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dimanche 29 octobre 2017

10 choses à savoir sur l’empathie

Article de Danielle Choquette, journal de Montréal, 23 octobre 2017


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L’empathie est essentielle pour la qualité de nos relations : si on ne peut pas ressentir ce que l’autre vit, la vraie communication est coupée. Mais elle n’a pas que de bons côtés. Elle devient dommageable quand on en fait une mode ou quand on s’oblige à trop.

1. Cœur et tête. Il existe deux formes d’empathie. On parle d’empathie émotionnelle quand on ressent les émotions de l’autre. On parle d’empathie cognitive, quand on comprend les pensées et les aspirations de l’autre, quand ça passe par la tête.
2. L’empathie mature. Si on fait le pont entre ces deux formes d’empathie, le tout se transforme en « empathie mature » : on comprend avec sa tête et on ressent avec son cœur. Cet amalgame permettrait un certain recul grâce à son aspect rationnel. On est empathique, sans pour autant risquer de se perdre dans le malheur de l’autre.
3. Avoir de l’empathie est une bonne chose, mais... Une personne incapable d’empathie a probablement un trouble assez grave. Quand on ne peut se mettre en imagination dans « les souliers de l’autre », le contact est difficile à créer. La confiance entre deux personnes naît de l’ouverture et de la capacité de ressentir ce qui est vécu. Le hic est que l’empathie peut en arriver à prendre trop de place dans notre quotidien. Quand elle devient une mode, une posture de vie, une obligation morale, on risque de tomber dans certains pièges.
4. Le problème avec l’empathie. Adam Waitz, professeur américain de management, fait partie des gens qui nous mettent en garde contre un excès de ce sentiment. Un des problèmes est la fatigue accumulée. Vous n’avez qu’à repenser à une période de votre vie où plusieurs personnes avaient besoin de vous, de votre compréhension, écoute, attention, pour vous souvenir dans quel état vous étiez. Être empathique est un peu comme devoir se concentrer sur un travail dans un lieu bruyant et où vous êtes sans cesse dérangé : c’est stressant et drainant.
5. Une ressource limitée. Il faudrait voir notre capacité d’empathie comme une ressource limitée. D’ailleurs, les recherches démontrent que les gens qui, dans le cadre de leur emploi, doivent donner beaucoup de soins et être empathiques le sont moins à la maison.
6. La fatigue compassionnelle. Il est bien documenté que les médecins, infirmières, préposés, travailleurs sociaux, etc. sont particulièrement susceptibles de souffrir de « fatigue compassionnelle ». On oublie tout de même que, pour la plupart d’entre nous, certaines relations nécessitent de l’aide, des soins à l’autre. On oublie que plusieurs emplois requièrent une attention vive au vécu du client. La fatigue compassionnelle touche davantage de gens qu’on pense.
7. Trop loyal. Autre problème avec l’excès d’empathie : elle peut rendre trop loyal, nous dit encore Adam Waitz. Vous êtes mon ami, vous faites quelque chose d’illégal et de bête ou de méchant, qui fait souffrir une troisième personne, seulement voilà, comme je sais que vous souffrez ces temps-ci, j’ai de l’empathie pour vous, je laisse passer.
8. La manipulation. Le psychologue Serge Tisseron, dans Empathie et manipulations, nous rappelle que l’empathie sert très bien les manipulateurs. Il est facile d’utiliser les sentiments des autres. Trump, écrit-il, a utilisé l’empathie envers les travailleurs pour se faire élire. En plus, le fait que l’empathie est à la mode nous incline à croire qu’on devrait sans cesse la pratiquer.
9. Des solutions. Il existe des comportements qui assurent une empathie équilibrée. On peut garder en tête le concept d’« empathie mature ». On peut se souvenir que notre empathie est une ressource limitée. Si un emploi exige toute notre écoute et beaucoup de cœur, on pense à prendre des pauses. Si notre vie familiale est exigeante, on garde des moments pour soi, pour son plaisir.
10. La compassion. Autre solution : la compassion. La compassion monte, car elle nous ouvrirait à un amour plus large pour l’humanité. En aimant les gens en général, on serait moins drainé par une attention à des individus, ce qui serait moins éprouvant. On peut, bien sûr, penser à s’inclure dans cet amour large et attentif pour l’humanité entière. La compassion a plus de recul que l’empathie : on peut donc continuer à aimer sans pour autant se fatiguer. C’est une question de mots, bien sûr, pensons simplement à garder la mesure en toute chose et on ne se perdra pas.

RD

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