Vivre la vie d'un Senior

dimanche 15 mai 2022

Aînés : des besoins sous-estimés et des soins insuffisants

 Article de Tommy Choinard, Journal La Presse, 11mai 2022

 Vérificateur général: gestion défaillante des contrats octroyés par les  cégeps | La Presse

 Guylaine Leclerc, vérificatrice générale

Soins insuffisants et besoins sous-estimés, dénonce la VG

Québec navigue à vue et ne fait pas une planification digne de ce nom de l’hébergement public de longue durée pour les aînés en grande d’autonomie, selon la VG.

 (Québec) En plus de ne pas donner à tous les aînés en grande perte d’autonomie des soins à domicile à la hauteur de leurs besoins, Québec sous-estime largement le coût supplémentaire qu’il devrait essuyer d’ici 2028 pour faire face au vieillissement de la population. Il fonce droit dans le mur, estime la vérificatrice générale Guylaine Leclerc. 

  « Si aucun changement n’est apporté, les aînés en grande perte d’autonomie n’auront pas tous accès à des soins de longue durée publics d’ici 2028 ni à une intensité de services suffisante. Cela est vrai tant en hébergement de longue durée qu’en soutien à domicile », écrit-elle dans son rapport déposé mercredi à l’Assemblée nationale.

Québec navigue à vue et ne fait pas une planification digne de ce nom de l’hébergement public de longue durée pour les aînés en grande perte d’autonomie. Il a lancé la construction de maisons des aînés, mais les places prévues sont à peine équivalentes au nombre de personnes en attente d’hébergement à l’heure actuelle. La demande ne fera que croître avec le temps, mais le gouvernement n’a pas de projections solides à ce sujet. Le nombre de lits en CHSLD a chuté de 15 % au cours des dernières années. 

[Québec] n’a pas non plus défini comment il réorganiserait et financerait les soins de longue durée dans le contexte du virage vers le soutien à domicile.

Extrait du rapport de la vérificatrice générale du Québec

Ce virage connaît des ratés. En 2020-2021, pour 59 % des 15 212 personnes de 70 ans ou plus en grande perte d’autonomie qui bénéficiaient de services de soutien à domicile, moins de 5 % de leurs besoins ont été comblés. L’intensité attendue des services n’est tout simplement pas au rendez-vous.

Le nombre moyen d’heures de services réellement donnés à un aîné en grande perte d’autonomie est « très nettement inférieur » à la norme que Québec a lui-même établie en 2006. La moyenne atteint 692 heures par année, alors que ce devrait être 1962.

Planification déficiente, selon la vérificatrice générale

La VG constate que les scénarios du MSSS en vue de répondre à une demande croissante au cours des prochaines années « ne prévoient aucun rattrapage visant à réduire le déficit de services actuel en soutien à domicile ». Ils « ne permettent pas de répondre aux besoins de tous les 25 599 aînés de 70 ans ou plus supplémentaires que prévoit le MSSS d’ici 2028-2029 et qui auront besoin de soins de longue durée comparables à ceux offerts en hébergement de longue durée, d’autant plus que ces prévisions de la demande sont incomplètes ».

D’ailleurs, Québec prévoit donner plus de soins à seulement 47 % à 68 % de ces aînés. L’offre de services qu’il entend offrir est insuffisante, puisque son « scénario privilégié » pour les prochaines années « représente moins du tiers du nombre d’heures de services requises pour un aîné en grande perte d’autonomie ».

La planification budgétaire est déficiente. La VG n’est pas arrivée à concilier les différentes données fournies par le ministère des Finances sur le sujet. Québec n’est pas capable de chiffrer le coût annuel des services de soutien à domicile pour un aîné, se contentant d’estimer vaguement que ce serait équivalent au coût d’hébergement en CHSLD public (près de 100 000 $ par année).

Les mesures additionnelles directes prévues par le gouvernement pour le soutien à domicile sont en moyenne de 340 millions par année d’ici 2025-2026. Et encore là, ces sommes sont destinées à toutes les clientèles, pas seulement aux aînés en grande perte d’autonomie.

Or, selon un calcul conservateur, Guylaine Leclerc estime qu’il faudrait 2 milliards de dollars de plus par année pour couvrir les besoins des aînés de 70 ans ou plus en grande perte d’autonomie en 2028. C’est donc dire que Québec sous-estime le coût d’environ 1,7 milliard de dollars.

Dans son rapport, elle déplore l’absence de réflexion sur le financement des soins, alors que « celle-ci permettrait d’analyser les sources de financement possibles telles que la contribution de l’État, celle des usagers et les mesures fiscales à mettre en place ou à améliorer. Jusqu’à ce jour, il n’y a pas d’orientation ministérielle quant à la contribution financière future exigée des usagers pour leur permettre de rester à domicile ».

La PDG du CISSS de la Gaspésie dans la tourmente

Le processus d’embauche des cadres et la gestion des contrats de service au CISSS de la Gaspésie « manquent de rigueur et de transparence », conclut la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc. Elle dénonce également des « enjeux liés au climat de travail ». Au Salon bleu, la députée de Gaspé, la péquiste Méganne Perry Mélançon, a demandé la mise sous tutelle de l’organisme. Pour le ministre de la Santé, Christian Dubé, « les éléments qui ont été soulevés par la VG méritent une attention particulière dans les prochaines semaines. Mais il y a déjà un changement de PDG qui a été opéré, alors on est là ». Dans les faits, la PDG Chantal Duguay devait partir à la retraite à la fin de son contrat, le 31 mars, mais comme le processus de sélection de son successeur rencontre des problèmes, elle continue de diriger le CISSS pour le moment. 

  • Dans les soins à domicile, « on a fait plus que tout ce qui a été fait dans le passé, mais on ne peut pas tout rattraper en même temps. Il faut avoir les gens pour aller les donner, les soins à domicile. Il faut les embaucher, les former, on est là-dedans ».
     
    (Marguerite blais, ministre responsable des Aînés et des Proches aidants)

 RD

Milieux de vie plus humains: bravo Mme la ministre

 Article de Josée Legault, Journal de Montréal, 5 mai 2022

CHSLD: la ministre Marguerite Blais témoignera devant la coroner

L’héritage politique de Marguerite Blais s’annonce majeur et unique. Lorsqu’elle aura terminé son mandat, elle pourra partir la tête bien haute.

Au Québec, on s’est beaucoup occupé du «mourir dans la dignité». Avec raison, bien sûr. À l’opposé, assurer le «vivre dans la dignité» aux plus vulnérables d’entre nous est un échec pitoyable. Autant social que politique.

L’hécatombe de la 1re vague dans les CHSLD nous l’a jeté en plein visage. Ces «milieux de vie» étaient en fait négligés depuis des décennies. Idem, soit dit en passant, pour l’hébergement et les services pour personnes handicapées intellectuelles de tous âges.

D’où l’importance de l’annonce par Marguerite Blais d’un Plan d’action ambitieux sur l’hébergement de longue durée pour toutes ces personnes. Étoffé et minutieux, son plan profitera de 2,9 milliards de dollars sur 5 ans.

La vision de la ministre des Aînés et des Proches aidants est claire: humaniser et équiper beaucoup mieux ces milieux de vie qui, de plus en plus, deviennent aussi des milieux de soins.

L’objectif de Mme Blais est d’inverser la logique tordue du système actuel de services sociaux. Au lieu d’obliger les résidents à s’adapter aux besoins des ressources où elles vivent, la ministre entend donc faire le contraire. Enfin.

Parce que ces besoins ne s’arrêtent pas à choisir son heure du lever, son déjeuner, ses soins d’hygiène ou sa déco, son plan va nettement plus loin. Il prévoit des activités physiques. Une meilleure alimentation. Des sorties.

D’engager enfin les proches aidants comme de vrais partenaires dans le cheminement des résidents. Des mécanismes de reddition de comptes. Etc.

 Bref, d’y mettre de la vie, du cœur... et de la surveillance.

Même pas une simple marche dehors...

Parmi les CHSLD et les ressources intermédiaires ou de type familial (RI-RTF) où vivent des milliers d’aînés et d’adultes handicapés intellectuels, on trouve certes des ressources de qualité. Le problème est qu’il y en a aussi de mauvaises. Plein de familles le savent. D’où ce plan.

On trouve des milieux de vie qui, de fait, sont des parkings. Avec peu ou pas d’activités physiques et de stimulation cognitive. Peu ou pas de sorties. La télé comme substitut à temps plein.

Même prendre régulièrement une marche à l’extérieur, à pied ou en chaise roulante, est souvent refusé. Le tout débouchant sur des résidents en bien moins bonne santé, physique, cognitive et émotive.

Vous voudriez vivre comme ça? C’est pourtant la réalité de plusieurs personnes en hébergement. Malgré même la présence soutenue de la famille.

Un riche héritage politique

Donc, bravo à Marguerite Blais pour sa détermination à vouloir humaniser ces milieux de vie et de soins. Bravo aussi pour la première loi québécoise sur les proches aidants qu’elle a fait adopter et le premier plan crédible contre la maltraitance des personnes vulnérables.

Tous reposent sur un changement profond de culture sociale et politique. En cela, l’héritage de Marguerite Blais s’annonce majeur. Quoi que certains en disent, lorsqu’elle aura terminé son mandat, elle pourra partir la tête haute.

Et c’est bien là le plus inquiétant: la suite. Qui, après elle, verra à concrétiser son legs sur le terrain? Qui François Legault choisira-t-il après l’élection pour lui succéder dans ce poste névralgique?

Il serait sage de choisir une personne passionnée comme elle pour les personnes vulnérables – ce «peuple invisible», pour reprendre son expression fort juste.

Une personne qui, comme elle, possède un large bagage de connaissances sur le sujet. Une personne qui, comme elle et Christian Dubé, ne sera pas issue non plus du sérail médical.

Car pour réformer un système englué depuis longtemps dans ses propres dysfonctionnements, mieux vaut ne pas en avoir fait partie soi-même.

RD

CHSLD et autres établissements publics: Blais promet d’adapter les soins aux résidents

 Article de Patrick Bellerose, Journal de Montréal, 5 mai 2022

Patrick | Le Journal de Montréal

Au crépuscule de sa vie politique, la ministre responsable des Aînés promet de changer la façon de traiter les ainés vivant dans des établissements publics, notamment en adaptant les soins et l’heure du déjeuner à leur horaire.

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Marguerite Blais a présenté jeudi un plan d’action de 25 mesures doté d’une enveloppe de 2,9 milliards $ sur cinq ans.  

Les détails étaient peu nombreux lors de la conférence de presse, mais la ministre assure que la qualité de vie des aînés en sera transformée au cours des prochaines années.  

Mme Blais souligne que les CHSLD, les ressources intermédiaires, les ressources de type familial, ainsi que les maisons des aînés et les maisons alternatives devront désormais s’adapter aux besoins des résidents, et non l’inverse.  

Son gouvernement promet «d’offrir aux personnes hébergées des milieux de vie et de soins à échelle humaine, inclusifs, agréables et adaptés à leurs besoins et préférences».  

Par exemple, le déjeuner sera servi à l’heure décidée par le résident. «Il est important de s’adapter au rythme de la personne hébergée et de lui offrir le repas du matin à leur de son choix, affirme Mme Blais. Il s’agit de respecter l’histoire de vie de la personne et de personnaliser ses soins le plus possible.»     

L’enjeu des ressources

La mise en place de cette nouvelle pratique est déjà en cours dans certains établissements, assure la ministre, sans fournir un échéancier précis pour compléter son plan.  

Son cabinet a par la suite précisé comment se déclinera l’enveloppe de 1,85 G$ dédié à bonifier la prestation de services. Ainsi, Québec cherche à embaucher : 370 gestionnaires de CHSLD, 200 pharmaciens, 67 chargés de projet en soutien clinique, 20 dentistes, 30 denturologistes, 59 hygiénistes dentaires, en plus de consacrer 10 M$ pour bonifier la main d’œuvre dans les services alimentaires.  

Mais la part du lion ira aux quelque 10 000 nouveaux préposés aux bénéficiaires promis au début de la pandémie, dont la grande majorité est déjà en poste.  

Le cabinet de Mme Blais assure toutefois que les changements proposés peuvent être réalisés sans embauche massive, en adoptant simplement une nouvelle approche. 

RD

mardi 1 février 2022

Réenvisager le vieillissement

 AUTEURS DE L'ARTICLE de la Presse, 2 février 2022

John Muscedere et Alex Mihailidis, respectivement chef de la direction du Réseau canadien des soins aux personnes fragilisées et chef de la direction du Réseau canadien axé sur les technologies de vieillissement AGE-WELL
 
 Grande interaction pour rompre avec l'âgisme - L'âgisme est une forme de  discrimination fondée sur l'âge dont sont victimes deux personnes aînées  sur trois au Canada. Ces attitudes de discrimination à l'encontre
   
Tout le monde sait ce qu’est l’âgisme, mais plusieurs considèrent que « ce n’est pas si grave ». En fait, l’âgisme est profondément ancré dans notre société. Dans son Rapport mondial sur l’âgisme⁠1, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’une personne sur deux aurait des attitudes âgistes. La discrimination fondée sur l’âge influence nos valeurs sociétales, nos priorités, nos décisions stratégiques et nos programmes d’allocation.  
 
L’âgisme influe également sur les systèmes qui orientent le processus de vieillissement, ce qui a une incidence majeure sur la capacité des gens à vieillir en santé. Si nous sous-estimons les personnes âgées, allons-nous privilégier des initiatives qui sont directement à leur avantage ? Les gouvernements s’engageront-ils à établir une approche coordonnée du vieillissement sain et à y investir des sommes importantes ?

Dans la prochaine décennie, une personne sur quatre au pays aura 65 ans ou plus. Présentement, le nombre de personnes âgées dépasse celui des enfants de 14 ans et moins, et l’on prévoit que cette tendance va se poursuivre dans les décennies à venir. De plus, une proportion croissante de la population âgée sera composée de personnes de 80 ans et plus. En matière de services sociaux et de soins de santé, le Canada fera face à des défis de taille auxquels il devra s’attaquer sérieusement.

L’approche actuelle n’est pas viable. Déjà mis à l’épreuve, nos systèmes de santé et de services sociaux ne pourront répondre aux besoins d’une population vieillissante en croissance rapide, qui recourt plus fréquemment aux services de santé et nécessite des soins plus avancés.

Il faut absolument réenvisager le processus de vieillissement.

Plutôt que de voir les aînés comme des personnes dont il faut prendre soin, le Canada doit les considérer comme des membres actifs et précieux de la société, car c’est ce qu’ils et elles sont.

À preuve, les Canadiens âgés contribuent grandement à notre économie en versant des milliards de dollars en dons de charité et encore davantage en faisant du bénévolat. Les personnes âgées contribuent aussi à l’économie par leur travail rémunéré. Elles représentent 4,5 % de la population active canadienne et leurs nombreuses années d’expérience font d’elles des membres chevronnés de la main-d’œuvre canadienne.

Cependant, pour pouvoir faire de telles contributions, les personnes âgées doivent être en bonne santé. Il est donc primordial d’adopter à l’égard du vieillissement une approche proactive axée sur le maintien prolongé d’une santé et d’une autonomie optimales.

Promouvoir un vieillissement sain

Il est temps que le Canada concentre ses efforts et investisse davantage dans les initiatives en matière de vieillissement sain, y compris dans les innovations en services sociaux, soins de santé et technologies. C’est la clé pour améliorer la qualité de vie des Canadiens âgés et pour réduire le nombre de personnes requérant des soins de longue durée.

Plus de 80 % des décès liés à la COVID-19 au Canada se sont produits dans des établissements de soins de longue durée, comparativement à une moyenne de 38 % dans les autres pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ; c’est une déplorable tragédie nationale.

La coordination des efforts entre les diverses organisations constitue un autre moyen important de favoriser le changement. En visant des objectifs communs et complémentaires, nous pourrons accomplir bien davantage qu’en travaillant isolément. 

RD

mercredi 29 décembre 2021

Regard sur l'avenir de l'Humanité

 Article de Ignacio Ramonet, Revue Le Monde diplomatique, mars-avril 1998, intitulé 

« RAVAGES DE LA TECHNOSCIENCE POUR L'AVENIR DE L'HUMANITÉ» 

Ignacio Ramonet

Vue de loin, la planète Terre séduit par son agréable couleur bleue, tachetée du blanc cotonneux des nuages, et par l’impression de richesse et d’opulence qu’elle dégage. 

Une végétation luxuriante, une flore abondante et une faune foisonnante. Pendant des millénaires, cette nature généreuse, paradisiaque, exubérante, a dominé en maîtresse. L’être humain depuis son apparition s’y est nourri et a longtemps vécu en symbiose avec Mère Nature.

Mais, depuis la seconde moitié du XIXe siècle et la révolution industrielle, au nom du progrès et du développement, l’homme a entrepris la destruction systématique des milieux naturels. Les prédations et les ravages en tous genres se sont succédé, infligés aux sols, aux eaux et à l’atmosphère de la Terre. Urbanisation galopante, déforestation tropicale, pollution des mers et des fleuves, réchauffement du climat, appauvrissement de la couche d’ozone, pluies acides : la pollution produit des effets qui mettent désormais en péril l’avenir de notre planète.

Par ailleurs, l’être humain a désormais le pouvoir de se modifier lui-même génétiquement. L’aventure scientifique s’accélère, et laisse entrevoir le moment où le clonage de l’être humain devient, pour certains, envisageable. Sans que soient encore fixées, à l’échelle internationale ni même à l’échelle nationale, les limites à ne pas franchir. L’affaire Dolly, cette brebis clonée adulte, en a donné la preuve, au printemps 1997, à tous ceux qui en doutaient encore.

D’autre part, l’arrivée sur le marché européen de produits comme le maïs ou le soja manipulés génétiquement soulève de nombreuses questions à propos des risques encourus : pour qui, et dans quel but, les organismes génétiquement modifiés (OGM) ont-ils été mis au point ? Etait-ce bien nécessaire ? Etait-ce raisonnable ?

En l’an 2000, la moitié de la population mondiale pourrait être confrontée à des pénuries d’eau potable. En 2010, la couverture forestière du globe aura diminué de plus de 40 % par rapport à 1990. En 2025, la population mondiale pourrait atteindre de 7,5 à 9,5 milliards d’habitants, contre 5,8 aujourd’hui. En 2040, l’accumulation des gaz à effet de serre pourrait avoir entraîné un réchauffement de 1° C à 2° C de la température moyenne de la planète et une élévation de 0,2 à 1,5 mètre du niveau des océans.

Les pays industrialisés, dont la prospérité est en partie fondée sur un productivisme excessif et sur une surexploitation de l’environnement, et les pays en développement doivent rapidement rechercher les moyens de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire leurs propres besoins.

Quels sont les principaux enjeux auxquels l’humanité est confrontée en cette fin de millénaire ? Eviter les dérives d’une science largement devenue technoscience, de plus en plus proche du marché ; réduire les pollutions et lutter contre le changement climatique global ; protéger la biodiversité et enrayer l’épuisement des ressources ; freiner l’érosion des sols et la désertification ; trouver les moyens de nourrir de 8 à 10 milliards d’êtres humains.

Le productivisme à outrance est le premier responsable de l’actuelle mise à sac. L’étendue des désastres écologiques et les problèmes qu’ils soulèvent préoccupent de plus en plus tous les citoyens du monde. La disparition de nombreuses espèces de la faune et de la flore crée d’inquiétants déséquilibres. Protéger la biodiversité, la variété de la vie par le développement durable devient un impératif. Le problème de la protection de l’environnement pose la question de la survie de l’espèce humaine.

La dégradation de l’environnement entraîne des conséquences sur la longue durée, et ses effets peuvent être irréversibles. Un exemple : il faudra plusieurs siècles, voire des millénaires, pour que certains déchets nucléaires perdent leur radioactivité. Le monde croule sous les détritus. A l’échelle de la planète, ce sont plus de 2 milliards de tonnes de déchets industriels solides et près de 350 millions de tonnes de détritus dangereux — auxquels il faut ajouter 7 000 tonnes de produits nucléaires dont on ne sait toujours pas comment se débarrasser — qui sont engendrés chaque année. Les pays de l’OCDE sont responsables à 90 % de la production de ces produits à risques.

Les préoccupations pour la sauvegarde de la nature sont fort anciennes : écrits des agronomes latins sur la préservation des sols ; dès le IIIe siècle, premières réglementations visant à protéger les forêts d’un défrichage intensif lié à l’expansion démographique. Mais c’est au début du XXe siècle que prend forme la pensée écologique.

En 1910, le chimiste suédois Svante Arhenius formule pour la première fois l’hypothèse d’un réchauffement climatique planétaire lié à l’accumulation progressive dans l’atmosphère des gaz industriels. Des précurseurs comme, en 1926, le biologiste Vernadsky, puis, dans les années 50, des économistes comme Kenneth Boulding, s’intéressent à l’impact des activités humaines sur l’environnement.

A partir des années 70, l’opinion publique commence à s’inquiéter des conséquences à long terme d’une expansion économique et démographique rapide. Des ouvrages comme Nous n’avons qu’une Terre (B. Ward, 1964) et, en 1972, le rapport Halte à la croissance du Club de Rome alimentent la crainte d’une catastrophe écologique majeure liée à la surpopulation, la pollution et l’épuisement des ressources naturelles.

La conférence de Stockholm en 1972, puis le World Conservation Strategy (IUCN, 1980) tentent de définir les caractéristiques d’un mode de développement durablement respectueux de l’environnement. Après une certaine éclipse pendant les années de crise, le thème du « développement durable » ou « écodéveloppement » est revenu sur le devant de la scène en 1987 avec la publication du rapport de l’ONU, Our Common Future Notre futur commun »).

Au XVIe siècle, il y avait 450 millions d’individus sur Terre. On en comptait 1,5 milliard en 1900, et 1 milliard de plus en 1950. Aujourd’hui, la population de la planète croît à un rythme sans précédent. La Terre porte 5,8 milliards d’individus. Et ce chiffre atteindra 7,6 milliards dans un quart de siècle, et probablement se stabilisera autour de 10 milliards vers 2050. En 1998, 95 % des nouveaux venus sur la planète naissent dans les pays les moins développés.

Si tous les habitants de la Terre avaient le niveau de vie des Suisses, la planète pourrait à peine subvenir aux besoins de 600 millions de personnes. Si au contraire, ils acceptaient de vivre comme des paysans bengalis, de 18 à 20 milliards de personnes pourraient subsister. Lors de la décennie passée, 100 millions de personnes ont manqué de bois pour faire cuire deux repas par jour, et un milliard et demi d’êtres humains sont menacés à terme de pénurie de bois de chauffe. On estime que 800 millions de personnes souffrent de malnutrition.

La pénurie d’eau sur la planète est tout aussi inquiétante. L’eau constituera, dans tous les cas, un motif de tensions sociales et économiques qui pourraient devenir un jour gravissimes. L’Afrique du Nord et le Proche-Orient sont les plus touchés. D’après les projections des experts, la ressource en eau par tête aura diminué de 80 % en l’espace d’une vie d’homme. Entre 1960 et 2025, la ressource en eau par personne sera passée de 3 430 mètres cubes à 667. Le seuil d’alerte est fixé à 2 000 mètres cubes.

De multiples menaces pèsent sur les eaux douces. D’abord, le détournement des fleuves pour l’irrigation entraîne l’assèchement de régions situées en aval. C’est la raison pour laquelle la mer d’Aral, en ex-URSS, dont la surface a diminué de 40 % entre 1960 et 1989, se transforme progressivement en désert salé. En outre, la construction de barrages, qu’elle vise à l’irrigation ou à la production hydroélectrique, noie des régions entières, perturbe les migrations des poissons et peut provoquer des inondations en aval. Celles-ci sont également dues à la déforestation, qui charge les rivières de terre. A cause de tous ces problèmes, le contrôle des fleuves fait l’objet de conflits croissants entre les peuples. Autre problème majeur : les rejets dus à l’agriculture, à l’industrie et au non-traitement des eaux usées. Ainsi, le Danube est victime de nombreuses pollutions, notamment en Allemagne, où il prend sa source.

Bien des indices laissent penser que l’eau est en train de ’devenir une denrée rare. Les tensions qu’elle suscite ici ou là ne sont sans doute que le signe avant-coureur de ruptures plus profondes. L’eau douce est un indéniable enjeu du siècle à venir, à moins que, dans la prochaine décennie, on trouve un procédé peu coûteux de désalinisation de l’eau de mer... Les mers et les océans vont devenir des enjeux du même ordre. La raréfaction des ressources halieutiques constitue déjà une source de frictions multiples. Dans l’avenir, c’est la pollution de certaines mers, à commencer par la Méditerranée, qui pourrait opposer les pays riverains.

La conférence de Berlin sur les climats, en avril 1995, a ratifié l’idée que le marché n’est pas en mesure de répondre aux risques globaux sur l’environnement. Et la conférence de Kyoto, en novembre 1997, a montré que l’effet de serre pourrait avoir des effets catastrophiques à long terme. Ce n’est pas une certitude mais, si nous attendons d’avoir acquis des certitudes scientifiques, il sera trop tard pour agir. L’élévation du niveau des océans aura peut-être déjà occasionné des dommages irréparables, et des régions entières seront peut-être désertifiées.

Du fait de la désertification, six millions d’hectares de terres cultivables disparaissent chaque année. Partout dans le monde, l’érosion, la surexploitation, le surpâturage grignotent à un rythme accéléré la superficie des terres cultivables. Résultat : les zones arides et semi-arides se transforment en déserts. La Terre ne peut plus nourrir les habitants de ces régions. La faune et la flore s’évanouissent.

Au début des années 90, quatorze millions de kilomètres carrés (28 fois la superficie de la France) avaient déjà été transformés en déserts et plus de 30 millions de kilomètres carrés étaient menacés. Le phénomène pourrait être enrayé en mettant fin à la défriche, aux cultures sur des terrains fragiles et au surpâturage. Un plan d’action a été évalué par le Programme des Nations unies pour l’environnement à 141 milliards de dollars, soit plus de 700 milliards de francs !

Les équilibres écologiques de la planète sont fondamentalement fragilisés par la pollution industrielle des pays du Nord, mais aussi, régionalement, par la pauvreté des pays du Sud. Cela ne veut pas dire que les limites physiques de la production et du nombre des habitants soient atteintes sur la planète. Cela signifie que des conditions sociales, économiques et politiques absurdes font que des êtres humains meurent encore de faim.

Selon d’autres sources, entre 10 et 17 millions d’hectares disparaissent chaque année. Quatre fois la taille de la Suisse. Parallèlement, la disparition du manteau végétal accélère l’érosion sur des millions d’hectares. Les brûlis envoient de grandes quantités de gaz carbonique dans l’atmosphère. Les arbres ne sont plus là pour en absorber les excédents. Résultat : la déforestation est l’une des causes majeures de l’effet de serre.

Les forêts les plus touchées sont les forêts tropicales, qui perdent 1,5 % à 2 % de leur surface par an. Ainsi, en Indonésie, près de 80 % de la forêt humide de l’île de Sumatra a disparu depuis les années 70. Et à Bornéo, le nombre d’arbres abattus a presque quintuplé en seize ans. Ces destructions ont pour origine principale la croissance rapide de la population, qui utilise le bois comme combustible pour la cuisine et les terres pour l’agriculture. L’exploitation forestière à destination des pays riches compte pour 20 % des abattages effectués dans le tiers-monde. La déforestation détruit un patrimoine biologique unique : les forêts tropicales humides hébergent en effet 70 % des espèces recensées sur notre planète. Le commerce international accélère certainement la dégradation des sols et la déforestation.

La notion de « développement durable » continue de progresser. L’idée générale est simple : le développement est durable si les générations futures héritent d’un environnement d’une qualité au moins égale à celle qu’ont connue les générations précédentes. On peut cependant se demander si la logique actuelle de développement, dont l’essentiel repose sur le marché, est réellement compatible avec la durabilité.

L’exemple de l’agriculture en Europe de l’Ouest est à cet égard édifiant. Au nom du productivisme, les paysans sont devenus des sortes d’industriels n’entretenant plus aucun rapport direct avec la nature, puisque l’élevage et l’agriculture peuvent désormais se passer de sol. Cette rupture d’un lien ancestral a ouvert la voie à toutes les transgressions, en particulier à la « chosification » de l’animal, et à la transformation d’herbivores et de carnivores, consommateurs malgré eux des carcasses de leurs congénères, qu’ils soient bien portants ou contaminés. Cette perversion de la chaîne alimentaire naturelle, au nom de la déréglementation et des dogmes libéraux, aggravée par le laxisme des contrôles sanitaires des autorités, a permis l’apparition de la maladie dite de la « vache folle », qui répand sur le Vieux Continent et ailleurs une nouvelle « grande peur ».

Dans les dix ans qui viennent, deux dynamiques contraires vont probablement jouer sur la planète un rôle déterminant. D’une part, les intérêts des grandes firmes mondialisées, poussées par des préoccupations financières, qui se servent de la technoscience dans un esprit exclusif de profit. D’autre part, une aspiration à l’éthique, à la responsabilité et à un développement plus équitable qui tienne compte de contraintes d’environnement sans doute vitales pour l’avenir de l’humanité.

P.S. M. Ramonet a été directeur, de 1990 à 2008, du mensuel Le Monde diplomatique, il est actuellement directeur de l'édition espagnole du Monde diplomatique et président de l'Association Mémoire des luttes. Il est également éditorialiste de politique internationale à l'agence Kyodo News (Tokyo), à l'agence Inter Press Service (IPS), à Radio Nederland (Amsterdam), au quotidien Eleftherotypía (Athènes) et au journal d'information numérique Hintergrund en Allemagne.

RD

Découvrez qui sont les plus vieux dirigeants du monde... et les plus jeunes

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 AUTEUR : Maxime Auger

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Découvrez qui sont les plus vieux dirigeants du monde... et les plus jeunes

Image principale de l'article Qui sont les plus vieux dirigeants du monde?
AFP

Joe Biden célèbrera son 78e anniversaire de naissance vendredi. Bien qu'il deviendra le plus vieux président en fonctions de l'histoire des États-Unis, «Sleepy Joe» ne sera pas pour autant le plus vieux dirigeant du monde. Il devancera néanmoins son plus jeune homologue de 40 bougies.

Voici donc une liste des plus vieux dirigeants du monde... mais aussi des plus jeunes.

Les plus vieux dirigeants du monde

Paul Biya - 87 ans - Cameroun

AFP

Le président camerounais Paul Biya, qui est âgé de 87 ans, est le plus vieux dirigeant élu en exercice au monde. Surnommé le « Sphinx », il est à la tête de ce pays africain depuis 1982. 

Biya, qui a été réélu pour un septième mandat de sept ans en 2018, est critiqué pour passer trop de temps à l'étranger. 

Preuve de longévité: 60 % des Camerounais n’étaient même pas nés lorsqu’il a pris le pouvoir pour la première fois.

Michel Aoun - 85 ans - Liban  

AFP

L’ex-général Michel Aoun, 85 ans, a été élu pour la première fois en 2016 à la présidence du Liban pour un mandat non renouvelable de six ans.

Plongé dans une crise économique, politique et sociale, le Liban se retrouve actuellement sans gouvernement.

Roi Salmane - 84 ans - Arabie saoudite  

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Salmane ben Abdelaziz Al Saoud est premier ministre de l’Arabie saoudite depuis 2015. Le membre le plus âgé du G20 laisse toutefois progressivement le pouvoir à son fils, le prince héritier Mohammed, surnommé MBS, qui est âgé de 35 ans. 

En 2017, le roi Salmane a fait arrêter trois princes saoudiens, incluant son frère, pour mettre fin à une tentative de coup d’État. 

[Mention spéciale] Elizabeth II - 94 ans - Grande-Bretagne  

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Sur papier, la reine Elizabeth II est la plus vieille dirigeante du monde. Son couronnement, qui est survenu le 6 février 1952 alors qu'elle était âgée de 25 ans, a été retransmis à la télévision, une première. 

Même si ses fonctions sont aujourd'hui essentiellement symboliques, la famille royale demeure populaire en Grande-Bretagne.

Les plus jeunes dirigeants du monde

Sebastian Kurz - 34 ans - Autriche  

Photo d'archives, AFP

Élu pour la première fois à titre de chancelier fédéral en 2017, Sebastian Kurz a vécu sa première crise politique à la tête de l’Autriche en 2019. Le gouvernement de coalition formé avec l’extrême droite a volé en éclat au bout de 18 mois, lorsque le vice-chancelier Heinz-Christian Strache a été mis en cause dans une affaire de corruption. 

Après des élections anticipées en septembre 2019, le parti conserveur de Kurz retrouve le pouvoir et forme une coalition avec les Verts en janvier 2020. 

Sanna Marin - 35 ans - Finlande  

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Sanna Marin est devenue le 11 décembre 2019 la troisième femme première ministre de la République de Finlande. Elle a vu le jour le 16 novembre 1985 et grandi au sein d’une famille «arc-en-ciel», élevée par deux femmes. 

Ancienne ministre des Transports, elle est à la tête d’une coalition formée de cinq partis, tous menés par des femmes. 12 des 19 postes de ministre de ce pays sont d'ailleurs occupés par des femmes. 

Kim Jong-un - 36 ans - Corée du Nord  

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Arrivé au pouvoir en décembre 2011, Kim Jong-un a souvent fait parler de lui. En 2019, le dirigeant suprême a rencontré le président américain Donald Trump. Cette rencontre «historique» survenait après des années de tensions et de discussions autour de la dénucléarisation de l'État nord-coréen.

 RD