Vivre la vie d'un Senior

jeudi 4 août 2022

Trouver la bonne résidence pour ses parents

Article de Emmanuelle Gril, journal de Montréal, 1er août 2022 

Comment aborder le sujet des résidences privées pour aînés avec nos proches?

S’installer dans une résidence pour aînés (RPA) est une étape importante dans la vie des personnes vieillissantes. Si vos parents songent à faire le pas, voici quelques questions qu’ils devraient se poser pour s’assurer de faire le bon choix.

De l’avis de Marc Fortin, PDG du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), l’une des premières choses à se demander est si l’on est vraiment prêt à déménager. 

« C’est primordial de se poser la question, surtout lorsqu’on est en couple. Les deux conjoints doivent vouloir changer de vie, car si les avis divergent à ce sujet, cela peut finir par causer des frictions », dit-il.

Choisir un milieu de vie

Autre question cruciale : où sera située la RPA ? 

Généralement, les parents voudront demeurer à proximité de leurs enfants et de leurs amis. Habiter dans une RPA proche des voies d’accès rapides pour faciliter les visites peut être une autre option. On doit aussi se demander s’ils préfèrent vivre dans un milieu urbain ou dans un environnement paisible et retiré de l’activité intense de la ville.

Bien sûr, il faut aussi penser en termes de budget et de services souhaités. S’agit-il de personnes autonomes, ont-elles besoin d’un préposé pour les assister dans quelques tâches de leur vie quotidienne, ou au contraire faut-il prévoir plusieurs heures de soins par jour ? Sachez que cela fera grimper la facture. Il en va de même pour les repas : lorsqu’on les prend tous à la salle à manger, cela coûtera nécessairement plus cher. 

Les exigences en soins guideront aussi le choix de la RPA, car l’offre varie de l’une à l’autre : si certaines proposent des unités de soins pour aînés en perte d’autonomie, d’autres se contentent d’une infirmière sur place et d’accès à un médecin sur demande. Là encore, il convient d’évaluer clairement ses besoins.

« Si l’un des membres du couple a une moins bonne santé et nécessite des soins qui iront en croissant, choisir une RPA disposant d’unités de soins permettra aux deux conjoints de continuer à habiter dans la même résidence », précise Marc Fortin. L’un pourra rester dans le logement alors que l’autre sera pris en charge dans une autre unité. Cela évite ainsi aux couples d’avoir à vivre des séparations déchirantes.

L’importance de la visite

Lorsque la liste des RPA potentielles est réduite à quelques-unes seulement, alors il est temps de procéder à la visite. Cette dernière est indispensable pour sentir l’ambiance qui règne dans la résidence, savoir si vos parents s’y sentent à l’aise et peuvent s’imaginer y passer leurs prochaines années. 

Si certains aiment les grands immeubles, d’autres préféreront un bâtiment de taille plus modeste et comptant moins de résidents. La décoration, l’ameublement, le style qui se dégage de la résidence, tout a son importance.

« Pendant la visite, observez les gens autour de vous. Sont-ils souriants et prêts à engager la conversation ou au contraire plus renfermés ? Il faut tâcher de se projeter dans cet environnement et se demander si l’on s’y sentira bien », conseille Marc Fortin. 

Assurez-vous également que l’entretien des lieux est irréprochable, que le personnel est attentif aux besoins des résidents, que les repas sont appétissants et les menus variés. Il est souvent possible de demander à prendre un repas à la salle à manger. Ce faisant, on en profite pour nouer la conversation avec ses voisins de table pour avoir leur opinion sur la vie dans cette résidence. 

D’autres facteurs à considérer 

  • Prenez également en considération les alentours de la résidence. Si vos parents souhaitent avoir des services à proximité (épicerie, pharmacie, banque, clinique médicale, parc, bibliothèque, etc.), vérifiez qu’ils sont accessibles.
  • Examinez la liste des activités offertes. L’éventail est varié (piscine, activité physique, peinture, musique, quilles, jardinage, etc.), assurez-vous de choisir une résidence offrant celles qui intéressent réellement vos parents.
  • On ne devrait pas attendre que la santé d’un parent se dégrade trop avant de songer à le déménager dans une RPA. Il s’agit d’un grand changement et la personne s’adaptera plus facilement à son nouveau milieu si elle est en mesure de s’y faire des amis et qu’elle est encore relativement autonome.
  • Une erreur fréquente consiste à choisir une résidence en fonction de ses propres critères et non de ce qui est bon pour ses parents. Laissez-les s’exprimer durant la visite !
RD


dimanche 19 juin 2022

Hébergement des aìnés : bien magasiner sa résidence privée

Article de Sylvie Lemieux, Journal de Québec, 18 juin 2022 

  Quel prix pour vos vieux jours ? - La Presse+

 Même si on n’aime jamais trop penser à cette éventualité, la question se pose quand on planifie sa retraite : quel est le coût de la vie dans une résidence pour personnes âgées ?

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La réponse n’est pas simple, puisque plusieurs facteurs influent sur le coût de location, soit la localisation géographique, l’âge de la construction, la superficie de l’habitation (pouvant aller d’une chambre privée ou semi-privée à un appartement de deux chambres ou plus), le type de résidence, les services inclus et à la carte, etc.

« Il vaut toujours mieux faire son budget en fonction de ses capacités financières et ensuite partir à la recherche du lieu où l’on veut habiter puisqu’il y a une grande variété de prix d’un endroit à l’autre », recommande Alexandre Gagnon, directeur général de Logis Retraite, une agence qui offre un service d’accompagnement pour aider les aînés à choisir une résidence dans le réseau privé.

Faisons quand même l’exercice pour avoir une meilleure idée des coûts et des éléments à considérer. 

La dépense la plus importante est évidemment celle du loyer mensuel. Dans le calcul, il faut aussi tenir compte des crédits d’impôt qui sont offerts aux personnes de 70 ans et plus (nous y reviendrons).

Le loyer mensuel pour un appartement comptant une chambre à coucher dans une résidence offrant un niveau standard de soins (c’est-à-dire sans frais supplémentaires à payer) varie considérablement d’une région à l’autre, selon une étude de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) publiée en 2021 (voir tableau).

C’est dans la région métropolitaine de recensement (RMR) de Gatineau qu’il est le plus élevé à 2403 $ comparativement à 1888 $ dans la RMR de Montréal. La région de Lanaudière affiche le prix le plus bas à 1628 $.

DES FRAIS SUPPLÉMENTAIRES

Règle générale, le coût du loyer inclut l’électricité et le service du câble. 

« Dans certaines résidences, il peut aussi inclure internet et le téléphone, une tendance plus récente », souligne Alexandre Gagnon. 

D’autres endroits vont aussi fournir les principaux électroménagers.

À ce montant, il faut ensuite ajouter les services à la carte comme les repas pris à la salle à manger. 

« Habituellement, les résidences offrent diverses options de forfaits, comme un carnet de coupons à utiliser au moment de son choix jusqu’au forfait mensuel pour 1 à 3 repas par jour, précise Alexandre Gagnon. Il y a aussi les services de buanderie, d’entretien ménager de même que les soins de santé fournis comme la gestion des médicaments ou l’aide au bain. Tout dépend des besoins évolutifs de la personne. »

Il ne faut pas oublier l’assurance habitation (souvent obligatoire) et le stationnement (intérieur ou extérieur).

DES CRÉDITS D’IMPÔT

Au Québec, les personnes de 70 ans et plus peuvent être admissibles au crédit d’impôt pour le maintien à domicile des aînés, qui peut faire en sorte d’abaisser la facture. 

« Il est accordé autant aux aînés qui vivent dans leur maison qu’à ceux vivant en résidence, précise Alexandre Gagnon. Toutefois, le montant varie considérablement d’une personne à l’autre. »

En fait, le montant dépend du revenu annuel, de la situation familiale et des dépenses encourues dans l’année pour des services de maintien à domicile. Pour l’année 2022, le crédit d’impôt est égal à 36 % des dépenses admissibles selon un montant maximum qui varie selon que la personne est autonome, semi-autonome, seule ou en couple.

À noter qu’en 2021, le gouvernement a annoncé une bonification sur cinq ans de ce crédit qui augmentera graduellement de 1 % par année pour atteindre 40 % en 2026. Il peut toutefois diminuer de 3 % si le revenu annuel est de plus de 61 135 $ et de 7 % pour la portion dépassant 100 000 $.

Comme on peut le voir, le calcul de la vie en résidence peut être complexe. Une agence comme Logis Retraite, qui sert la clientèle de Montréal et ses banlieues nord et sud, permet aux aînés ou à leurs proches de s’y retrouver plus facilement.

« On accompagne nos clients de la définition des besoins jusqu’à la signature du bail et même après pour s’assurer d’une installation réussie », explique M. Gagnon.

Logis Retraite offre ses services gratuitement. Elle reçoit une rémunération du réseau des RPA accréditées par le ministère de la Santé et des Services sociaux. 

LOYER MOYEN D’UNE RPA STANDARD AU QUÉBEC PAR RÉGION

(pour un appartement d’une chambre à coucher)

GEN -  ALEXANDRE GAGNON DG DE LOGIS RETRAITE

GEN -  ALEXANDRE GAGNON DG DE LOGIS RETRAITE
GEN - ALEXANDRE GAGNON DG DE LOGIS RETRAITE
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AIDER LES AÎNÉS À RESTER CHEZ EUX

Article de Valérie Lesage, 13 juin 2022

 Aider les aînés à rester chez eux | Le Journal de Montréal

 Parfois, ce sont les personnes qui ont souffert le plus en famille qui créent les familles les plus bienveillantes et les plus solides.

Alison Green, fondatrice de Bien Chez Soi, a choisi de changer de rôle dans sa propre histoire et de laisser derrière la victime pour devenir l’héroïne, celle qui permet aux personnes âgées de rester chez elles le plus longtemps possible.

« J’ai eu une enfance difficile, j’ai été abusée par un membre de ma famille. Mais de là est né un désir profond d’aider les personnes vulnérables », me raconte celle qui a grandi à Saint-Bruno. 

Je ressens souvent cette émotion vive, faite d’admiration et d’empathie, quand je découvre les histoires des entrepreneurs fondateurs, et j’en ai entendu des centaines à travers mes activités professionnelles. Ce sont des battants, capables de transformer leurs blessures en force positive et en œuvres utiles. 

Les essentiels pour rester chez soi – AQDR Outaouais

 Entrepreneure à 23 ans

Alison Green a fondé son entreprise de soins à domicile à l’âge de 23 ans pour venir en aide à son grand-père (puis à sa grand-mère) qui souhaitait continuer de vivre chez lui, mais qui avait besoin d’aide. Devant le manque de services, Alison a pris les choses en main. Premier client et deux employés : c’était un début ! 

Son grand-père a pu vivre chez lui jusqu’à son dernier souffle, huit ans plus tard, bien accompagné. 

Et aujourd’hui, après 15 ans en affaires, Alison a bâti un réseau de 40 franchises qui aident 2500 familles, grâce à 750 employés répartis dans toutes les régions du Québec, sauf dans le Grand Nord. En fait, Alison ne les appelle pas des employés, mais des « bienveillants », et elle les considère comme des membres de SA famille. Il y a des nounous pour les enfants, des préposés aux bénéficiaires, des auxiliaires familiales, des infirmières et des préposés à l’entretien ménager.

« Tous les jours, mes grands-parents doivent me regarder du ciel et m’aider à tout aligner pour donner à d’autres une fin de vie comme celle qu’ils ont eue », dit celle qui, à travers le drame de son enfance, a au moins pu vivre des chapitres de conte de fées, petite, quand elle passait ses vacances à Trois-Pistoles chez ses grands-parents. Ceux-ci, qui s’aimaient d’un grand amour, l’ont inspirée à bâtir une vie à leur exemple.

Leader d’impact reconnue par Evol en 2022 et lauréate Femme d’affaires du Québec l’an dernier, Alison a été une précurseure dans l’offre de soins à domicile. 

Elle garde ses employés

La force de son offre repose sur les bons jumelages entre l’aîné et le bienveillant, afin d’offrir une stabilité dans les soins et la relation. 

Le bienveillant devient presque un membre de la famille du client – la moyenne des jumelages dure quatre ans et parfois jusqu’à quatorze ! Le taux de rétention des employés de Bien Chez Soi est de 86 % – un exploit.

Aujourd’hui, Alison rêve d’une plus grande collaboration avec les services publics et les organismes communautaires au soutien des aînés. 

La volonté de rester chez soi le plus longtemps possible est presque unanime en 2022, pandémie oblige. 

Alors comme Alison, je me questionne sur la pertinence de bâtir des chambres à un million de dollars dans les maisons des aînés quand on peut adapter la maison d’une personne âgée pour 40 000 $. Le secteur privé, ce n’est pas nécessairement le diable. Depuis 15 ans, Alison s’applique à en faire la preuve, avec les 39 autres entrepreneurs franchisés qui ont adhéré à sa vision. 

Bien Chez Soi     

  • Année de fondation : 2008  
  • Fondatrice : Alison Green  
  • Lieu du siège social : Longueuil  
  • Secteur d’activité : Soins à domicile  
  • Nombre d’employés : 750     

PROFIL D’ALISON GREEN  

  • Poste : Présidente  
  • Âge : 36 ans  
  • Scolarité : Physiothérapie des athlètes    

     RD
 

Le pouvoir d’achat de 1,7 million d’aînés québécois charcuté

 Article de Julien Mcevoy, Journal de Montréal, 10 juin 2022

Le pouvoir d'achat de 1,7 million d'aînés québécois charcuté | JDM

Les aînés du Québec s’appauvrissaient déjà chaque fois que leur pension était indexée au coût de la vie. Avec l’accélération de l’inflation, la situation est pire que jamais.

«Ça a un impact majeur. Au Québec, une personne âgée sur trois vit avec 20 000$ par année», s’indigne Pierre Lynch, président de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR). 

Quand l’inflation était «normale», à 2%, la formule d’indexation de la pension de la Sécurité de la vieillesse (SV) du fédéral leur permettait de rattraper une partie seulement de l’inflation. 

«Ils s’appauvrissaient déjà avant que l’inflation atteigne 6,8%, alors imaginez maintenant», lance-t-il. 

L’inflation de l’indice des prix à la consommation (IPC) a été de 9% entre février 2020 et avril 2022, contre 5,7% pour l’augmentation du montant maximal de la SV, indiquait hier un nouveau rapport sur l’inflation du directeur parlementaire du budget (DPB), à Ottawa. 

Pour un aîné qui touche 20 000$ par année, on parle d’une perte de pouvoir d’achat de 3,3%, ou de 660$. 

«Pour le gouvernement fédéral, c’est peut-être des peanuts, mais pour quelqu’un qui fait 20 000$ par année, 5 ou 10$, c’est déjà beaucoup», rappelle le président de l’AQDR. 

Indexée avec un an de retard

Le Québec comptait en avril 1 729 689 personnes qui touchaient la pension de la SV. De ce nombre, 664 631 (38,42%) touchaient aussi le supplément de revenu garanti, offert à ceux dont le revenu annuel ne dépasse pas 20 071$. 

La SV est indexée quatre fois par année, mais il y a un décalage. En gros, la SV est indexée avec un an de retard. 

«Je peux comprendre les délais à Ottawa, mais j’ose espérer qu’il y aura un paiement rétroactif lors du prochain ajustement», rêve Pierre Lynch. 

RD

50 millions pour le nouveau plan d’action contre la maltraitance des aînés

 Article de la Presse canadienne, 12 juin 2022

Une dame âgée dans un fauteuil roulant avec une personne debout derrière elle.

Le gouvernement du Québec octroie 50 millions de dollars au nouveau plan d'action quinquennal destiné à lutter contre la maltraitance des aînés.

En conférence de presse à Montréal dimanche matin, la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, a souligné que le Plan d'action pour contrer la maltraitance envers les personnes aînées 2022-2027 s'inscrit dans la continuité puisqu'il s'agit du troisième plan d'action en la matière depuis 2010.

Ce plan d'action contient 56 mesures qui portent non seulement sur la sensibilisation mais aussi sur la spécialisation de la reconnaissance et de la lutte contre la maltraitance des aînés, notamment avec la création d'un poste de procureur spécialisé dans les questions de maltraitance des aînés auprès du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Le document prévoit également la mise en œuvre d'un soutien de proximité à l'intention du personnel des CHSLD afin qu'il puisse détecter et signaler des situations de maltraitance de personnes hébergées, entre autres recommandations.

Avec ce nouveau plan d'action, nous nous donnons les moyens d'atteindre un double objectif : aider chaque Québécois à repérer et à dénoncer toutes les formes de maltraitance envers une personne aînée et, surtout, améliorer nos méthodes d'intervention pour faire cesser le plus rapidement possible les situations de maltraitance. C'est une responsabilité collective ainsi qu'un devoir de solidarité, a affirmé la ministre Blais.

Mme Blais s'est d'ailleurs dite très heureuse d'avoir pu procéder à cette annonce sur un sujet qui lui est aussi cher alors qu'elle tournera sous peu la page sur sa carrière politique puisqu'elle a choisi de ne pas solliciter un nouveau mandat aux élections du 3 octobre prochain.

RD

dimanche 15 mai 2022

Aînés : des besoins sous-estimés et des soins insuffisants

 Article de Tommy Choinard, Journal La Presse, 11mai 2022

 Vérificateur général: gestion défaillante des contrats octroyés par les  cégeps | La Presse

 Guylaine Leclerc, vérificatrice générale

Soins insuffisants et besoins sous-estimés, dénonce la VG

Québec navigue à vue et ne fait pas une planification digne de ce nom de l’hébergement public de longue durée pour les aînés en grande d’autonomie, selon la VG.

 (Québec) En plus de ne pas donner à tous les aînés en grande perte d’autonomie des soins à domicile à la hauteur de leurs besoins, Québec sous-estime largement le coût supplémentaire qu’il devrait essuyer d’ici 2028 pour faire face au vieillissement de la population. Il fonce droit dans le mur, estime la vérificatrice générale Guylaine Leclerc. 

  « Si aucun changement n’est apporté, les aînés en grande perte d’autonomie n’auront pas tous accès à des soins de longue durée publics d’ici 2028 ni à une intensité de services suffisante. Cela est vrai tant en hébergement de longue durée qu’en soutien à domicile », écrit-elle dans son rapport déposé mercredi à l’Assemblée nationale.

Québec navigue à vue et ne fait pas une planification digne de ce nom de l’hébergement public de longue durée pour les aînés en grande perte d’autonomie. Il a lancé la construction de maisons des aînés, mais les places prévues sont à peine équivalentes au nombre de personnes en attente d’hébergement à l’heure actuelle. La demande ne fera que croître avec le temps, mais le gouvernement n’a pas de projections solides à ce sujet. Le nombre de lits en CHSLD a chuté de 15 % au cours des dernières années. 

[Québec] n’a pas non plus défini comment il réorganiserait et financerait les soins de longue durée dans le contexte du virage vers le soutien à domicile.

Extrait du rapport de la vérificatrice générale du Québec

Ce virage connaît des ratés. En 2020-2021, pour 59 % des 15 212 personnes de 70 ans ou plus en grande perte d’autonomie qui bénéficiaient de services de soutien à domicile, moins de 5 % de leurs besoins ont été comblés. L’intensité attendue des services n’est tout simplement pas au rendez-vous.

Le nombre moyen d’heures de services réellement donnés à un aîné en grande perte d’autonomie est « très nettement inférieur » à la norme que Québec a lui-même établie en 2006. La moyenne atteint 692 heures par année, alors que ce devrait être 1962.

Planification déficiente, selon la vérificatrice générale

La VG constate que les scénarios du MSSS en vue de répondre à une demande croissante au cours des prochaines années « ne prévoient aucun rattrapage visant à réduire le déficit de services actuel en soutien à domicile ». Ils « ne permettent pas de répondre aux besoins de tous les 25 599 aînés de 70 ans ou plus supplémentaires que prévoit le MSSS d’ici 2028-2029 et qui auront besoin de soins de longue durée comparables à ceux offerts en hébergement de longue durée, d’autant plus que ces prévisions de la demande sont incomplètes ».

D’ailleurs, Québec prévoit donner plus de soins à seulement 47 % à 68 % de ces aînés. L’offre de services qu’il entend offrir est insuffisante, puisque son « scénario privilégié » pour les prochaines années « représente moins du tiers du nombre d’heures de services requises pour un aîné en grande perte d’autonomie ».

La planification budgétaire est déficiente. La VG n’est pas arrivée à concilier les différentes données fournies par le ministère des Finances sur le sujet. Québec n’est pas capable de chiffrer le coût annuel des services de soutien à domicile pour un aîné, se contentant d’estimer vaguement que ce serait équivalent au coût d’hébergement en CHSLD public (près de 100 000 $ par année).

Les mesures additionnelles directes prévues par le gouvernement pour le soutien à domicile sont en moyenne de 340 millions par année d’ici 2025-2026. Et encore là, ces sommes sont destinées à toutes les clientèles, pas seulement aux aînés en grande perte d’autonomie.

Or, selon un calcul conservateur, Guylaine Leclerc estime qu’il faudrait 2 milliards de dollars de plus par année pour couvrir les besoins des aînés de 70 ans ou plus en grande perte d’autonomie en 2028. C’est donc dire que Québec sous-estime le coût d’environ 1,7 milliard de dollars.

Dans son rapport, elle déplore l’absence de réflexion sur le financement des soins, alors que « celle-ci permettrait d’analyser les sources de financement possibles telles que la contribution de l’État, celle des usagers et les mesures fiscales à mettre en place ou à améliorer. Jusqu’à ce jour, il n’y a pas d’orientation ministérielle quant à la contribution financière future exigée des usagers pour leur permettre de rester à domicile ».

La PDG du CISSS de la Gaspésie dans la tourmente

Le processus d’embauche des cadres et la gestion des contrats de service au CISSS de la Gaspésie « manquent de rigueur et de transparence », conclut la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc. Elle dénonce également des « enjeux liés au climat de travail ». Au Salon bleu, la députée de Gaspé, la péquiste Méganne Perry Mélançon, a demandé la mise sous tutelle de l’organisme. Pour le ministre de la Santé, Christian Dubé, « les éléments qui ont été soulevés par la VG méritent une attention particulière dans les prochaines semaines. Mais il y a déjà un changement de PDG qui a été opéré, alors on est là ». Dans les faits, la PDG Chantal Duguay devait partir à la retraite à la fin de son contrat, le 31 mars, mais comme le processus de sélection de son successeur rencontre des problèmes, elle continue de diriger le CISSS pour le moment. 

  • Dans les soins à domicile, « on a fait plus que tout ce qui a été fait dans le passé, mais on ne peut pas tout rattraper en même temps. Il faut avoir les gens pour aller les donner, les soins à domicile. Il faut les embaucher, les former, on est là-dedans ».
     
    (Marguerite blais, ministre responsable des Aînés et des Proches aidants)

 RD