Vivre la vie d'un Senior

dimanche 23 avril 2023

Folie pour Ozempic: voici les bons et moins bons côtés de ce nouveau médicament

 Article de Richard Béliveau, Journal de Montréal, 3 avril 2023

Ambassadeurs - Fondation de l'UQTR - UQTR

Un nouveau médicament génère actuellement beaucoup d’enthousiasme pour le traitement du diabète de type 2. Les pertes de poids engendrées sont importantes, mais il est utopique de croire qu’il pourra à lui seul mettre un terme à l’épidémie d’obésité. 

Ozempic® (ou semaglutide) est un peptide qui mime biochimiquement l’action d’une hormone produite par le système digestif, soit le GLP-1. Cette hormone augmente de façon très importante la production d’insuline par le pancréas et joue en conséquence un rôle crucial dans le contrôle de la glycémie. 

Puisque le GLP-1 est inactif chez les personnes atteintes d’un diabète de type 2, on a observé que l’administration de semaglutide permet de corriger l’hyperglycémie chronique chez ces patients, ce qui a mené à son approbation comme médicament antidiabétique.

Effet coupe-faim 

En plus de son effet sur la glycémie, une propriété très intéressante du GLP-1 est de diminuer l’appétit en ralentissant la vidange gastrique ainsi qu’en agissant au niveau de certains circuits neuronaux du cerveau impliqués dans la sensation de satiété.  

Puisque le semaglutide mime l’action du GLP-1, cet effet coupe-faim est également observé chez les personnes traitées avec ce médicament : par exemple, une étude a rapporté que l’administration de semaglutide à des personnes obèses provoquait une diminution de 24 % de l’apport en énergie durant la journée, cette baisse de l’apport calorique étant causée par une diminution de l’appétit et des fringales et à une réduction de l’attirance envers les aliments riches en gras.(1)

Les essais cliniques réalisés par la suite ont montré que cette diminution de la quantité de calories ingérées était associée à des pertes de poids très importantes à plus long terme : par exemple, des personnes obèses traitées pendant 68 semaines perdent en moyenne 15 % de leur poids corporel initial,(2) ces pertes atteignant même 20 % chez près de la moitié des participants.(3)  

Il s’agit de pertes de poids considérables, du même ordre de grandeur que celles typiquement observées à la suite de la chirurgie bariatrique. 

Pour et contre 

Ces données soulèvent l’intéressante possibilité que le semaglutide pourrait représenter un nouveau traitement pharmacologique contre l’obésité. Cependant, avant de trop s’emballer, il faut tout d’abord considérer le pour et le contre de ce nouveau médicament. 

Les aspects positifs 

1. Éviter la chirurgie 

La magnitude des pertes de poids observées à la suite du traitement avec le semaglutide suggère que ce médicament pourrait représenter une option de rechange valable à la chirurgie bariatrique, une procédure invasive qui est beaucoup plus risquée et qui ne donne pas toujours les résultats escomptés. 

Ceci est particulièrement intéressant pour les personnes atteintes d’obésité morbide et qui sont affectées par plusieurs comorbidités, car les pertes de poids de l’ordre de 20 % obtenues par suite du traitement avec le semaglutide sont suffisantes pour diminuer considérablement le risque de plusieurs pathologies associées à l’obésité (diabète de type 2, hypertension, stéatose hépatique, accidents cardiovasculaires, apnée du sommeil).  

2. Retrouver l’équilibre face à la nourriture  

C’est la diminution de l’appétit produite par le semaglutide qui est responsable des pertes de poids obtenues avec ce médicament, ce qui montre à quel point la hausse importante du nombre de personnes en surpoids observée au cours des dernières décennies est causée par une surconsommation de nourriture.  

Notre cerveau, qui s’est développé au cours de l’évolution pour faire face à des conditions de carence en nourriture, cherche constamment à maximiser l’apport en calories et s’oppose farouchement à toute tentative de perdre du poids. 

Ces adaptations ont certainement joué un rôle important dans la survie de notre espèce, mais elles deviennent totalement dysfonctionnelles dans un environnement où il y a une surabondance de calories, comme c’est le cas actuellement.  

Le semaglutide parvient donc à interférer avec ces adaptations physiologiques et peut donc constituer pour les personnes obèses une forme d’autodéfense biochimique face à l’environnement obésogène dans lequel ils se trouvent.


Les aspects négatifs 

1. Effets secondaires

Une proportion assez importante des patients ont rapporté un certain nombre d’effets secondaires, en particulier au niveau gastro-intestinal (nausées, vomissements, diarrhées, constipation). 

Dans les études cliniques, où les patients sont étroitement supervisés, ces effets indésirables ont découragé un nombre assez restreint de personnes (5 %), mais il est probable que dans la « vraie vie », sans soutien continu d’une équipe médicale traitante, ce nombre sera plus élevé.  

Il faut aussi mentionner que les résultats précliniques ont identifié un effet possible du médicament sur la thyroïde et on recommande aux patients qui ont un historique familial de cancer médullaire de la thyroïde ou encore un syndrome de néoplasie endocrinienne multiple de type 2 d’éviter ce médicament.  

2. Réversibilité des pertes de poids 

Les données actuellement disponibles indiquent que l’arrêt du traitement au semaglutide mène rapidement à un regain de la majorité du poids initialement perdu.(4) Autrement dit, cela suggère que le traitement de l’obésité pourrait être à vie, un peu comme d’autres pathologies comme l’hypertension ou encore l’excès de cholestérol. 

Ceci est problématique, car, d’une part, on ne connaît pas les effets secondaires à long terme de ce médicament et, d’autre part, les coûts associés à ces traitements prolongés seraient faramineux s’ils étaient administrés à grande échelle. On estime que 28 % de la population adulte québécoise est obèse, ce qui correspond à près de 2 millions de personnes. Puisqu’une année de traitement à Ozempic® coûte environ 6000 $ par personne, le traitement de ces personnes coûterait 12 milliards de dollars annuellement, ce qui est évidemment bien au-dessus des moyens financiers de l’État, pour cette seule condition clinique. 

Il faut donc surtout voir Ozempic® comme un médicament de dernier recours pour traiter les personnes obèses à très haut risque de complications qui découlent du surpoids et non comme un antidote à l’épidémie d’obésité actuelle. La solution à cette épidémie réside beaucoup plus dans la prévention et la gestion du poids santé que dans le traitement pharmacologique. 

En ce sens, il faut absolument tout faire pour endiguer l’obésité chez les enfants et les adolescents. Il est clairement établi qu’il est extrêmement difficile de maigrir une fois que l’obésité s’est installée métaboliquement et il faut donc intervenir très tôt, avant que les jeunes n’accumulent un excès de poids qui les rend à très haut risque de devenir obèses une fois rendus à l’âge adulte. Nous pouvons donc déjà constater les conséquences de notre laxisme individuel et sociétal face à une des pires pandémies de l’histoire, celle de l’obésité.

SOURCES :

(1) Blundell J et coll. Effects of once-weekly semaglutide on appetite, energy intake, control of eating, food preference and body weight in subjects with obesity. Diabetes Obes. Metab. 2017; 19: 1242-1251.
(2) Wilding JPH et coll. Once-weekly semaglutide in adults with overweight or obesity. N. Engl. J. Med. 2021; 384: 989-1002.

(3) Wadden TA et coll. Effect of subcutaneous semaglutide vs placebo as an adjunct to intensive behavioral therapy on body weight in adults with overweight or obesity. JAMA 2021; 325: 1–11.
(4) Wilding JPH et coll. Weight regain and cardiometabolic effects after withdrawal of semaglutide: The STEP 1 trial extension. Diabetes Obes. Metab. 2022; 24: 1553-1564.

    RD    

vendredi 7 avril 2023

PAS FACILE DE VIEILLIR GAI Dany Turcotte s'intéresse au phénomène

Article de

Dany Turcotte

En vieillissant, les personnes homosexuelles ne savent pas toujours vers quelle infrastructure se tourner. Alors que le programme Pour que vieillir soit gai vise à briser les tabous et l’isolement dans les résidences pour personnes âgées, le travail est long et ardu. 

 Dany Turcotte s'intéresse au phénomène.

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Jean-Paul Séguin a 68 ans. Toute sa vie, il a mené un combat pour cacher son homosexualité dans sa vie professionnelle. Mais aujourd’hui, il n’a plus envie de se battre. Il a juste envie d’être bien, chez lui.

Bien qu’ils soient pratiquement invisibles dans la société, les aînés gais existent bel et bien. Et en vieillissant, ils ne savent pas toujours vers quelle infrastructure se tourner. Plusieurs hésitent à emménager dans une résidence pour aînés, de peur de se heurter aux préjugés de leur propre génération.

M. Séguin habite depuis un an et demi dans le village olympique, où la majorité des 1400 résidents sont des personnes âgées de plus de 60 ans. Mais il s’est rendu compte qu’il n’était pas facile de s’y faire des amis.

«Un jour, je suis allé prendre l’apéro chez un de mes voisins, raconte-t-il. J’ai laissé tombé que j’avais perdu mon conjoint. D’habitude, je dis “ma conjointe”… Eh bien, il ne me parle plus depuis. Et en un rien de temps, tout le monde l’a su.»

Briser les tabous

Laurent McCutcheon, président de la Fondation­­ Émergence, a décidé de s’attaquer au problème en créant la charte Pour que vieillir soit gai, qui a reçu une aide financière­­ du ministère des Aînés en 2010. L’organisme­­ a mis sur pied un programme de sensibilisation auprès des résidents et du personnel des résidences pour personnes âgées. Ce programme vise avant tout à briser les tabous­­, explique M. McCutcheon.

 Plusieurs personnes ne veulent pas affirmer leur orientation sexuelle, de peur des réactions. Et les autres, souvent, n’osent pas les aborder, parce qu’ils ne savent pas comment. Cela crée deux solitudes.»

La sensibilisation vise aussi tous ceux qui travaillent auprès des aînés, d’abord pour qu’ils prennent conscience de cette réalité.

C’est d’ailleurs le manque de formation qui a frappé Line Chamberland, titulaire de la Chaire de recherche sur l’homophobie de l’UQAM, lorsqu’elle a entrepris une étude sur le sujet, il y a quelques années. «Il y a souvent beaucoup d’ouverture d’esprit de la part des intervenants, mais pas beaucoup de connaissances.»

Contrer l’isolement

Les deux experts s’entendent: la priorité est de lutter contre l’isolement, qui nuit au vieillissement en santé.

«Vieillir, c’est une perte progressive de ses capacités, souligne Laurent McCutcheon. On en arrive à dépendre des autres, parfois pour ses besoins essentiels. Alors, c’est important d’être à l’aise dans son milieu de vie.»

«Ça ne veut pas dire que toutes les personnes âgées sont homophobes non plus, précise Line Chamberland. Elles ont évolué, comme tout le monde. Mais trois ou quatre personnes qui ont un comportement homophobe peuvent suffire pour gâcher le climat.»

Espoir en les jeunes

Jusqu’ici, la Fondation Émergence s’est rendue dans une dizaine de résidences. «Le programme est encore jeune, mais la réception est extrêmement positive», affirme Laurent­­ McCutcheon.

Line Chamberland est optimiste, elle croit que le temps améliorera les choses.

«J’ai plutôt confiance, dit-elle. Je ne sais pas si ça va prendre 20 ou 30 ans… Mais nous avons construit un contexte social différent. Et le jeune de 13 ans, aujourd’hui, ne se souvient même pas de l’époque où les couples de même sexe ne pouvaient pas se marier…»

RD

visite des résidences soleil

 HUBLO, Contenu promotionnel, 7 avril 2023

Résidences pour personnes âgées - Les Résidences Soleil


C’est un fait: au Québec, l’augmentation du coût de la vie, à commencer par la hausse des loyers, représente un stress pour plusieurs, en particulier pour les aînés pour qui s’offrir un logement agréable, abordable et répondant à leurs besoins futurs est une priorité.

 C’est pourquoi la famille Savoie, propriétaire des Résidences Soleil, tient à poser un geste d’entraide afin d’offrir une quiétude financière aux aînés au moyen de différents programmes.

Étant reconnues pour leurs services et leurs commodités hors pair, les Résidences Soleil organisent des journées portes ouvertes dans tout le Québec jusqu’au 30 avril 2023, afin de permettre à tous de venir découvrir les programmes en place ainsi que les espaces de vie où il fait bon s’installer. 

La famille Savoie s’est récemment engagée à fixer l’augmentation de tous ses loyers de base à 1%, et ce, pour une durée de 5 ans (de 2022 à 2026), autant pour les résidents actuels que pour les futurs locataires qui se joindront à la famille des Résidences Soleil. 

L’entreprise familiale offre ainsi une tranquillité d’esprit aux aînés qui peuvent profiter de leur retraite sans vivre de stress relié à leur situation financière dans un milieu de vie sécuritaire, loin de la solitude. 

Depuis 35 ans, ces espaces de vie regroupent une foule de services afin de répondre aux besoins variés des résidents, des repas aux loisirs en passant par le ménage, la literie, les soins, les sorties et bien plus encore.

En plus de cet engagement, la famille Savoie offre le loyer gratuit aux centenaires qui habitent leurs résidences depuis un minimum de 10 ans – d’ailleurs, une cinquantaine de personnes bénéficient de ce programme en ce moment –, et les aînés qui habitent les Résidences Soleil depuis au moins 10 ans voient aussi leur loyer gelé dès qu’ils célèbrent leur 90e anniversaire. 

De plus, une Assurance Satisfaction est incluse à la signature d’un tout nouveau bail, permettant par conséquent à tout résident de le résilier sans frais ni pénalité, durant leur premier mois. 

Renseignez-vous, puisque d’autres programmes uniques et avantageux sont en place dans les Résidences Soleil à travers le Québec, entre autres, pour les gens de 65 à 69 ans.

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Jusqu’au 30 avril 2023, il est possible de visiter tous les établissements des Résidences Soleil au Québec, du lundi au dimanche, de 9 à 17 h. 

C’est l’occasion idéale de vous renseigner sur les offres, les activités et les services offerts. De plus, un cadeau attend chaque visiteur!

Sur place, les conseillers en hébergement, de véritables experts en programmes et subventions pour les aînés, vous proposeront une visite guidée des lieux et vous offriront une estimation gratuite afin de vous démontrer que votre rêve peut devenir réalité.

Offrez-vous la retraite dont vous avez toujours rêvé! Réservez une visite dans l’une des Résidences Soleil du Québec en communiquant avec l’établissement de votre choix dès aujourd’hui. Pour en apprendre davantage visionnez la capsule « C'est bon à savoir » de Salut Bonjour.

RD

Plus de 400 000 aînés québécois sont pauvres

 Article de Michel Girard, Journal de Montréal, 6 avril 2023

Plus de 400 000 aînés québécois sont pauvres | JDQ

Vieillir au Québec avec un revenu décent, ce n’est pas donné à tout le monde.  

Quelque 409 860 personnes âgées de 65 ans et plus vivent avec un revenu inférieur au « revenu viable ». Cela comprend 53 % des personnes vivant seules, soit 284 520 aîné.e.s. Et chez les couples, la proportion de pauvres est de 18 %, ce qui touche 125 340 aîné.e.s. 

 
 
 
Ève-Lyne Couturier, chercheuse à l’IRIS

C’est ce que révèlent trois chercheurs de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), Ève-Lyne Couturier, Guillaume Hébert et Pierre Tircher, dans leur étude Vieillir au Québec, constats et solutions pour un meilleur système de retraite

Qu’entendent-ils par « revenu viable » ? C’est le revenu que ça prend pour mener une « vie décente », et ce, en fonction de la région que l’on habite au Québec, m’explique Ève-Lyne Couturier.  

Sous le revenu viable

Pour une personne seule, affirme-t-elle, le revenu viable variait en 2022 de 25 000 $ à 35 000 $ par année, selon que l’on a pignon sur rue dans la région de Montréal ou à Sept-Îles. Dans le cas d’un couple de personnes âgées, le revenu viable était d’environ 35 000 $ (notez que ces chiffres seront bientôt révisés à la hausse pour tenir compte de la forte inflation qui sévit depuis plus d’une année). 

En passant, le « revenu viable » est légèrement supérieur de quelques milliers de dollars au seuil de faible revenu défini par Statistique Canada avec sa « Mesure du panier de consommation ». Cela dit, quand votre revenu est à peine supérieur au « revenu viable » ça ne vous permet pas pour autant de sortir de la misère. 

Il ne faut donc pas se surprendre de voir de plus en plus de personnes âgées sur le marché du travail, c’est une simple question de survie financière. 

« Le taux d’emploi des personnes en fin de carrière et des personnes de 65 ans et plus est en croissance constante depuis le début des années 2000. En 2022, plus de 20 % des personnes de 65 à 69 ans étaient en emploi », indiquent les chercheurs de l’IRIS.  

Autre constat majeur : « Des aîné·e·s de toutes les catégories de revenus prennent leur retraite à 65 ans ou plus, mais ce sont celles et ceux qui sont dans les 25 % les plus pauvres qui sont les plus nombreux en proportion à repousser la retraite au-delà de l’âge légal. » 

La protection de base 

Heureusement qu’au Canada, les 65 ans et plus peuvent au moins compter sur un revenu minimum de base pour vivre.  

Je fais bien sûr référence à la Pension de la sécurité de vieillesse (PSV) et au Supplément de revenu garanti (SRG). Actuellement, la PSV rapporte 8292 $ et le SRG 12 385 $ (au maximum), pour un total de 20 677 $ l’an dans le cas d’une personne seule de 65 à 74 ans. Les 75 ans et plus ont droit à une petite bonification de la PSV de 829 $.  

Dans le cas des couples de 65 à 74 ans, le revenu maximum pouvant être tiré de la PSV et du SRG est 31 494 $ (soit une PSV de 8292 $ et un SRG de 7455 $ pour chacun). Les 75 ans et plus bénéficient en plus de la bonification de 829 $ par personne. 

Vous remarquerez que ces deux revenus de base (PSV et SRG) de notre système de retraite rapportent un montant total inférieur au revenu viable déterminé par l’IRIS. 

Comme revenu de retraite additionnel en provenance d’un régime public, s’ajoute la rente du RRQ (Régime de rentes du Québec) dont le montant variera en fonction des cotisations (employés, employeurs) effectuées selon les gains assurables en vertu du régime obligatoire. La rente maximale du RRQ à 65 ans s’élève à 15 679 $ l’an.  

Attention : il est important de noter que le montant du Supplément de revenu garanti (SRG) sera réduit à raison de 50 cents par dollar de revenu du RRQ ou autre revenu excluant la PSV. 

Les régimes privés 

Pour se « payer » une retraite dans des conditions raisonnables, il faut disposer de revenus nettement supérieurs aux revenus provenant de nos régimes publics.  

Les plus chanceux, ce sont les retraités qui bénéficient d’un régime privé de pension d’employeur, comme c’est notamment le cas pour les employés des fonctions publique et parapublique, et des grandes entreprises.  

Ces régimes privés procurent aux 65 ans et plus environ 31 % des revenus de retraite, à comparer à 50 % pour les régimes publics. 

Pour leur part, les REER représentent une « part marginale » avec moins de 10 %.  

Mais cette source de revenus de retraite tirés du privé n’est pas protégée contre l’inflation. 

La solution

Les auteurs de l’étude, Ève-Lyne Couturier, Guillaume Hébert et Pierre Tircher, souhaitent qu’on mette en place un système de retraite semblable à celui du Danemark, qui a, selon eux, « l’un des systèmes de retraite les plus performants grâce à des régimes d’employeurs quasi obligatoires ».  

Ce système danois permet aux retraités d’atteindre un taux de remplacement de leurs revenus de travail qui dépasse 120 % de la moitié du revenu moyen au Danemark ou qui atteint 60 % lorsque le revenu est le double du revenu moyen.  

Afin de combler la faible couverture des régimes de retraite d’employeurs, ici au Québec, le gouvernement a plutôt fait le choix de développer les RVER (régime volontaire d’épargne-retraite), où les employés cotisent pour leur retraite grâce à une retenue sur leur salaire.  

Aux yeux des trois chercheurs de l’IRIS, les RVER sont « des régimes de faible qualité dans lesquels les employeurs ne sont pas obligés de cotiser ». 

Pour améliorer la situation économique à la retraite des travailleurs et travailleuses, ils recommandent de changer les RVER pour rendre obligatoire la cotisation des employeurs et garantir un niveau de prestation aux personnes qui y cotisent. 

Pour terminer, voici une fleur au gouvernement du Québec : l’IRIS salue la stratégie de soutien au revenu qui intègre le travail salarié comme « pilier à la retraite », entre autres, grâce au crédit d’impôt pour prolongation de carrière. 

RD

lundi 6 mars 2023

Rapport « Bien vieillir au Québec » 11 décembre 2020

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 Bien vieillir au Québec - Observatoire québécois des inégalités

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 SAVIEZ-VOUS QUE…

  • Le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus augmentera de 53 % au cours des 30 prochaines années. Il passera de 1,7 million en 2020 à 2,6 millions en 2050.
  • Isolement des personnes aînées : Plus du 1/3 des hommes de 75+ disent n’avoir AUCUN ami proche.
  • L’éducation, un déterminant important : Le revenu des personnes aînées détentrices d’un diplôme universitaire est environ du double de celles sans diplôme ou seulement détentrices d’un diplôme d’études secondaires.
  • De grandes inégalités de richesse : le 20 % des ménages aînés les plus riches détiennent près des deux tiers de l’ensemble du patrimoine détenu par les ménages aînés.
  • La moitié des personnes aînées vit avec moins de 26 000$ par année au Québec.
  • De fortes inégalités entre les différentes classes de revenus : Chez les personnes appartenant au quintile le moins favorisé – le 20 % le moins nanti en termes de revenu – les hommes vivent en moyenne 6 ans de moins en bonne santé que le quintile le plus favorisé et les femmes, 5 ans de moins.
  • 85% des soins prodigués aux personnes aînées sont assurées par des proches aidants.

 Pour l’équipe de Montréal :

  • La gentrification dans les quartiers centraux de Montréal a pour effet de rendre les loyers inabordables pour les personnes aînées qui doivent déménager. Les déplacements causent une perte des repères, encore plus importante pour les personnes immigrantes.

NOUVELLE PUBLICATION À NE PAS MANQUER

C’est, entre autres, ce que révèle le rapport Bien vieillir au Québec: portrait des inégalités entre générations et entre personnes âgées de l’Observatoire Québécois des inégalités de l’Université de Montréal qui vient d’être publié, le 3 décembre 2020.

Dans l’élaboration de ce rapport, les chercheurs de l’Observatoire ont recensé près de 250 articles et ouvrages dans plus d’une quarantaine de bases de données et est séparé en trois grands thèmes (économie, milieu de vie et bien-être).

Cette étude a été réalisée à la demande de la Fondation Mirella et Lino Saputo.

 CONTRIBUTION DES PETITS FRÈRES À CES TRAVAUX

 Caroline Sauriol, notre directrice générale, a fait partie du comité aviseur de cet intéressant rapport de recherche en tant que DG d’un organisme œuvrant pour le mieux-être des aînés.

Cette participation est un beau gage de confiance envers les savoirs et l’expérience prodigués par les Petits Frères, tant de la part des milieux scientifiques que communautaires.

Pour vous, bénévoles sur le terrain, ces informations :

  • vous donneront un meilleur portrait des aînés du Québec (ceux que nous accompagnons et pourrions accompagner).
  • vous démontreront l’importance de votre contribution à l’action des Petits Frères. Sans vous, il nous serait impossible de faire une si grande différence dans la vie des aînés isolés.

CONSEIL LECTURE

Si vous êtes intéressés à en savoir plus sur ce sujet, je vous invite à lire et consulter les différents outils et documents suivants issus de ce rapport

  1. Le rapport synthèse (28 p.) au complet
  1. Les Fiches soulignent bien certains aspects plus précis du rapport en statistiques et images, notamment au sujet du Logement, du Transport, de la Santé et de la Vie sociale des aînés québécois.
  2. Le rapport complet (175 p.) est très détaillé

 RD

 

 

Étude sur le « bien vieillir » : concepts et modèles 2006

Le bien vieillir : que veut dire ce concept ?

 Le bien vieillir : que veut dire ce concept ?

 Le concept du « bien vieillir » est apparu avec le début du changement de mentalité vis-à-vis des personnes âgées à l’œuvre depuis la fin du 20e siècle, et surtout avec le vieillissement de notre société. On estime en effet qu’à l’horizon de 2040, les plus de 60 ans représenteront un tiers de la population. La problématique actuelle n’est plus de permettre d’allonger la durée de vie le plus longtemps possible.

L’espérance de vie à la naissance est en effet de 85,6 ans pour les femmes et de 79,1 ans pour les hommes, contre respectivement 69,2 ans et 63,4 ans dans les années 1950. Il s’agit plutôt de faire en sorte d’améliorer la qualité de vie des personnes qui avancent en âge. C’est ce que l’on appelle le concept du « bien vieillir » qui désigne plus globalement les actions de prévention dans des domaines différents tels que la santé, l’autonomie, l’épanouissement, etc. Explications. 

 

Le « bien vieillir » : maintenir les personnes en bonne santé

C’est un fait aujourd’hui : nous vivons de plus en plus longtemps. L’un des objectifs est alors davantage de vieillir en bonne santé. Même si avec l’âge les maladies sont plus présentes, il est possible de « bien vieillir », en tous les cas de mieux vieillir, en appliquant des principes de prévention mis en avant par de nombreuses études scientifiques.

Pour rester en bonne santé le plus longtemps possible, tous les acteurs de la santé sont d’accord aujourd’hui pour dire qu’il est important de rester actif en vieillissant. C’est pourquoi le mode de vie des seniors (loisirs, activités sportives, alimentation, etc.), tout en étant adapté à leur âge, doit contribuer à les maintenir en action, ce qui contribue à prévenir les maladies dues au vieillissement.

Le « bien vieillir » désigne aussi tout un pan d’actions de prévention dont l’objectif est notamment de prolonger l’autonomie des personnes âgées et de préserver autant que possible une qualité de vie en restant à leur domicile.

Le « bien vieillir » : continuer à s’épanouir avec l’âge

« Bien vieillir », ce n’est pas seulement faire attention à sa santé. C’est aussi continuer à s’épanouir tout en avançant en âge. L’une des clés, en effet, pour retarder les méfaits du vieillissement est de continuer à mener une vie sociale riche et de maintenir les liens avec les autres générations notamment.

Comme l’indique Santé publique France, l’agence nationale de santé publique en France, le concept du bien vieillir se résume assez bien dans ces termes : « le désir et le plaisir constituent le fil conducteur de cette approche pour permettre aux seniors de rester en contact et d’avancer sereinement en âge ».

L’organisme précise qu’il existe plusieurs niveaux de recommandations pour « bien vieillir » selon l’âge des seniors. Pour les jeunes retraités, « bien vieillir », c’est d’abord bien manger, bouger, garder son cerveau en éveil, penser à soi pour protéger son corps et sa santé. Pour les personnes de plus de 75 ans, ce concept aborde plutôt des informations qui concernent des situations différentes dues aux changements que le corps connaît davantage en vieillissant. Mais, pour les plus âgés aussi, bien vieillir passe par le maintien du lien social pour éviter l’isolement, ainsi que les liens intergénérationnels, la nécessité de préserver ses fonctions cognitives, tout comme continuer à bien s’alimenter, à pratiquer une activité physique adaptée ou encore penser à soi, valoriser ses projets de vie, etc.

Le concept du « bien vieillir » peut donc se résumer par la prise en compte de critères autant biologiques, que cognitifs et sociaux pour avancer en âge de la meilleure manière possible.

 

 Le « bien vieillir » : concepts et modèles

 Marcellin Gangbè* et Francine Ducharme*

Centre de recherche, Institut universitaire de gériatrie de Montréal, 4565, chemin Queen-Mary, Montréal (Québec), H3W 1W5 Canada

* marcellin.gangbe@umontreal.ca
* francine.ducharme@umontreal.ca

 Résumé

Depuis quelques années, l’image associée au phénomène du vieillissement est plus positive : on parle de « bien vieillir », de « vieillissement réussi » ou de « vieillir en santé ». Aucun consensus ne se dégage encore sur ce concept provocateur et stimulant. Dans cette synthèse des principaux écrits, nous présentons un point de vue sur les acceptions et modèles du « bien vieillir ». Ainsi, il apparaît que le contenu du concept varie en fonction du contexte culturel, de la perspective des acteurs et selon les approches. Plusieurs modèles sont aussi identifiés : les uns, unidimensionnels, envisagent le bien vieillir sous l’angle d’un domaine scientifique particulier ; les autres, multicritères, adoptent une perspective plus large. Les déterminants les plus souvent évoqués par ces modèles sont les facteurs psychosociaux, c’est-à-dire les traits de personnalité, les ressources personnelles et sociales. Il demeure toutefois qu’aucun modèle n’intègre encore toutes les dimensions et tous les déterminants potentiels du « bien vieillir ».

 Depuis quelques années, de plus en plus de personnes parviennent à un âge avancé, sans connaître tous les déclins jadis associés au vieillissement : on parle alors de vieillir en santé, de vieillissement réussi, de « bien vieillir ». Ce credo, vieux de plus de 50 ans [1, 2], a été ramené au frontispice de l’actualité de la santé lors de la réunion annuelle de la Gerontological Society of America en 1986 [3] et, depuis, les études sur le sujet s’accumulent [4]. Il suscite beaucoup d’intérêt, notamment parce qu’il conduit à une perception positive du vieillissement et offre l’alternative d’une prévention des problèmes associés à la vieillesse. Seulement, le consensus est encore loin d’être atteint sur le contenu de ce concept, ainsi que sur les facteurs éventuels qui pourraient promouvoir le bien vieillir. L’objectif de la présente synthèse est de faire le point sur la définition du bien vieillir et d’en présenter les principaux modèles conceptuels.

 Le « bien vieillir » : essai de définition

Le bien vieillir est un concept difficile à circonscrire dans un seul énoncé, même si la plupart des auteurs mettent l’accent sur le maintien de l’autonomie fonctionnelle, surtout le fonctionnement physique, mental et social [5]. De plus, on relève au moins trois oppositions dans toute tentative de définir le bien vieillir : culturelle (Occident/autres), de perspective (chercheurs/personnes âgées), de contenu (biomédical/holistique).

Dimension culturelle du « bien vieillir »

Le bien vieillir est intimement lié à l’image sociale que l’on a de la personne âgée, à la place que la société lui accorde, au type de société. Ainsi, dans les sociétés occidentales fondées sur l’individualisme, où l’indépendance et l’autosuffisance de l’individu sont prônées du début de la vie jusqu’à la vieillesse, bien vieillir exige le maintien de son autonomie fonctionnelle et cognitive [6]. En revanche, dans des sociétés plus relationnelles, où la personne âgée fait partie intégrante du groupe, bien vieillir, c’est avant tout pouvoir tenir les rôles sociaux associés à son âge, indépendamment de son état de santé. Ainsi, bien vieillir en Afrique subsaharienne, c’est être dépositaire des valeurs et coutumes ancestrales [7] ; au Japon, c’est être conseiller en chef pour les problèmes familiaux [8] ; en Inde, c’est aller vers plus de spiritualité et de religiosité [9] ; en Chine, c’est pouvoir rester en contact avec ses proches [8], etc.

Le bien vieillir selon la perspective des acteurs

Selon la perspective des chercheurs, pour la plupart occidentaux, le bien vieillir se réfère d’abord à une liste de critères plus ou moins objectifs auxquels l’individu répond. Cela permet de distinguer trois types de vieillissement : pathologique, normal ou usuel, et réussi [10]. Et les critères du bien vieillir ou du vieillissement réussi sont alors biologiques, cognitifs ou psychosociaux.

À cette approche prescriptive des chercheurs, qui définit la manière dont les individus doivent vieillir, on peut opposer une approche émergente, qui repose sur la perception que les personnes âgées ont de leur propre vie [11]. Ainsi, pour ces dernières, bien vieillir est un processus continu de construction de sens [12], c’est l’histoire d’une vie. Cette conception de la vie comme une histoire en fait non pas une réalité linéaire, mais un processus sans fin de renégociation, au cours duquel le « moi » de l’individu et ses objectifs de vie ne cessent d’évoluer [13]. Cette renégociation continue ne se limite pas aux « moi » successifs de l’individu, mais se construit aussi avec les autres [14]. Plus qu’une simple recherche égoïste de l’intégration de soi, bien vieillir apparaît alors comme un effort continu de la co-construction d’une pluralité de « moi » [12].

Approche biomédicale et holistique du bien vieillir

Dans l’approche biomédicale, le bien vieillir est synonyme de maintien de ses capacités physiques et cognitives, ce qui explique en partie la floraison des nouvelles technologies biomédicales et génomiques et la panoplie de programmes d’intervention, tous orientés vers l’individu âgé, et qui sont destinés à le garder en forme, à renforcer sa vitalité cognitive, etc. En revanche, lorsque l’on se place dans la perspective de la santé holistique de l’Organisation mondiale de la santé, le bien vieillir recouvre des aspects aussi divers que la santé à l’âge avancé, la sécurité financière à l’âge de la retraite, la violence faite aux aînés et la qualité de leur logement. Au-delà de l’individu, c’est donc tout le contexte dans lequel il grandit et vieillit que l’approche holistique intègre.

Modèles du bien vieillir

Plusieurs modèles sont proposés pour identifier les déterminants du vieillissement : les uns, unidimensionnels, n’appréhendent le vieillissement que du point de vue d’une seule discipline scientifique, les autres, multicritères, intègrent plusieurs perspectives scientifiques.

Modèles unidimensionnels

Modèles du bien vieillir biologique

Ces modèles sont fondés sur la compression de la morbidité et la longévité. La conception de la compression de la morbidité part de la prémisse que certaines maladies dégénératives sont inhérentes au vieillissement normal. Alors, bien vieillir, ce n’est pas seulement accroître le nombre des personnes qui vivent à un âge avancé, mais c’est aussi retarder le plus possible l’apparition des maladies associées à l’âge [15].

La conception fondée sur la longévité part, quant à elle, du fait que l’âge maximum auquel l’on peut vivre est stable et dépend de l’espèce considérée. Vivre jusqu’à l’âge de 100 ans et au-delà est alors considéré comme bien vieillir [16]. Ces modèles du bien vieillir fondés sur la longévité ont donné lieu à des études du phénotype des centenaires et ont identifié certains facteurs qui seraient associés à la longévité [17]. Les facteurs souvent évoqués sont la distribution de la masse adipeuse et le métabolisme, les fonctions immunes et les fonctions cognitives [1820]. Des études de laboratoire menées sur la drosophile, la souris et la levure ont permis d’identifier une vingtaine de gènes associés à 4 déterminants de la longévité, soit le contrôle métabolique, la résistance au stress, la dérégulation génétique et la stabilité génétique [17].

Modèles du bien vieillir cognitif

Ces modèles sont fondés sur les différences de performance cognitive entre les individus. En effet, selon l’approche dite normative, la performance d’une personne âgée est comparée à des données normatives obtenues à partir d’un groupe de référence du même âge : les scores de celle qui vieillit bien ou qui a bien vieilli se situent au-dessus des valeurs normatives [16]. Dans l’approche fondée sur l’âge, le bien vieillir d’un individu se mesure à une performance supérieure (de 2 ou 3 écarts types) à la moyenne du groupe de sujets auquel il appartient. Enfin, dans l’approche fondée sur les différences d’âge, les personnes âgées sont comparées à un groupe de personnes jeunes : vieillit bien la personne âgée qui a une performance comparable à celle des jeunes ; elle aura maintenu ses capacités cognitives à travers les âges [16]. Les déterminants d’un déclin cognitif significatif avec l’âge sont une exposition prolongée aux hormones du stress, une dérégulation hormonale due à la ménopause/andropause, des conditions de santé défavorables comme l’hypertension artérielle et le diabète, ou encore des modes de vie à risque tels que l’éthylisme [2125].

Modèles du bien vieillir psychosocial

Ces modèles mettent l’accent sur les interactions sociales, la satisfaction face à la vie et le bien-être comme principales sources du bien vieillir. Plusieurs courants de pensée leur sont associés. Pour la théorie de l’activité, bien vieillir suppose que l’individu demeure actif et bien intégré à la société, compte tenu de ses rôles passés et présents, mais aussi en fonction des normes sociales qui le classent comme un élément utile à la société. Pour la théorie du désengagement mutuel de l’individu et de la société, la personne qui vieillit bien se contente d’être, cesse d’agir et devient plus intensément auto-intégrée, voire égocentrique. Selon la théorie socio-environnementale, bien vieillir suppose que l’individu dispose de ressources d’activité suffisantes, en termes de santé, de solvabilité financière et de soutien social pour être capable de répondre aux attentes de son nouveau contexte social. Alors que les théories d’activité et de désengagement social demandent toutes deux de vieillir en phase avec la société, la théorie de la continuité affirme que bien vieillir est d’abord une évolution personnelle, qui se manifeste par l’intégration continue de soi et s’opère par la constance du sens donné à soi, plutôt que par une substitution d’activités (théorie de l’activité), le retrait (théorie du désengagement) ou par une modification de contextes (théorie socio-environnementale) [12]. Ces modèles ont souvent mis l’accent sur les traits de personnalité et les ressources personnelles ou sociales comme déterminants majeurs du bien vieillir.

Les traits de personnalité reflètent ce que nous avons de plus constant et de plus stable en termes de degré d’affectivité et de comportements. Plusieurs des modèles qui en résultent et en ont été développés, retiennent deux à cinq dimensions [26] : les traits les plus fréquemment associés à la santé physique et mentale sont le névrosisme, l’extraversion, l’ouverture à l’expérience, la tendance à être agréable et le fait d’être consciencieux [27, 28].

Les ressources personnelles ne sont pas innées, mais peuvent être apprises et mobilisées [29]. Ainsi, le sentiment d’auto-efficacité ou la croyance d’une personne en ses capacités à mener à bien un aspect particulier de sa vie est liée à l’estime de soi et à différents indicateurs du bien vieillir [30]. Un faible sentiment de contrôle sur les événements de la vie détermine plus de problèmes de santé chroniques, plus de perte d’autonomie et une mauvaise santé autodéclarée [31]. Le rôle de la résilience, c’est-à-dire de la capacité de la personne à « rebondir » face aux épreuves de la vie, a été souligné dans le rétablissement des personnes après une maladie ou une perte grave [32]. Les stratégies d’adaptation (coping) sont les efforts cognitifs et comportementaux déployés pour faire face aux épreuves de la vie (pertes, deuils, etc.) et aux stresseurs chroniques de l’existence, telle la maladie chronique. Les stratégies d’adaptation sont du type résolution de problème (recherche d’information, recherche de soutien social lorsque la situation peut être modifiée) ou gestion des émotions (lorsqu’une situation n’est pas modifiable), et sont associées au bien-être et à la qualité de vie [33].

Les ressources sociales ou environnementales sont les ressources du milieu sur lesquelles les individus et groupes sociaux peuvent compter pour faire face aux circonstances difficiles de la vie. Par exemple, plusieurs études ont montré qu’un réseau de relations étendu, des interactions sociales positives, la participation à plusieurs activités sociales, le fait d’être marié, et une vie en communauté, comme c’est surtout le cas dans les kibbutz israéliens, non seulement protègent contre la dépression et les limitations fonctionnelles, mais sont aussi associés à une plus grande vitalité, une meilleure perception de la santé, un nombre réduit de symptômes dépressifs et de problèmes de santé chroniques et une plus faible probabilité de décéder [3435].

Modèles multicritères

Modèle tridimensionnel de Rowe et Khan

Selon Rowe et Khan [4], le bien vieillir est un état, une condition objective et mesurable à un moment donné, un état meilleur que celui du vieillissement normal. Le bien vieillir inclut alors trois composantes principales et interreliées : l’absence de maladies ou de facteurs de risque, un niveau de fonctionnement physique et cognitif élevé et une vie active sur les plans occupationnel et social. Les études menées dans le contexte de ce modèle associent le bien vieillir à une variété de facteurs : biologiques, sociodémographiques, psychologiques, comportementaux et relationnels [3638].

Modèle de sélection-optimisation-compensation de Baltes et Baltes

Baltes et Baltes [39] soutiennent que les individus cherchent constamment à exercer un contrôle sur leur vie en usant d’une stratégie à trois composantes : la sélection, l’optimisation et la compensation. La sélection a trait à la définition et au choix d’objectifs, l’optimisation est le choix et l’application des moyens les meilleurs pour atteindre ces objectifs. La compensation se réfère, quant à elle, à l’adoption de moyens de substitution lorsque les moyens initiaux ne sont plus disponibles, ou se révèlent inefficaces. Dans cette approche théorique, il est reconnu que les compétences de l’individu se réduisent avec l’âge, et que bien vieillir, c’est tirer le meilleur parti de ce qui reste ou qui pourrait être disponible en utilisant des stratégies de sélection-optimisation-compensation. Très proche du modèle psychosocial, il met davantage l’accent sur les attributs individuels tels que la motivation, la capacité d’adaptation et la résilience comme déterminants majeurs du bien vieillir.

Modèle du fossé structurel de Riley et Riley

Riley et Riley [40] se sont peu appesantis sur le sens du bien vieillir. Leur modèle est un complément des deux modèles précédents, qui mettent davantage l’accent sur l’individu comme principal agent de son bien vieillir. En effet, ces auteurs se sont intéressés aux contraintes sociétales qui pourraient entraver le bien vieillir des individus. Pour eux, la structure de la population a profondément changé, sans que les structures sociales n’évoluent pour s’adapter à cette nouvelle réalité. De plus en plus d’hommes et de femmes vivent plusieurs années sans incapacités après l’âge nominal de la retraite, mais les normes et structures sociales qui régissent le travail, la vie de famille, ou les loisirs sont demeurées celles du XIXe siècle et confinent souvent ces personnes dans l’oisiveté. Cet écart entre les exigences et opportunités de l’environnement et les capacités de l’individu provoque un fossé structurel (the structural lag) et compromet le bien-être des personnes âgées. Pour ces auteurs, l’environnement de l’individu joue un rôle déterminant dans son bien vieillir.

Conclusions

Du bien vieillir, nous avons présenté les principaux modèles théoriques. Les modèles unidimensionnels ont la faiblesse fondamentale de n’envisager le bien vieillir que dans une seule perspective. Les modèles multicritères présentent aussi plusieurs lacunes. On peut ainsi reprocher au modèle de Rowe et de Khan sa conception un peu trop élitiste du bien vieillir, et le poids excessif qu’il met sur les facteurs individuels. Le modèle de Baltes et Baltes, quant à lui, met un accent exclusif sur les compétences individuelles, sur les traits de personnalité difficiles à mobiliser et à acquérir chez ceux qui en sont dépourvus. Le modèle de Riley et Riley, enfin, passe sous silence les facteurs psychosociaux et même l’essentiel des déterminants sociaux et économiques généralement associés à l’état de santé, pour n’évoquer que la stagnation de certaines structures sociales comme frein au bien vieillir. L’idéal serait d’intégrer dans un même cadre conceptuel ces différents modèles. En effet, même si la présente recension des écrits s’est surtout attardée à montrer le rôle des facteurs psychosociaux dans la promotion du bien vieillir, on ne saurait minimiser les effets nécessairement positifs de structures de facilitation. Beaucoup reste donc à faire avant que les actions de promotion du bien vieillir n’intègrent les déterminants biologiques, psychosociaux et structurels.

Remerciements

Cet article a été réalisé en partie grâce au soutien financier du groupe de recherche interdisciplinaire SOLIDAGE par l’intermédiaire d’une bourse d’études post-doctorales accordée au premier auteur.

RD