Article d'Yvon Dallaire, Journal de Québec, 8 février 2014
Pour les couples mariés durant les années 70, la probabilité de divorce s’élève à près de 50 %.
Le taux de divorce continue d’augmenter dans tous les pays pour
lesquels l’Organisation mondiale de la santé compile des statistiques.
D’une moyenne de 5 % qu’il était en 1890, ce taux est passé à 18 % en
1920 et à 30 % en 1950.
Pour les couples mariés durant les années 70, la probabilité de divorce
s’élève à près de 50 %. On estime à 67 % la possibilité de divorce des
couples mariés depuis 1990. Et 50 % des couples qui divorcent le font
avant la 5e année.
Le couple va mal
Le taux d’échec des couples reconstitués est de 10 % à 20 % supérieur
au premier mariage et survient plus rapidement. Parmi les couples qui
survivent, les psychologues estiment que plus de la moitié se résignent
et se supportent pendant des décennies. Ce qui laisse un maigre 15 % à
20 % de couples véritablement heureux à long terme.
Passé le temps de la lune de miel pendant laquelle chacun se présente
sous son plus beau jour, vient le moment où les deux partenaires se
dévoilent sous leur vrai jour. Ils entrent alors dans une lutte pour le
pouvoir qui se termine soit par la soumission de l’un et de l’autre dans
une espèce de co-dépendance émotive, sexuelle et financière, soit par
le divorce désiré par l’un ou l’autre ou d’un commun accord.
Ces personnes, heureuses le temps de la passion, partent alors à la
recherche d’un nouveau partenaire et recommencent le même scénario:
séduction, passion, compétition, séparation.
Les causes du divorce
L’amour et la bonne foi sont rarement en cause. Plusieurs facteurs
expliquent l’augmentation croissante des divorces, entre autres:
► L’ignorance des différences homme – femme;
► La méconnaissance des dynamiques relationnelles;
► L’espérance de vie qui a doublé depuis 1850;
► La baisse de la pratique religieuse et le relâchement des mœurs;
► La plus grande liberté sexuelle due à la découverte de la pilule;
► Les lois plus permissives sur le divorce par consentement mutuel;
► La culture du Moi et la philosophie du «ici et maintenant».
► La culture des loisirs à tout prix.
On divorce aujourd’hui pour des raisons beaucoup plus subjectives
(incompatibilité de caractères, désaccord au sujet des priorités de vie,
partage non équitable des tâches…) que les raisons traditionnelles
objectives et vérifiables, en vigueur avant la loi actuelle sur le
mariage: violence, non-consommation du mariage, alcoolisme ou
toxicomanie, refus de pourvoir ou infidélité.
L’émancipation féminine
L’émancipation féminine, favorisée par une plus grande autonomie
financière des femmes, semble toutefois être l’élément majeur: les
femmes d’aujourd’hui n’acceptent plus, avec raison, de vivre des
situations que leurs grands-mères n’avaient pas le choix de supporter en
raison de leur dépendance financière.
Les hommes et femmes divorcent parce qu’ils ne se sentent pas heureux
dans le mariage ou parce qu’ils ne réussissent pas à se développer sur
le plan personnel. Et les femmes, plus que les hommes, ont l’impression
que les liens du mariage les transforment et les étouffent, leurs plus
grandes attentes n’étant pas satisfaites.
C’est la sociologue féministe Évelyne Sullerot qui disait que les
femmes ne supportent pas le quotidien sans la romance: «Je m’ennuie,
donc je veux refaire ma vie».
Il serait toutefois sexiste de faire porter tout le blâme sur cet
égoïsme féminin, car beaucoup d’hommes ne remplissent pas véritablement
leur part de responsabilités conjugales et domestiques et «poussent»
ainsi leur femme à demander le divorce.
De nombreux hommes considèrent leur femme acquise et ne font pas les
efforts nécessaires pour entretenir l’harmonie conjugale, ignorant même,
délibérément ou non, les nombreux appels et avertissements de leur
partenaire sur leur insatisfaction conjugale: «Ça va lui passer!»
RD