE
- FAUX

Un autre « beau gros mythe », dit le professeur Yves Carrière. Au contraire, avec l'arrivée des baby-boomers sur le marché du travail, « on [a commencé] à observer l'endettement et une baisse de la couverture des régimes de retraite ». Selon lui, les années dorées de la retraite, c'était dans les années 90.

« On aime [...] dire que les vieux ont tout et que les jeunes n'ont rien. Parmi les baby-boomers, il y en a qui sont pauvres. Dans chaque cohorte, il y a de tout; des gens scolarisés, d'autres moins scolarisés. Il y en a qui ont bien réussi, d'autres, non », explique Yves Carrière.

Diane-Gabrielle Tremblay, professeure à la TÉLUQ, croit aussi que c'est un mythe. « Malheureusement, beaucoup de gens n'ont pas de bons régimes de retraite, ou n'en ont pas, point. Notamment les femmes avec de bas revenus, des emplois précaires dans tout ce qui est hôtellerie et restauration. »

Patrik Marier, professeur en science politique à l'Université Concordia et directeur du Centre de recherche et d'expertise en gérontologie sociale (CREGÉS), fait remarquer que le revenu disponible médian des aînés québécois de 65 à 74 ans est de 20 200 $, alors qu'il est sous les 20 000 $ pour les 75 ans et plus, selon un rapport de l'Institut de la statistique du Québec de 2013.
Dans la réalité, une bonne part des personnes âgées, surtout les femmes, vont vivre avec des revenus très modestes.

Anne-Marie Séguin, de l'INRS
Anne-Marie Séguin souligne qu'en 2015,près de 40 % des Québécois qui touchent la pension de sécurité de la vieillesse reçoivent aussi le Supplément de revenu garanti (SRG). Seuls le Nouveau-Brunswick et Terre-Neuve affichent des pourcentages plus élevés, comme le montre le graphique ci-dessous.

9. D'ICI UNE VINGTAINE D'ANNÉES, LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE SERA UNE DES PLUS VIEILLES EN OCCIDENT
- VRAI

« Ce qui est remarquable pour le contexte québécois, c'est qu'on va rejoindre les sociétés les plus vieilles », note Yves Couturier, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les pratiques professionnelles d'intégration des services en gérontologie.

Il explique que le Québec va bientôt atteindre le niveau de vieillissement de l'Italie. « Ça aura pris 100 ans à l'Italie pour atteindre ce niveau; ça va prendre une génération au Québec pour le faire. »
Le baby-boom a eu cet effet-là. Dans une génération, on passe en moyenne de 7-8 enfants par femme à autour de 2. C'est la rapidité du choc démographique qui est typique au Québec. Même si on se compare au Canada anglais, le Québec se distingue.

Yves Couturier
« Le Québec est une des régions où ça prend le moins de temps pour doubler la proportion de personnes âgées », fait remarquer le démographe Yves Carrière. Il faudra 32 ans au Québec pour passer de 12 à 24 % de personnes âgées, comparativement à 75 ans au Royaume-Uni, et 70 ans à la France.

La société québécoise sera peut-être parmi les plus vieilles d'ici une vingtaine d'années, mais les autres pays développés ne seront pas loin derrière, note le démographe. Il souligne que le décalage entre les pays quant à la proportion de 65 ans et plus sera beaucoup moins prononcé qu'il l'est aujourd'hui.

Selon l'Institut de la statistique du Québec, les 65 ans et plus représentent aujourd'hui 18 % de la population.

10. LES AÎNÉS ET LA TECHNOLOGIE NE FONT PAS BON MÉNAGE
- FAUX

C'est vraiment un mythe, selon Diane-Gabrielle Tremblay, de la TÉLUQ. « Aujourd'hui, ceux qui ne connaissent pas les technologies, ce sont les 85 ans et plus. »

Patrik Marier, directeur du CREGÉS, explique que les nouveaux retraités sont à l'aise avec les nouvelles technologies. Ils ont été en contact avec Internet et les téléphones intelligents lorsqu'ils étaient sur le marché du travail. Par contre, les personnes plus âgées sont peut-être moins familières avec la technologie, car lorsqu'elles étaient sur le marché du travail, tout cela n'existait pas.

Au fil de ses recherches sur le sujet, Anne-Marie Séguin, professeure titulaire au Centre Urbanisation culture société de l'INRS, a constaté que la technologie est de plus en plus présente chez les personnes âgées.  « Dans les entrevues, on leur demandait : "Si vous alliez en résidence, si vous aviez juste une chambre, qu'apporteriez-vous?" Beaucoup de gens ont dit : "Mon ordinateur ou ma tablette. Parce que dans mon ordinateur, j'ai mes photos, beaucoup de souvenirs, plein de choses". Pour des aînés, ça devient de plus en plus important », explique-t-elle.

samedi 10 septembre 2016

Les pour et les contre de la solitude

Article de Danielle Choquette, Journal de Montréal, 9 septembre 2016

Afficher l'image d'origine

Les bienfaits de la solitude sont nombreux: elle stimule la créativité, permet de réfléchir par soi-même, repose, donne l’occasion de trouver des solutions aux problèmes de la vie. Mais trop de solitude peut se transformer en isolement. La solitude serait donc une médaille à deux côtés: l’un souffrant et l’autre bienfaisant. Essayons de démêler un peu tout ça.

1. De courts moments quand la vie est pleine.

Un moment­­ de solitude qu’on souhaite est reposant. On va (enfin) à son propre rythme, on se sent ­libre. On se détend sans se ­demander si quelqu’un voudrait une chose ou pas. Quand on a de jeunes enfants, un conjoint, des amis, on est rarement en solo et on manque parfois de ces moments de solitude qui procurent un ­espace de liberté, un temps de ressourcement­­. Il faut se contenter de courts instants, ce qui est difficile pour les personnes au tempérament solitaire. Il s’agit de les ­repérer et d’en profiter: même un embouteillage peut faire l’affaire. Faire les courses aussi.

2. Être seul, mais aimé.

Quand on est certain d’être aimé, les moments de solitude font du bien. Il n’est pas nécessaire­­ d’être aimé de tout le monde: vivre auprès de quelques personnes qu’on aime et qui nous aiment est tout à fait suffisant.

3. Stimuler la créativité.

Les artistes et les inventeurs profitent de la solitude. C’est dans ces moments qu’ils trouvent leurs idées, leurs expériences à tenter. En fait, il doit être assez difficile d’être créateur sans solitude – Dieu est sûrement très seul. Selon les recherches du ­psychologue Mihaly Csikszentmihalyi, les adolescents qui ne ­supportent pas les moments ­passés seuls développent moins leur sens créatif.

4. Les communications ­perpétuelles.

Avec les ­nouvelles technologies qui encouragent et même obligent au lien perpétuel, on peut parfois souffrir d’un surplus de contacts. On est privé de tranquillité, de ­repos, de temps de réflexion. Il ne s’agit pas de tout noircir, c’est quand même bien de pouvoir ­communiquer facilement, mais éteindre une fois de temps en temps peut être salutaire.

5. Voyager seul.

Prenons l’exemple du voyage: voyager en solo a bonne presse par les temps qui courent. Voyager avec quelqu’un ou en groupe est agréable, en partie parce qu’on partage les découvertes et qu’on s’épaule à l’étranger. Il existe tout de même des agréments à voyager seul: on rencontre des gens avec qui on n’aurait pas parlé autrement; on relève un défi: « j’y suis arrivé » ; on vit une rencontre ­inévitable avec soi-même, ce qui est formateur et utile dans la vie.

6. Certains souffrent d’ennui­­.

Une amie enseignante était partie seule au soleil pour une semaine. Adorant lire, elle se disait qu’elle allait enfin­­ profiter de cette liberté, elle qui avait toujours été occupée par les autres. Mais la réalité l’a rattrapée­­: elle s’est beaucoup ennuyée­­.

7. Notre histoire nous fait craindre la solitude.

Les êtres humains que nous sommes auraient naturellement peur de la solitude. Nos ancêtres étaient condamnés à mourir quand ils étaient éloignés de leur tribu. On continuerait de percevoir la solitude comme dangereuse. Dans le cadre d’une recherche, on a demandé à des hommes et à des femmes de passer de 6 à 15 minutes, seuls, dans une pièce, sans aucune stimulation sauf la ­possibilité de se donner de ­petites décharges électriques: 67 % des hommes et 25 % des femmes l’ont fait. Nous fuyons l’inaction.

8. Isolement ou solitude.

Quand on se dit qu’on souffre­­ de solitude, en réalité­­ on souffre d’isolement. On se sent privé de contacts essentiels et ­chaleureux. Le problème existe pour beaucoup de monde. En 40 ans, rapporte l’écrivaine Jessica­­ Olsen, dans un article paru sur Slate, le sentiment d’isolement chez les adultes aurait doublé, passant de 20 % à 40 %. Chez les gens âgés, le problème est encore plus évident.

9. La saucisse Hygrade.

Le hic est que plus on se sent isolé, plus on a tendance à s’isoler. On ferait ce qu’on appelle de l’« évitement social ». Dans une période de trop grande solitude, on aurait tendance à croire qu’il existe une raison pour laquelle on est séparé de la tribu, qu’après tout on n’est peut-être pas une bonne personne! C’est faux, mais ce n’est pas évident à réaliser. C’est un travail de longue haleine sur soi et sur ses habitudes de vie à entreprendre, car il s’agit de s’approcher des autres et de créer de nouveaux liens. Nous sommes un peu tous à certains moments de notre vie des lonesome cowboys, tout comme Lucky Luke, mais nous sommes aussi des êtres sociaux et aimants.

RD