Vivre la vie d'un Senior

lundi 10 octobre 2011

Les modes de vie : La simplicité volontaire comme option

Connaissez-vous la simplicité volontaire?



La simplicité volontaire fait partie des remèdes universels à notre portée pour remédier à moyen et long terme aux abus au niveau de l’exploitation des ressources rares de notre Planète.

Depuis que l’environnement est devenu une préoccupation mondiale quasi journalière, il y a lieu de réfléchir sur les pratiques qui vont permettre de corriger le tir au cours des prochaines années.

C’est aussi une bonne façon de préparer et de vivre sa retraite en visant l’essentiel plutôt que le superflu. Nous pourrons alors garder à peu près le même niveau de vie, tout en se gardant beaucoup de temps à soi. La période de la retraite arrivera beaucoup plus vite et sera d’autant plus appréciée que l’on aura plus de temps libre, moins de stress et plus de moments heureux dans notre vie de tous les jours. 

En plus, une longévité prolongée nous est promise comme bonus pour avoir su mieux gérer ses besoins, de quelque nature qu’ils puissent être.
Il y a dans ce concept du bon sens et une acceptation des limites de notre environnement terrestre. Voici ce que nous révèle un article de l’encyclopédie libre Wikipédia sur la simplicité volontaire.

Le concept de la simplicité volontaire

La simplicité volontaire est un mouvement de société, à base plus individuelle qu'institutionnelle, qui propose à chacun de réduire sa dépendance à l'argent et à la vitesse, à libérer du temps pour la communauté plutôt que de l'utiliser pour gagner plus d'argent, de favoriser les comportements écologiques et respectueux de la société.

On peut tracer son origine en Europe dans les écrits de Léon Tolstoï et de John Ruskin (« Unto This Last »). Il est représenté en France notamment par les Communautés de l’Arche de Lanza del Vasto, inspiré par Gandhi, lui-même inspiré par Ruskin. Il existe aussi en Amérique du Nord, et particulièrement au Canada, sous l'influence de penseurs comme Serge Mongeau et des éditions Écosociété.

Les fondements

L'idée est de chercher la simplification pour améliorer sa qualité de vie. Cette philosophie de vie est née de la constatation que la consommation n'apporte pas le bonheur et accroît l'aliénation. Dans la société de consommation, on consacre son temps à gagner toujours plus d'argent pour satisfaire des besoins matériels de plus en plus nombreux qui pourtant ne le seront jamais en raison de leur renouvellement incessant. L'idée de la simplicité volontaire est de moins consommer, donc d'avoir moins besoin d'argent et moins besoin de travailler. En diminuant la contrainte de la consommation et du travail, on gagne alors du temps pour ce qui est important pour soi.

Une philosophie

« La simplicité volontaire n'est pas la pauvreté ni le sacrifice. C'est un choix de vie délibéré. À ce propos, nous pourrions citer une maxime du philosophe Henri Bergson : "Ce qui est beau, ce n'est pas d'être privé, ni même de se priver, c'est de ne pas sentir la privation". D'ailleurs, le philosophe français a écrit avec une grande perspicacité, dans le dernier chapitre de son dernier livre — Les deux sources de la morale et de la religion — un diagnostic de la situation dans laquelle nous nous trouvons présentement face au problème de la surconsommation : "Jamais, en effet, les satisfactions que des inventions nouvelles apportent à d'anciens besoins ne déterminent l'humanité à en rester là ; des besoins nouveaux surgissent, aussi impérieux, de plus en plus nombreux. On a vu la course au bien-être aller en s'accélérant, sur une piste où des foules de plus en plus compactes se précipitaient. Aujourd'hui, c'est une ruée." (1932) la simplicité volontaire se veut justement comme une solution à cet engouement pour les produits de consommation que prévoit Bergson. En précurseur de ce courant, il précise les conditions de réalisations de cet idéal comme suit : "l'avenir de l'humanité reste indéterminé, parce qu'il dépend d'elle." Il faudrait donc miser, selon Bergson, sur une éducation qui permet à la fois de comprendre l'impact de notre consommation grâce aux connaissances scientifiques et à la fois de développer notre goût pour des objets qui favorise véritablement notre accomplissement personnel.

Conscience environnementale

Ainsi, la simplicité volontaire, dans le sens où elle limite la consommation de biens matériels, contribue à ralentir la destruction des ressources naturelles ; l'écologie et la préservation de l'environnement font partie des préoccupations premières des volontaires.

Influences multiples

On peut considérer Ivan Illich et son ami Jacques Ellul comme deux des pères de l'idée de décroissance et de simplicité volontaire. Dans le domaine de la philosophie, on peut remarquer des similitudes frappantes entre la simplicité volontaire et la philosophie d'Épicure, dont Bergson se réclame d'ailleurs explicitement. En effet, Épicure procède à une critique des besoins qui ressemble fort à celle proposée par la simplicité volontaire. Les deux pensées nous invitent à discerner le nécessaire du superflu, le naturel de l'artificiel, et à un retour vers la simplicité.

En bref, si l'on peut dégager aujourd'hui un courant de pensée dont les individus tentent de modifier leur impact environnemental, ainsi que de sensibiliser le reste de la population à cet enjeu, on trouverait de nombreuses traditions à travers l'histoire de l'humanité qui ont été aspiré par le même idéal. Que l'on pense par exemple à tous les groupes religieux tels que celui lié à François d'Assise, et même avant la secte des esséniens (adepte de l'alimentation crue) — ceci pour l'occident — et du côté oriental on trouverait également de nombreux mode de vie liés notamment à l'hindouisme et au bouddhisme.

Socrate à Callicles : "Les plus malheureux, ce doit être ceux qui ne peuvent garder ce qu’ils ont reçu [...]ces hommes déraisonnables [dont l'âme est] incapable, par défiance et par oubli, de ne pas laisser fuir son contenu. Tout cela, j’en conviens, est passablement déconcertant ; il est certain que cela met en lumière ce que j’ai l’intention de te faire voir, à condition que je sois capable de te convaincre d’échanger ta vie d’insatiabilité et d’incontinence contre celle qui se comporte d’une façon réglée, et de préférer une vie qui trouve suffisance et contentement dans ce qui lui est à chaque fois présent !" Gorgias (493 c, trad. L. Robin) ».

Mise en œuvre

 « À la différence de la décroissance soutenable, l'approche promeut plutôt l'initiative individuelle que des mesures collectives institutionnalisées.»

Le discours d’un précurseur en la matière

Rien de mieux qu’être à l’écoute d’une personne qui a mis en pratique pendant de nombreuses années l’art de la simplicité volontaire.

Organisée par l'Acef de l'Est de Montréal, voici l’intégrale d’une conférence donnée par le Dr Serge Mongeau le 24 novembre 1998 à la Bibliothèque Langelier.

« D'abord merci aux gens de l'ACEF qui me donnent périodiquement la parole et la possibilité d'exprimer mes idées.

Je n'ai pas l'intention ce soir de vous faire un exposé savant, plein de références et de statistiques sur la situation actuelle. Je le fais dans mes livres. Je pense que quand on a l'occasion de rencontrer un auteur, un écrivain, c'est l'occasion de partager. Je ferai donc place à l'échange suite à mon exposé.

Je désire réfléchir avec vous et vous livrer aussi le fruit de ma propre réflexion. Il y a longtemps que j'adhère à cette idée de la simplicité volontaire qu'il ne faut pas confondre avec la pauvreté.

La simplicité volontaire, c'est de s'écarter du courant de la consommation dans lequel on se laisse entraîner à croire que c'est en consommant, en achetant, en acquérant des biens qu'on peut être beaucoup plus heureux et répondre à ses besoins. Or, la plupart de nos consommations ne répondent pas à nos vrais besoins, ceux qui nous permettraient vraiment de nous épanouir.

Simplifier sa vie, c'est aller à ce qui est important pour nous et laisser tomber le reste. En fait, simplifier sa vie ça demande beaucoup moins d'argent et quand on a moins besoin d'argent, on a moins besoin de travailler, on a plus de temps pour vivre, pour faire les choses qui sont importantes.

J'ai toujours eu personnellement une vie simple, sans doute en bonne partie à cause de mon éducation et surtout à cause de l'influence de ma mère qui a su gérer notre budget familial limité pour nous assurer une vie sobre mais de qualité. Elle a réussi cela malgré la grande propension à la dépense de mon père qui, si on avait suivi ses tendances, aurait entraîné de l'endettement. Nous n'aurions pas pu vivre longtemps avec son faible salaire. Donc j'ai hérité de ma mère le sens de l'économie, comme le définit le Petit Robert : l'art de bien administrer sa maison, de gérer les biens d'un particulier.

Mais mon éducation n'était qu'une base. Très vite dans la vie, j'ai découvert que sur Terre, nous ne sommes pas égaux. Qu'il y a des personnes avec plus de richesses, plus de chance, plus de talent ou plus de beauté. Il y a des gens qui vivent dans la misère et d'autres pas. J'ai toujours trouvé cela inacceptable. Très vite dans la vie, la réalité m'a montré que ce qui faisait la différence entre les uns et les autres n'était pas tant l'argent ou les biens possédés, mais les ressources intérieures.

Tout au long de ma vie, ces deux influences - le sens de l'économie et la conscience des iniquités sociales - ont été présentes. Et certaines circonstances m'ont amené à progresser dans cette voie, parfois assez rapidement. Par exemple, quand j'étudiais en sciences politiques, j'étais au Chili. C'était à la fin du régime Allende, donc à une période où l'opposition au régime Allende faisait tout pour aggraver la situation économique du pays et créait des pénuries artificielles. Beaucoup de biens de consommation auxquels nous sommes habitués n'étaient pas disponibles. Il fallait acheter la viande au marché noir, sinon on n'avait de la viande qu'une fois par semaine. Pour des Québécois typiques qui, avant d'aller au Chili, étions des mangeurs de viande hachée apprêtée de toutes les façons possibles, plusieurs fois par semaine, il a fallu nous habituer à manger autrement, pour découvrir que nous ne nous en trouvions que mieux.

J'ai toujours vécu fort sobrement mais jamais pauvrement, en essayant de partager ce dont j'étais le plus comblé et qui me semblait le plus manquer à tant de gens, c'est-à-dire la connaissance. C'est pourquoi j'ai commencé à écrire si tôt et dans des médias populaires. J'ai écrit longtemps dans Photo Journal, dans Dimanche Matin, dans Québec Presse. Et mes livres, mes premiers livres étaient des partages de connaissances.

La Simplicité volontaire, dont j'ai publié la première édition en 1985, était un livre d'un autre type. C'était un livre de réflexion et peut-être aussi avec un peu de sagesse.

C'était une réflexion profonde sur la santé parce que je l'ai publié dans la Collection Santé. En fait, j'avais découvert que les problèmes de santé dans nos pays industrialisés sont des problèmes de surconsommation. Ces maladies de civilisation sont causées par nos façons de vivre où on est dans la surabondance. J'ai essayé de voir comment vivaient les gens qui réussissent à vivre longtemps et en santé dans certaines sociétés. J'ai également réfléchi en me demandant comment nos organismes étaient faits.

Finalement, j'ai découvert que nos façons de vivre actuelles ne répondent pas à nos besoins. Ces besoins sont certainement physiques mais il y a plusieurs autres besoins. En fait, j'ai identifié cinq piliers de la santé, qui sont :

  • une alimentation saine;
  • l'activité physique;
  • la lutte contre le stress;
  • des possibilités d'épanouissement personnel;
  • un environnement sain.

Quand on regarde de quelle façon nous avons laissé notre société se construire ou que nous l'avons construite, nous constatons que cette société de consommation ne permet pas de donner des bases solides à la santé, ne permet pas de solidifier ces piliers.

Au niveau de l'environnement par exemple, on sait que l'air est de plus en plus pollué. L'eau contient de plus en plus de substances qui ne devraient pas y être. On développe le nucléaire et il y a des radiations dans l'air. On s'en aperçoit avec l'augmentation constante des cancers, des allergies...

Au plan alimentaire, il y a énormément de produits qui sont accessibles mais qui sont souvent transformés d'une façon telle que nos organismes ne savent pas toujours comment en disposer.

Au plan de l'activité physique, de plus en plus de machines font les efforts à notre place mais cela entraîne que nos muscles ne travaillent plus. Pour que notre organisme travaille bien, on a besoin de faire travailler nos muscles.

Au plan du stress, c'est une lutte constante pour garder son emploi, pour faire mieux que les autres, pour savoir comment on va vivre le lendemain.

Au plan de nos sociétés, les relations sociales sont de plus en plus difficiles. On est de plus en plus individualiste. On assiste à une violence grandissante qui nous entoure de partout.

En fait, la société de consommation, quand on y réfléchit, c'est une société idéale pour l'industrie et le commerce. On n'a qu'à voir qui y gagne actuellement pour le constater. Et les effets d'une telle société, c'est une augmentation constante de l'individualisme, qui entraîne une multiplication de la consommation. C'est bien évident qu'avec les familles éclatées que nous avons actuellement, ça prend au moins deux fois plus de frigidaires, deux fois plus de machines à laver, etc... 
Moins les gens partagent, plus ça fait l'affaire des fabricants et des vendeurs.

C'est une société où on augmente la dépendance parce que la quantité de biens qu'on peut consommer étant quand même limitée, c'est maintenant des services qui sont vendus. Les gens sont dépossédés d'un savoir qu'ils auraient pu acquérir mais qui maintenant devient la propriété de spécialistes auxquels on se réfère pour tout et pour rien. On n'a qu'à voir le développement de toutes sortes de nouvelles spécialités : des sexologues, des récréologues... pour comprendre que plus ça va plus on nous organise, plus on pense notre vie à notre place.

C'est une société où il y a aussi une perte de liberté inouïe parce que, comme avec le crédit on a engagé nos années futures, on n'a plus le choix de ne pas gagner d'argent pour survivre. On n'a plus de liberté face à nos emplois puisqu'il faut que l'argent rentre.

C'est une société qui développe aussi la passivité parce que les gens, après tant d'heures de travail, sont fatigués, manquent de temps et sont soumis à un martèlement constant par les médias, ce qui fait qu'on ne peut plus penser par soi-même.

C'est une société où l'exploitation augmente continuellement. On le constate de plus en plus avec la mondialisation actuelle. On exploite les gens de plus en plus loin dans d'autres pays, avec les conséquences que ça a ici aussi. On produit ailleurs, on crée du chômage ici.

C'est une société qui est en train de détruire son environnement. Aux éditions Écosociété où je travaille, nous sommes à préparer un livre qui sortira au printemps « Notre empreinte écologique », écrit par deux Canadiens de l'Ouest. Ils ont essayé de mesurer notre impact sur l'environnement. Ils ont calculé la surface de terrain nécessaire pour répondre à notre consommation moyenne. Un Canadien moyen, pour répondre à toute sa demande en énergie, en vêtements, en aliments... prend 4,3 hectares (207 mètres par 207 mètres). Ils ont calculé également la superficie disponible actuellement sur la Terre (en comptant une partie des mers qui fournit des aliments...) et il y a 1,5 hectare disponible par habitant. Si nous consommons 4,3 et qu'il y a 1,5 disponible par habitant, ce qui se passe c'est que si tout le monde consommait comme nous, ça prendrait trois Terres pour répondre à cette consommation. Ce qui se passe aussi c'est qu'il y en a qui sont obligés de prendre moins et, on le sait, il y a plus d'un milliard de personnes qui vivent avec moins de 1 $ par jour.

Il y a beaucoup d'avantages à moins consommer. D'abord pour la santé. La plupart de nos consommations actuelles ne répondent pas à nos besoins. Pour la vie de famille, il y a aussi des avantages parce que la plupart des activités de consommation isolent. Si on consomme moins, on se retrouve davantage ensemble. Parfois, à l'occasion d'un bris de machine à laver la vaisselle, on redécouvre que ce moment en était un d'échange.

Pour nos communautés, c'est aussi un immense avantage de moins consommer. Si chacun n'a pas tout en sa possession, il faut partager, ce qui développe la solidarité. Nous sommes essentiellement des êtres sociaux qui avons besoin les uns des autres.

C'est un avantage également pour notre sécurité économique de moins consommer. Avant d'aller au Chili, nous étions une famille typique de banlieue, avec deux autos... Au retour du Chili, en 1974, nous nous sommes posés la question de garder ou non 2 autos. Le CAA évaluait à l'époque qu'un véhicule coûtait 3 500 $ par année. On s'est dit qu'avec cette somme, on pouvait en prendre des taxis dans une année ! On a donc décidé de ne garder qu'une auto. Au bout de l'année, on s'est aperçus qu'on n'avait jamais pris un taxi, on avait utilisé le transport en commun, notre auto, nos vélos. J'ai fait le calcul, de 74 à 95, avec les chiffres fournis par le CAA - soit dit en passant en 95, on était rendu à 7 700 $ par année comme coût d'une auto - on a mis dans nos poches 110 000 $. Je ne compte pas les intérêts que cet argent-là a pu rapporter en le mettant à la banque...

Moins consommer est aussi un grand avantage pour l'environnement. En étant sur une planète limitée, tout ce qu'on envoie dans l'air ne va pas ailleurs, les ressources sont limitées. Nos sociétés sont construites sur une croissance qui se veut, elle, illimitée. Une croissance à 3 % ou 4 % signifie que, dans 10 ans, on aura doublé la consommation. D'un côté, une planète limitée et de l'autre une croissance illimitée, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans ce calcul. Surtout qu'on dépasse déjà la capacité de la Terre d'absorber le résultat de notre consommation. Il n'y a pas d'alternative et tous les écologistes sérieux le disent : il va falloir, dans nos pays industrialisés, réduire notre consommation. La responsabilité de le faire revient à chacun d'entre nous.

Il ne faut pas s'attendre à ce que nos gouvernements prennent des initiatives dans ce sens-là tant qu'il n'y aura pas de mouvement de masse qui fera pression. Et un mouvement de masse se crée à partir d'individus. Les gouvernements pour l'instant nous chicanent si on diminue notre consommation. Ils nous disent qu'on est de mauvais Canadiens parce qu'il faut acheter pour relancer l'économie, créer des emplois... Il faut se remettre dans une autre direction qui est celle de la simplicité volontaire.

Globalement, pour notre épanouissement, il y a énormément d'avantages à moins consommer. J'ai recueilli au fil des ans quelques petites réflexions. Je vais vous en lire quelques-unes : (tirées du livre La Simplicité volontaire)

" La plupart du temps nous n'avons pas vraiment besoin de tout cet argent que nous gagnons et en conséquence, nous n'aurions pas besoin de travailler autant. Nous avons besoin de temps pour relaxer, pour jouer, pour faire l'amour, pour être heureux. Nous avons besoin d'amitié et d'amour. Les assurances et les comptes en banque qui nous tiennent lieu de protection contre les malheurs futurs ne peuvent remplacer complètement la solidarité "

" Avant, quand les gens passaient au feu, on organisait une corvée et on allait les aider à reconstruire leur maison. On leur donnait beaucoup plus qu'une maison. On leur donnait de l'amour, de la chaleur, de la solidarité. On se créait des amitiés indéfectibles."

" Nous avons besoin de bouger, de jouer, de prendre contact avec la nature. Nous avons besoin de nous sentir engagés dans une cause, de nous sentir importants, de participer pleinement à notre milieu social ".

Ce n'est pas qu'une responsabilité ou un devoir, passer à la simplicité volontaire, c'est un choix pour devenir plus heureux. C'est un choix pour revenir aux vraies valeurs : passer à l'être par rapport à l'avoir, à la qualité par rapport à la quantité, à la solidarité par rapport à l'individualisme, à la participation par rapport à la compétition, à l'autonomie par rapport à la dépendance.

Comment faire ça ? Je n'ai pas l'intention de vous donner de recettes mais il y a une foule de trucs. Globalement, il s'agit d'organiser sa vie pour travailler moins et, dans le temps qu'on récupère, faire certaines activités qui vont faire que ça va nous coûter moins cher pour vivre. Donc, c'est un peu lancer la roue de l'autre côté de la consommation.

Par exemple, faire un potager ou faire sa couture ou sa cuisine, ça prend du temps mais tout cela peut diminuer nos besoins budgétaires. Ce qui est important, c'est la volonté de s'en aller dans cette direction-là, c'est l'esprit. Ce qu'il faut comprendre c'est qu'à mesure qu'on fait des pas dans cette direction, ces pas nous font découvrir d'autres choses.

L'autre jour en conférence j'ai reçu le témoignage d'une dame qui demeure à Montréal, travaille à Châteauguay et joue au bowling à St-Hubert. Elle s'est demandé si elle serait capable de vivre sans automobile. Elle s'est donné un mois, sans vendre l'auto tout de suite, pour vérifier si elle pouvait s'en passer avant de prendre sa décision. Elle a laissé l'automobile devant la porte et a commencé à prendre l'autobus. Elle a constaté qu'elle a repris goût à la lecture parce qu'elle a le temps de le faire dans les transports et, comme le soir elle a le goût de poursuivre le livre commencé, elle écoute moins la télévision, et ne s'en trouve que mieux. Puisqu'elle marche davantage de chez elle au métro, de l'autobus au travail et vice versa, elle se sent plus en forme et son bowling s'est amélioré. Finalement, elle avait trouvé beaucoup d'avantages en plus du fait que ça lui coûte beaucoup moins cher que d'entretenir une auto.

Un de mes amis qui a été très malade a dû, suite à un repos complet, retourner au travail d'abord à temps partiel. Quand il a été suffisamment en forme pour retourner à temps plein, il s'est rendu compte qu'il avait réussi à ajuster son niveau de vie au revenu d'un temps partiel et qu'il s'en trouvait en général plus heureux avec plus de temps à lui pour faire tout ce qu'il n'avait pas le temps de faire avant. Il a donc décidé de demeurer à temps partiel.

Un exemple dans ma vie : j'écris et j'aimais beaucoup lire les journaux mais au bout d'un an ça coûte assez cher. J'ai demandé à une voisine qui recevait les journaux si, après les avoir lus, elle pourrait me les garder et que je passerais de temps en temps. Au bout d'un certain temps, j'ai découvert que je n'y allais pas aussi souvent que j'aurais pensé mais j'ai découvert aussi que lire les journaux après plusieurs jours est une façon différente de les lire. Je les lis en commençant par les plus récents donc j'ai déjà la fin de l'histoire et je n'ai pas besoin de lire tous les articles précédents. Les articles de fond qui sont essentiels, ils y sont toujours, et le monde continue à tourner même si je ne suis pas au courant chaque jour.

J'ai un grand potager. Les avantages sont multiples : en plus d'avoir de bons légumes, ça me permet le contact avec la nature, ça me permet de faire de l'exercice.

J'ai également quelques couples d'amis qui, ayant des enfants, se sont demandés comment organiser le temps avec les enfants. Devaient-ils confier la garde des enfants à la télévision, comme plusieurs, ou comment s'organiser ? Ils ont décidé de systématiser la garde : le lundi, tous les enfants se retrouvent chez l'un, le mardi, c'est chez l'autre. Ça permet de dégager la mère de famille et, en plus de ne pas payer de garderie et de socialiser les enfants, ça tisse des liens entre ces couples qui vivent une expérience de solidarité.

Donc, chaque fois qu'on pose des gestes dans ce sens, ces gestes entraînent toutes sortes d'effets secondaires bénéfiques.

Il y a des étapes dans cette approche. La première étape est sûrement de réfléchir, de se poser des questions : 

  • Qu'est-ce que je fais de ma seule vie ?
  • Qu'est-ce qui m'empêche de faire aujourd'hui ce que j'aimerais faire à ma retraite ?
  • Qu'est-ce que je vis actuellement et qui ne reviendra jamais ?

En particulier avoir de jeunes enfants. Souvent pour que les enfants ne manquent de rien, les parents travaillent comme des fous, inscrivent les enfants à toutes sortes d'activités. Il manque l'essentiel : passer du temps ensemble.
  • Quand je mourrai, qu'est-ce que j'apporterai avec moi ?
  • Quand je serai mort, qu'est-ce que je voudrais que les gens disent de moi ?

Que j'étais celui qui avait la plus belle tondeuse sur la rue, la plus belle auto ou que j'étais quelqu'un de bien, quelqu'un qu'on aimait ?

Quand on a réfléchi et décidé de prendre certaines mesures, il y a des moyens concrets qui se présentent. Certaines dépenses peuvent être coupées et l'ACEF aide les gens dans ce sens-là.

Par exemple, la deuxième auto ou même l'auto, car certains organismes existent pour permettre de partager le coût d'une auto, tout en permettant d'y avoir accès au besoin comme « COMMUNAUTO », une coopérative d'autos. Les agences de location existent pour les besoins occasionnels. Pour ce qui est du téléphone aussi, combien de gadgets inutiles on peut éviter.

Deuxièmement, couper dans le crédit est essentiel également, pour ne pas payer deux fois la valeur des objets qu'on achète. Il faut commencer à se dire " J'achèterai cela quand j'aurai les moyens de le payer comptant ". Un truc pour s'aider c'est de commencer, tout comme on dit de tourner sa langue sept fois avant de parler, à prendre sept jours avant de procéder à un achat. Vous allez voir qu'il y a bien des choses que vous n'achèterez pas, que ce soit tel disque, tel livre...

Troisièmement, échapper à la propagande. On est martelé par la publicité, il ne faut pas s'illusionner, cette publicité est efficace. Ce n'est pas pour rien que les entreprises y investissent autant d'argent. On a calculé qu'en moyenne, chacun d'entre nous est exposé à 1500 messages par jour par la radio, la télévision, les affiches, les revues, partout dans les rues sur les commerces eux-mêmes, les toilettes, internet... Un des moyens d'y échapper est certainement de mettre un terme à la télévision.

Je n'ai pas une très bonne opinion de la télévision, comme vous pouvez le constater dans mon livre. Beaucoup de gens me disent qu'il y a des bonnes choses à la télévision mais d'après mon expérience, l'information n'y est jamais complète parce ce médium coûte cher donc on compresse, on ne tolère pas les nuances. Pour ma part, je n'ai pas de télévision depuis 10 ans et je ne m'en porte que mieux. Bien sûr, je ne peux pas tenir une conversation sur le dernier épisode de " La Petite Vie " mais je pense que j'ai d'autres sujets qui me permettent de discuter avec les gens.

Il est important de choisir aussi nos relations. Si on côtoie des gens très consommateurs avec qui c'est toujours la tournée des grands ducs et qu'on ne se sent pas encore très fort pour résister à ce courant, ça peut être bon d'éviter de les voir pendant un bout de temps.

Il faut aussi se permettre des écarts. La simplicité volontaire ce n'est pas l'ascèse, la pauvreté, c'est l'austérité joyeuse (comme disait Ivan Illitch). On doit se permettre de temps en temps, en choisissant mieux, de faire exception à nos règles, de se faire des fêtes qui deviennent vraiment des événements. Tout est une question de choix.

Respecter les autres. On ne doit pas devenir des faces de carême, des prêcheurs, des consciences ambulantes. Faisons ce qui est important pour nous, épanouissons-nous, nous deviendrons des exemples.

Y aller progressivement. Quand on fait les changements de façon trop radicale, il y a de fortes chances qu'on se décourage, qu'on abandonne, qu'on se remette à consommer encore plus parce qu'on a eu le sentiment de se priver. Allons-y selon notre rythme. Ce n'est pas une recherche de souffrance. Il s'agit de se poser constamment la question : est-ce que ce que je vis actuellement me convient ?

Par contre, même en y allant progressivement, parfois il y a des sauts à faire. Par exemple, si on laisse tomber l'automobile, c'est un gros changement. Si on décide de laisser un emploi qui ruine notre santé et notre équilibre pour en prendre un autre moins payant, c'est aussi un gros saut. On peut s'y préparer pour se sentir prêt. C'est possible alors d'en assumer la responsabilité et les conséquences qui ne sont pas toujours confortables, qui sont insécurisantes.

Développer des solidarités. Il faut être capable de compter sur les autres. Il faut cesser d'avoir peur de demander, ou d'utiliser sans remords les mesures sociales qui sont là pour nous aider dans les périodes difficiles.

S'engager dans la société. C'est difficile de s'engager seul dans cette voie. Plus nous nous doterons d'organismes communautaires dans ce sens, plus nous pourrons nous permettre de vivre avec beaucoup moins. Plusieurs choses peuvent se réaliser : ateliers de réparation ou de fabrication de meubles communautaires, des jardins communautaires (s'il n'y en a pas assez, faisons pression pour en avoir plus)...

Chacun selon ses possibilités peut s'engager à sa façon afin de diminuer la consommation globale sur la planète. Pour ma part, j'écris. Je suis un de ceux qui ont initié la maison d'édition Écosociété parce que je pense qu'il est important d'éveiller les gens à ces réalités et à la redécouverte de certaines valeurs.

Un bon livre de référence : « La voie de la simplicité ! Pour soi et la planète »[1]

« Depuis un certain temps, on assiste à l’éveil grandissant de la population quant aux effets pervers du surtravail et de la surconsommation. Pour contrer ces phénomènes, il n’y a pas mille solutions: aussi, les gens sont-ils de plus en plus nombreux à s’engager dans une démarche de simplicité volontaire. La voie de la simplicité s’inscrit dans ce vaste mouvement de société. Comme l’explique Mark A. Burch, la simplicité volontaire n’est pas une fin, mais un moyen: un moyen pour ramener sa consommation à un niveau plus cohérent avec ses vraies valeurs, pour pouvoir choisir parmi ce qui est offert, dans le sens d’un épanouissement véritable.

Un être humain est plus qu’un corps à rassasier et la simplification de sa vie lui permet d’explorer le mystère de sa nature profonde. Dans le tumulte incessant de la société de consommation, les gens sont emportés dans un tourbillon d’obligations, d’influences et de compétition qui accaparent tout leur temps. Or, on a besoin de temps pour se pencher sur les vraies questions et pour donner un sens à sa vie. Cet ouvrage renseignera les nombreuses personnes intriguées par la simplicité volontaire; il aidera aussi celles qui ont déjà amorcé une démarche en ce sens à poursuivre leur réflexion et à approfondir leur choix. La simplicité volontaire permet de commencer à agir ici et maintenant, pour améliorer son propre sort, celui de la collectivité et celui de la planète tout entière; c’est un moyen de reprendre en main le contrôle de sa vie et de retrouver son pouvoir devant ce que les dirigeants présentent comme un futur inévitable. »

RD


[1] Auteur: Mark A. BurkFormat : grand, 237 pages, - 1er trimestre 2003, Éditions Écosociété - ISBN 2-921561-94-0-816, 22 $CAN. Mark A. Burch est professeur à l’Université de Winnipeg, au Manitoba. Il possède une longue expérience d’animateur d’ateliers sur la simplicité volontaire, qu’il applique depuis longtemps dans sa vie personnelle. http://www.naute.com/penserie/simplicite.php


Les modes de vie : le «cocooning»


Définition du cocooning

On a nommé cocooning l'attitude consistant à se trouver si bien chez soi qu'on n'est guère poussé à en sortir excepté pour les nécessités vitales. L'idée est assez proche de ce que l'on nomme en français plus classique un comportement casanier (de casa, maison).

En ce début de XXIe siècle, on voit se généraliser l’usage des appareils électroniques (visioconférence, Internet, appareils multimédia divers). On dit que les objets informatiques d'aujourd'hui se simplifient pour développer le cocooning : téléphone-agenda, home cinéma, DVD, TV et ordinateur hi-fi, etc.

Parallèlement, les coûts du carburant, la crainte d'attentats et les difficultés financières commencent à diminuer l'enthousiasme d'une partie de la population pour les voyages, et favorisent l’émergence d’une certaine tendance au cocooning.

Tendance et positionnements[1]

Au mode « cocooning » viennent se greffer d’autres tendances et positionnements qui changeront la face de bien des sociétés occidentales :

  • Une valorisation universelle et agressive en Occident des comportements et valeurs jeunes : dynamisme, audace, nouveauté permanente, force physique, apparence, « fun factor ». Une situation en contradiction avec le poids démographique et économique croissant des seniors.
  • Les seniors « Forever Young » seront parmi les plus fervents adopteurs de codes jeunes. L’évolution démographique et la remise en cause de concepts (« nouvelle économie », primauté des nouvelles technologies…) favoriseront le développement d’un contre-trend puissant réintégrant davantage de valeurs seniors (sagesse, art et culture, réflexion) combiné à la poursuite du trend « jeune » dans les aspects apparence physique et refus du vieillissement.
  •  La bonne santé physique, la volonté de rester actif et l’expérience peuvent permettre d’envisager le développement d’un marché du travail significatif pour les retraités.
  • La communication, notamment publicitaire valorisera de plus en plus le modèle retraité aisé et en forme « Forever Young »
  • La convergence des centres d’intérêts (loisirs, sport, travail…) et les modes de consommation vont dépendre davantage des appartenances socio-culturelles que des groupes d’âge.

Il y aura un développement probable en Europe d’un modèle type « Sun City » de ségrégation volontaire des seniors et regroupement d’habitat dans des zones spécifiques. C’est un mouvement déjà ébauché dans le cadre des migrations de vacances mais qui pourrait devenir plus profond sous l’influence de motivations puissantes : héliotropisme, partage des mêmes rythmes de vie, aisance financière, volonté de rester très actif et de recréer des réseaux d’amitié parfois négligés pendant la période professionnelle, recherche de sécurité…

Une vision sociale du cocooning

Dans un document relativement court intitulé « Cocooning », l’auteure Perla Serfaty-Garzon décrit le phénomène du cocooning[2] et ses principales caractéristiques sociologiques.

« Le cocooning est une recherche de confort et de sécurité chez soi qui traduit le besoin de se protéger contre les réalités, perçues comme dures et imprévisibles, du monde extérieur.

La notion de nidification, qui évoque l’art et le besoin de se bâtir un nid, et, par extension, une maison douillette et sûre, n’est pas entièrement réductible au concept de cocooning, en ce sens qu’elle ne fait pas référence à la nécessité de se défendre activement contre un monde social agressif et violent.

Le retrait dans un sanctuaire privé comme réponse à un monde social menaçant

Ce néologisme est forgé au début des années 80 aux États-Unis pour résumer une analyse intuitive de l’évolution des modes de vie et de consommation sur la base d’observations telles que la croissance de l’intérêt populaire pour l’art de vivre et l’aménagement du chez-soi et celle des industries de la rénovation et du bricolage. Sa force d’évocation de l’aspiration à un retrait au coeur d’un sanctuaire privé est immédiatement popularisée par les médias, avec d’autant plus de succès que cette notion transmet bien l’intensité moderne du sentiment du droit de chacun à une intimité inviolable qui doit être bâtie en réponse à un monde social tumultueux et menaçant.

Si l’adéquation de cette dernière image à la réalité sociale peut être sérieusement mise à l’épreuve, il n’en reste pas moins que la popularité de la notion de cocooning traduit plusieurs choses à la fois : la place du chez-soi dans l’affirmation du droit à l’intimité personnelle et familiale, une sensibilité et une demande accrues en matière de confort physique qui sont, au moins partiellement, issues de l’enrichissement général des sociétés occidentales, et, sans doute, un abaissement toujours plus perceptible du seuil de tolérance de ces mêmes sociétés à l’égard des phénomènes sociaux qui évoquent, de près ou de loin, les heurts de la vie sociale.

La notion de cocooning a rapidement trouvé sa place dans les dictionnaires français parce qu’elle met l’accent sur la recherche du bien-être dans son expression individuelle, sur la conscience et l’acceptation de manières idiosyncrasiques d’être, et sur la maison comme territoire privilégié de cette recherche et de cette expression.

La notion plus récente de « bunkering », issue du même contexte américain et des observations sur les tendances en matière de développement résidentiel, traduit le durcissement de l’intention qui sous-tend le cocooning. Elle se définit précisément comme « le cocooning blindé » et s’appuie sur une vision a priori défensive de la vie sociale : la société est violente, la famille est en situation de danger physique et moral et doit être mise à l’abri dans un environnement social dit « homogène », des précautions doivent être prises d’emblée contre cette violence. C’est pourquoi des quartiers neufs sont bâtis dans les limites d’une enceinte et sont gardés comme des forteresses, le marché de la sécurité privée est en pleine expansion, les maisons s’équipent en systèmes de sécurité toujours plus performants, en appareils high tech de divertissement à la maison et s’adaptent au télétravail.

Une vision limitée du chez-soi et de l’hospitalité

Le choix d’un terme militaire et l’assimilation de la maison à un abri de guerre une fois la popularisation du concept de cocooning achevée, révèle les dérives d’une analyse rapide et simpliste des phénomènes sociaux. Le terme cocooning vient des milieux du marketing. Forgé pour vendre les capacités marchandes et celles à « prévoir les tendances sociales » de spécialistes du marketing auprès de grandes compagnies productrices de biens de consommation, il saisit certes avec justesse un versant de l’intimité, celui de la tentation du repli domestique. Il a aussi pour vertu de rappeler que l’idéal du chez-soi entretient des liens intimes avec les comportements de consommation et d’acquisition de marchandises. Mais il ne peut acquérir sa pleine pertinence qu’en construisant une vision simpliste et manichéenne du monde social, une vision violente de la rue, et une vision défensive de la vie collective.

Là se trouvent ses limites : le cocooning est certes, jusqu’à un certain point, pratiqué par tous. Pour le reste, il faut rappeler, d’une part, que les interactions sociales dans les rues des villes contemporaines ne sont pas marquées, dans la grande majorité des cas, par la grande violence qui fut celle des époques pré-modernes, et, d’autre part, que la maison ne peut être pleinement habitée qu’en tant qu’elle est aussi espace de sociabilité et qu’elle exprime le sens de l’hospitalité. »

LE FEELING « COCOONING »

Voici les impressions de Louise Aubé, psychologue, Québec, Canada, qui a écrit le texte suivant[3] décrivant une belle journée de cocooning qu’elle vit chez elle.

« Quelle belle journée que celle d’une tempête de neige ! Pour réfléchir sur « le bien-être chez soi », plus communément appelé « coconnage » ou « cocooning »… En lisant comment l’Office québécois de la langue française définit cette réalité, soit un « comportement psychosocial qui se caractérise par une tendance au repli dans le cocon protecteur du domicile que l'on tente de rendre le plus douillet possible », remonte en moi le souvenir d’un vieux film que j’avais écouté il y a longtemps et qui s’intitulait « The Cocoon », dans lequel des êtres habitaient confortablement des grosses bulles dans lesquelles ils allaient se régénérer…Qu’est-ce que cela peut-il impliquer pour soi ? En fait, tout ce qui nous permet de se déposer, de se ressourcer, de trouver un bien-être dans la simplicité de notre foyer, de notre demeure, en percevant les charmes et attraits que peut nous offrir l’abandon confortable dans ces petits détails qui transforment un lieu simple en un havre de paix et de douceur… plein de légèreté.On peut penser à de la musique « cool » qui nous enveloppe, une ambiance crée avec, par exemple, chandelle et encens, un bain de bulles, un bon bouquin, ou même la revue Enfin ! S’entourer de coussins, de ronrons de minous auprès de nous, ou de notre gros pitou, d’une bonne odeur de soupe aux légumes maison ou de sauce à spaguetti qui mijote pendant que l’on réfléchit à notre vie, ou qu’on bricole, que l’on dessine, que l’on pratique son instrument de musique préféré en prenant tout son temps, que l’on écrit un petit mot à un copain ou une copine de longue date, ou même simplement que l’on chantonne un air qui nous passe par la tête et le cœur ! Se blottir dans des vêtements qui sont pour nous comme une seconde peau, nos préférés, ceux dans lesquels on contacte une partie de soi calme qui émerge…S’allonger à côté d’un feu de foyer qui crépite dans le vieux poêle à bois et s’y faire son petit nid comme un oiseau couvant ses œufs… en sirotant un bon verre de vin ou un bon chocolat chaud, tiens. Peut-être même se faire jouer dans les cheveux, tout en regardant des photos inspirantes… ça peut aussi être de jouer avec nos enfants ou petits enfants ! Au fond, tout ce qui permet de se faire du bien et de prendre soin de soi, chez soi, en harmonie. C’est oser tous ces petits plaisirs simultanés, et, surtout, les apprécier. C’est-à-dire y participer en pleine conscience, en habitant pleinement ce moment présent, « ici et maintenant », comme diraient les psychologues…Avec l’hiver qui tire à sa fin et le printemps qui nous ouvre bientôt ses portes, que grand bien nous en fasse ! Profiter de cet intérieur bienfaisant avant d’aller bientôt explorer les environs printaniers qui nous donneront le goût et l’élan d’aller dehors ! »

Le cocooning et le choix de son animal de compagnie

Un senior cocooning

Vous êtes plutôt sédentaire et avez envie d'un compagnon très présent.

-> Vous êtes prêt à lui consacrer beaucoup de temps. Alors c'est un chien qu'il vous faut, à condition que vous soyez en mesure de le promener régulièrement, à moins que vous n'ayez un jardin.

-> Si vous ne désirez pas les contraintes de la promenade quotidienne, prenez un chat, très affectueux. Si vous optez pour un Siamois ou un Persan, il faudra vous occuper de leur pelage quotidiennement.

Un senior indépendant

Vous êtes plutôt sédentaire mais vous voulez pouvoir partir quand vous le souhaitez pour quelques jours.

Votre compagnon sera une présence, un complice mais il ne devra pas être trop envahissant et ni représenter trop de contraintes. Dans ce cas, c'est un chat qu'il vous faut.

Un senior "âgé"

Si votre mobilité est réduite, votre santé fragile, il vous sera probablement difficile de sortir un chien trois ou quatre fois par jour. Il vaut alors mieux s'orienter vers un chat.

En guise de conclusion

Dans tout ça, il faut rechercher ce que peut nous apporter de bien le « cocooning » : l’idée de confort, de bien-être chez soi, de douceur de vivre et tout le tra-la-la. Il semble aussi qu’il faut balancer nos comportements sociaux pour ne pas s’isoler inutilement.

D’une certaine manière, il est absolument nécessaire de maintenir, de façon continue, des contacts sociaux étroits avec des amis ou des gens de sa famille. Par ailleurs, le bien-être retiré d’avoir un milieu de vie conforme à ses désirs, avec tout le confort matériel sont des facteurs clés pour assurer une longévité prolongée. En tout cas, le style de vie que le cocooning apporte nous assure d'un minimum de stress et nous donne le sentiment de s’appartenir.

Trouver une résidence pour un parent âgé


Résidences privées et publique pour personnes âgées

Quelques statistiques de la SCHL en 2010 :
  •  2 199 établissements au Québec ayant une certification
  • Le taux d'inoccupation des résidences pour personnes âgées est de 8,4 %
  • Les résidences pour personnes âgées du Québec comptent près de 95 000 places dont le loyer moyen est de 1 400 $ par mois.
 Trouver une résidence pour un parent âgé peut devenir un parcours du combattant. Voici quelques conseils pour vous aider à vous y retrouver.

Depuis quelques mois, votre père ressent une fatigue générale, si bien qu'il a perdu l'envie d'entretenir son terrain. Votre mère, elle, s'ennuie et aimerait faire des activités avec des personnes de son âge. Le moment que vous redoutiez est peut-être arrivé : celui de proposer à vos parents de déménager dans une résidence.

C'est délicat, en effet. Après tout, combien de fois avez-vous entendu votre père pester contre ces " parkings " sans âme. De plus, il leur faudra vendre leur maison et se défaire de plusieurs meubles et souvenirs. Ils devront aussi accepter l'idée de vivre dans un logement plus petit. Souvent, cette transition n'est pas une partie de plaisir, mais bien planifiée, elle peut se faire en douceur.

CERNER LES BESOINS[1]

Au Québec, la moyenne d'âge de l'entrée en résidence est de 78 à 80 ans. " La perte d'autonomie est ce qui motive les gens à s'installer en résidence, explique François Théôret, directeur général de Visavie, une agence spécialisée qui aide les personnes âgées à trouver une place en résidence. Mais ce n'est pas la seule raison. D'autres n'ont tout simplement plus envie d'entretenir leur maison et souhaitent couler des jours tranquilles dans un environnement sécuritaire. "

Quand vous entamez votre démarche, il est important de connaître le degré d'autonomie de vos parents. Celui-ci aura une incidence sur le type de résidence qui leur conviendra le mieux. Vous pouvez demander un rapport d'évaluation d'un travailleur social sur le nombre d'heures de soins auxquels vos parents auront droit en vous adressant au CLSC. Il y a des délais. Vous pouvez aussi requérir les services d'un travailleur social privé ; cela vous coûtera de 500 à 800 dollars.

Autre possibilité : communiquez avec un conseiller en hébergement. Ceux-ci ont généralement l'expertise nécessaire pour évaluer globalement les besoins. " Nous rencontrons la personne âgée dans son environnement. Cela nous donne des indications qui permettent de prévoir certaines choses à l'avance : par exemple, si elle éprouve des problèmes à se déplacer, il est fort probable que dans quelques mois, elle aura besoin d'aide pour l'hygiène, car elle ne pourra pas se rendre à temps à la salle de bain. Il faudra donc prévoir une résidence où ce type de service est offert ", explique Claude Roy, directeur général d'Aîné411-Réseau hébergement Québec, une autre agence-conseil.

Toutefois, ce n'est pas une bonne idée de diriger votre parent vers une résidence qui dispense plus d'heures de soins que nécessaire, souligne France Caron, conseillère en hébergement chez Géronto-Logis. L'autre piège à éviter : louer un appartement trop cher, de telle façon que l'on ne disposera plus du budget nécessaire pour défrayer les soins requis le moment venu.

COMBIEN ÇA COÛTE ?

Il faut distinguer le réseau public du réseau privé. Dans le réseau public, on retrouve les pensions familiales, les centres d'accueil pour personnes semi-autonomes, ainsi que les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) pour celles qui nécessitent trois heures de soins et plus par jour.

Dans le réseau privé, il y a de tout pour tous : résidence de type pension de famille ou complexe de luxe, petite ou grande résidence, pour personnes autonomes ou en perte d'autonomie, CHSLD privés... Les choix sont nombreux, d'où la difficulté de s'y retrouver.

Le réseau public n'est pas gratuit pour autant. Les prix sont fixés selon la capacité de paiement de l'individu : par exemple, il en coûtera environ de 1 300 à 1 800 dollars par mois, soins et repas compris, pour une chambre dans un CHSLD. Vos parents n'ont pas d'argent ? Ils peuvent obtenir une place dans un tel établissement, cependant, la totalité de leur pension de retraite mensuelle sera prélevée (même si cela représente moins que le prix plancher du réseau public), moins la somme de 200 dollars par personne qui leur sera allouée pour leurs dépenses personnelles.

En résidence privée, les fourchettes de prix varient selon le type de résidence et la grandeur de l'appartement. Selon Claude Roy, il faut s'attendre à payer entre 700 et 2 000 dollars pour une chambre, ce qui peut aussi comprendre des soins (aide au bain, gestion de la médication, aide au déplacement, etc.) et les repas de style familial. " C'est dans cette catégorie que les prix varient le plus. En moyenne, si on exclut les résidences de luxe, on doit compter environ 1 000 dollars ", souligne-t-il. Pour un studio, les prix se situent dans une fourchette de 700 à 1 800 dollars, et pour un 2 1/2, de 900 à 1 800 dollars. En dehors des grands centres urbains, l'écart peut être d'environ 200 dollars de moins par mois sur le prix du loyer. À cela, il faudra ajouter les repas et les soins.

LA VISITE

Vous avez repéré quelques endroits susceptibles de répondre aux besoins de vos parents et qui conviennent à leur budget. Idéalement, vous aurez arrêté votre choix sur trois ou quatre résidences.

Soyez très attentif à certains indices révélateurs : les résidents sont-ils souriants et volubiles ? L'entretien des lieux est-il irréprochable ? Le personnel est-il courtois et attentif aux besoins des résidents ? Les repas semblent-ils appétissants, et les menus variés ? " Pour vous faire une meilleure idée, demandez à prendre un repas à la salle à manger ", conseille Yves Desjardins, PDG du Regroupement québécois des résidences pour aînés. Cela vous permettra également de nouer des conversations avec vos voisins de table pour connaître leur impression sur la vie à la résidence. " Je préconise une visite attentive. La personne devrait prendre le temps de s'asseoir, d'évaluer comment elle se sent dans cet environnement, de discuter avec les résidents ", poursuit-il.

Au moment de signer le bail, informez-vous sur les conditions de sa résiliation, au cas où votre parent devrait être hospitalisé, transféré dans une autre résidence, ou s'il mourait, suggère René Lévesque, directeur d'Horizon du Bel-âge, un conseiller en résidences privées.

RESSOURCES EN SERVICES-CONSEILS POUR TROUVER UNE RÉSIDENCE PRIVÉE :


UNE FACTURE QUI GRIMPE VITE

Au coût de l'hébergement, il faut ajouter les frais des repas, des soins et de divers services. Ici, la calculette est importante : vous pourriez facilement dépasser votre budget.

Deux éléments font rapidement monter la facture dans les résidences privées : les repas, mais surtout les soins.

En ce qui concerne les repas, le logement peut comprendre une cuisinette. Cela permet au résident de préparer quelques repas, à tout le moins le petit déjeuner, car il n'aura pas nécessairement envie de s'habiller pour descendre à la salle à manger tôt le matin.

S'il désire prendre ses deux repas à la salle à manger de la résidence, alors il lui faudra débourser environ de 350 $ à 450 $ pour trois repas par jour. On peut aussi acheter des blocs repas, à raison de 70 $ à 80 $ pour dix coupons.¸

Pour ce qui est des soins, un certain nombre d'heures de soins peuvent être comprises dans le prix de base des résidences pour personnes semi-autonomes, soit environ 1h 30 par jour, pour de l'aide au bain, à l'hygiène, à la prise de médicaments, etc. Au-delà, les soins sont facturés à la demi-heure. Là encore, la facture peut être salée : 300 $ de plus par mois en moyenne par tranche de 30 minutes supplémentaires par jour.¸

Plusieurs résidences offrent aussi les services à la carte, et facturent un montant mensuel qui correspond aux soins demandés. Cela peut facilement atteindre jusqu'à 200 $ et plus par mois.

À L'HEURE OU À LA CARTE

Vous devez aussi ajouter les coûts des services. Par exemple, l'entretien ménager, la gestion de la médication, l'aide au déplacement et à la sortie du lit, l'aide au bain, l'aide à l'habillement, les soins d'hygiène, l'encadrement pour personnes qui souffrent de pertes cognitives, etc.

En moyenne, pour l'entretien ménager aux deux semaines, il faut compter 60 $ par mois. Pour la gestion de la médication, 50 $ par mois pour une aide une fois par jour. Votre père peut prendre des médicaments quatre fois par jour? La facture peut grimper jusqu'à 150 $ par mois. Votre mère a besoin d'aide pour s'habiller le matin? Ajoutez 50 $ de plus par mois pour une aide une fois par jour.

« La demande la plus fréquente est celle de l'entretien ménager, de la gestion de la médication et de l'aide aux soins d'hygiène », dit François théorêt. Ce type de formule convient aux personnes semi-autonomes.

Si les besoins du résident sont plus importants parce qu'il est en perte d'autonomie et nécessite davantage d'encadrement, il sera sans doute plus avantageux pour lui d'opter pour la formule des blocs de soins plutôt que pour les services à la carte. Dans ce cas, les soins seront facturés par tranches de demi-heures.

SAVIEZ-VOUS QUE…

Le gouvernement provincial donne un crédit d'impôt remboursable pour le maintien à domicile des personnes de plus de 70 ans. Il équivaut à 30 % des dépenses liées à certains services de soutien à domicile. La limite des dépenses admissibles est de 15 600 $ par an pour une personne autonome, et de 21 600 $ par an pour une personne non autonome. Le crédit maximal est de 4 680 $ dans le premier cas et de 6 480 $ dans le second cas. On peut faire une demande de versements anticipés et recevoir un chèque chaque mois. 

RD

[1] Article d'Emmanuelle Gril . Affaires PLUS . 01-04-2010.