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vendredi 21 avril 2017

Béatrice Picard : « Dans mon coeur, j'ai toujours 20 ans ».

Article de Bruno Lapointe, Journal de Montréal, 25 mars 2017


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Elle a donné la réplique aux plus grands et marqué les générations grâce aux personnages de Blanche Bellemare, Angéline Desmarais et Marge Simpson. Et à 87 ans, Béatrice Picard n’a pas l’intention de prendre sa retraite. «J’arrêterai le jour où je n’aurai plus de plaisir. Mais pour le moment, j’ai beaucoup trop de fun!», s’exclame la comédienne.

Malgré ses 87 printemps, Béatrice ­Picard demeure active. La dame conduit toujours sa voiture. Elle ­voyage. Elle joue au bridge (ses yeux s’illuminent lorsque la conversation effleure le sujet). Bref, elle n’a «pas le temps d’être malade».

«Je me tiens bien trop occupée! La journée où on cesse d’avoir des projets, de s’émerveiller devant les plaisirs de la vie, on commence à devenir vieux», explique la comédienne.

Une carrière bien remplie

Des projets, Béatrice Picard en a eu toute sa vie. La comédienne reconnaît avoir eu une carrière «bien remplie» avec des rôles dans des séries telles que Symphorien, Cré Basile et autres Sous un ciel variable.

«J’ai été chanceuse; il y a des ­comédiens qui connaissent de grands vides dans leur carrière, mais je n’ai pas eu ce problème», confie-t-elle.

Et à quoi attribue-t-elle ce succès constant et renouvelé? «Je n’étais pas la plus en demande pour des premiers rôles. Étran­gement, c’est ça qui m’a aidée», avance­­-t-elle. «Quand on ne fait que des premiers rôles, il peut se passer du temps entre chacun. Moi, j’avais une famille à ­élever, donc je n’avais pas le choix. Il fallait que l’argent rentre. Alors j’ai fait des petits rôles, des moyens, et quelques-uns plus grands. Mais j’ai aussi fait de la radio, du cinéma, de la radio, du théâtre, du doublage... J’ai touché à tout pour ne jamais manquer de travail», relate-t-elle.

Un plaisir renouvelé

La comédienne n’a d’ailleurs pas ­l’intention d’arrêter de travailler. ­Béatrice Picard se réjouit de pouvoir toujours monter sur les planches du théâtre, avec une passion toujours aussi grande (voire supérieure), après toutes ces années. «À une certaine époque, on jouait pratiquement toujours devant un ­rideau noir. Quand on était chanceux, on avait un élément de décor, mais rien de plus.

Aujourd’hui, on a les moyens et les ressources de monter des spectacles qui sont meilleurs et plus beaux qu’avant», révèle celle qui tiendra bientôt la vedette de Harold et Maude au Théâtre Duceppe de ­Montréal.

Marge un jour, Marge ­toujours

Pour toute une génération, Béatrice Picard restera toujours Marge ­Simpson, le personnage de la populaire émission Les Simpson. D’ailleurs, ­aussitôt qu’il est question de ce rôle, la voix de Béatrice Picard se transforme. Un tantinet plus rauque, elle colle au timbre de celui de la matriarche de la famille Simpson et un sourire se ­dessine sur ses lèvres.

 «Je rencontre parfois des gens qui sont avec leurs enfants, et ils essaient de leur expliquer que je suis, à leurs yeux, une grande comédienne. Quand je prends la voix de Marge Simpson, je vois leurs yeux s’agrandir! Ça me fait toujours rire», explique Béatrice ­Picard.

Voilà qui a de quoi la garder jeune. D’ailleurs, même à 87 ans, la ­comédienne est catégorique: «Oui, je suis vieille. Mais dans mon cœur, j’ai toujours 20 ans», annonce-t-elle avec un large sourire.

Le rôle d’une vie

Béatrice Picard s’apprête à réaliser un rêve. La ­comédienne montera bientôt sur la scène du Théâtre Duceppe dans la relecture du classique Harold et Maude. «Quand j’ai su qu’ils allaient présenter cette pièce, je me suis croisé les doigts pour avoir le rôle», évoque-t-elle en riant.

«Je rêvais de jouer ce personnage. Maude est un personnage qui a mon âge. Qui me ressemble. J’ai souvent joué des rôles de composition, mais cette fois-ci, il est beaucoup plus près de ma réalité. Bien sûr, son histoire n’est pas la mienne. Mais j’ai la ­même vitalité, la même combativité qu’elle», ­explique-t-elle.

«Maude est une femme qui a passé de très durs moments dans sa vie. À l’origine, elle était une comtesse. Puis, avec la guerre, elle a été internée à Auschwitz. Elle s’en est sortie, son mari est décédé. Et elle s’est battue pour différentes causes très nobles, comme la liberté et la justice», indique Béatrice Picard.

Désormais veuve, le personnage de Maude brise sa solitude en se rendant dans différentes églises pour assister aux funérailles d’inconnus. C’est ainsi qu’elle fait la rencontre d’Harold. Elle a près de 90 ans. Il en a tout juste 19. Mais des liens affectifs se tisseront tout de même entre eux.

Outre les sentiments qui finiront par unir les deux personnages, Béatrice Picard insiste sur la ­transmission de valeurs qui a lieu entre Harold et Maude. Alors qu’il est obsédé par la mort, elle ­célèbre la vie. Leur rencontre improbable teintera à jamais ­l’existence du jeune homme.
«Elle lui apprend tant de choses. Cette gentillesse, cette bonté qui l’habite va transformer la vie ­d’Harold», explique-t-elle.

Une oeuvre modernisée

C’est à une version actualisée du classique que les spectateurs auront droit. Même si les grandes lignes du récit demeureront les mêmes, l’intrigue se déroulera en 2017. Contrairement au film de 1971, dont l’œuvre théâtrale s’inspire, téléphones ­cellulaires et tablettes électroniques seront utilisés par les personnages sur la scène du Théâtre Duceppe de la Place des arts.

«La mère d’Harold se sert de sites de rencontres pour trouver une copine à son fils. Alors c’est un ­environnement très actuel. En prenant la même ­histoire, mais en la plaçant dans un contexte ­moderne, on voit très bien qu’elle est tout aussi ­plausible. C’est une pièce qui traverse les époques», promet Béatrice Picard.

Rencontrée à moins de trois semaines du premier lever de rideau, la comédienne n’éprouvait aucune nervosité à l’idée de monter sur scène. Alors que d’autres artistes de sa génération ont préféré quitter la scène par peur de pertes de mémoire, Béatrice ­Picard est bien confiante.

«C’est plus long pour apprendre mes textes. Ça, je ne le cache pas. Mais la peur, c’est à l’étape des répétitions qu’elle se manifeste. Quand on commence les représentations, qu’on se retrouve devant le public, il ne reste plus que le plaisir de jouer», explique-t-elle.

«Et je connais le personnage par cœur. Alors, même si j’oublie un mot, j’en aurai aussitôt un autre qui me viendra à l’esprit pour poursuivre dans la même idée. Je ne crois pas que les gens vont s’en rendre compte», conclut-elle avec un sourire en coin.

RD

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